‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 336 sur 520 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Le travail

La contemplation et les exercices, qui s'y rapportent directement n'absorbaient pas la vie et la pensée des moines au point de leur faire oublier la, loi du travail. Ils donnaient comme terme à leur activité intérieure la prière sous ses diverses formes, et ils employaient à une oeuvre matérielle les. membres de leur corps, remplissant . ainsi tour à tour, le rôle de Marthe et celui de Marie. Quelques-uns purent, les exercer sirnultanément.

On ne saurait fixer en termes généraux la part qu'ils faisaient à l'un et à l'autre. Le principe de l'obligation du travail et de la prière subit, en effet, dans son application l'influence des nécessités personnelles et locales. De là des divergences nombreuses '. Mais les circonstances fournirent bientôt une occasion de formuler nettement la tradition monastique sur ce point.

Des moines, livrés à la paresse, voulurent se soustraire aux obligations de la loi du travail. S'ils avaient mis en avant l'amour de leurs aises et la crainte de la fatigue, le péril n'eût pas été grand; on les eût mis facilement à la raison^. Mais ils imaginèrent Bes prétextes de l'ordre le plus élevé. L'Ecriture elle-même vint appuyer leurs, dires. Saint Basile en connut qui ne craignaient pas de citer à l'j^ppui de leur thèse les paroles de Notre-Seigneur jésus-Christ récommandant à ses disciples d'être sans sollicitude pour tout ce qui regarde. la nourriture et le vêtement. La perfection évangélique,

1. s. Macaire Egypt., /yo/«. m, P. G., XXXIV, 467-470. Cf., Zocklcr, op. cit., 249-230.

a. !S. Basile, Reg. hrev. tract., lui. 69, P. G., XXXI, 1 131.

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concluaient-ils , impose au religieux de vivre sans travailler. Pensée absurde, qui a sa réfutation dans l'Ecriture elle-même*.

Personne ne poussa les conséquences de cette erreur plus loin que les massaliens ou euchites'. Suivre une passion chère à la nature, jeter sur sa conduite un voile de mysticisme, et, àlbrce d'illusion, faire du vice une vertu, étaient choses trop commodes pour que des esprits pervers ou excentriques ne marchassent point dans cette voie les yeux fermés. On rencontrait donc un peu partout des solitaires qui, s'inspirant des maximes de ces hérétiques, sous le beau prétexte d'exalter la contemplation, abolissaient la loi du travail. Les anciens ne perdaient pas toujours leur temps à discuter avec ces fanatiques. Leur méthode était beaucoup plus sage, lorsque, semblant prendre leurs idées au sérieux, ils avaient soin de leur en faire tirer certaines conséquences imprévues, qui les mettaient dans un grand embarras et finissaient par les couvrir de ridicule. Ce procédé, s'il ne réussissait pas toujours a les corriger, avait au moins l'avantage de les rendre assez inoffensifs.

Voici comment la. chose se passait. Un moine/ arrivant au Sinaï, aperçut les frères qui travaillaient. «Pourquoi, demanda-t-il, travailler en vue d'une nourriture qui passe? Marie a choisi la meilleure part. » L'abbé Sylvain, qui entendit ces. paroles, le fit conduire dans une cellule. Quand la neuvième heure fut arrivée, personne ne s'occupa d'aller le chercher pour le repas. Au bout de quelque temps, comme il avait faim, il sortit et s'en alla trouver l'abbé et lui dire : « Est-ce qiie les frères ne mangent pas aujourd'hui? Pourquoi ne m'as-tu pas appelé? — C'est que tu es un homme spirituel; tu n'as pas besoin de cette nourriture grossière ; tandis que nous, qui sommes des êtres charnels, nous avons besoin de manger. C'est pour cela que nous travaillons. Tu as choisi la meilleure part; toute la journée tu fais de saintes lectures, et tu ne veux pas de nourriture matérielle. » Le moine comprit que Sylvain se moquait de lui. Reconnaissant son erreur, il s'hunnilia et lui demanda pardon. « Marie ne peut donc point se passer de Marthe, dit spirituellement l'abbé, et c'est à cause de Marthe que Marie a pu mériter les louanges du Sauveur^. » Un certain abbé Jean dit à son frère aîné: « Je voudrais avoir la tranquillité des anges et, comme eux, ne rien faire et louer Dieu sans discontinuer. »

i.S. Basile, 205-207, ibid., \2\(^, Reg.fus. tract., int, ^t, 1009.

2. S. Epiphane, Adv. Hœreses. Hcer., 80, P. G., XLII, 762-766,

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