‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 358 sur 520 · Veria Seiiiorum, P. L., LXXIII · texte numérisé non relu

Veria Seiiiorum, P. L., LXXIII

de donner et à un être servile de recevoir. » L'illustre solitaire, par ce langage, donnait une leçon aux hommes qui sollicitaient la charité sans autre motif que celui d'augmenter leurs richesses i? Saint Nil ne traitait pas moins sévèrement les religieux qui, sans craindre d'avilir leur caractère, faisaient des bassesses devant les riches dans le but d'obtenir de l'argent ^ Saint Basile ne voulait pas que les monastères devinssent les débiteurs des familles fortunées de la région, en acceptant leurs bienfaits.

Cette règle, tout honorable et motivée qu'elle fût, souifrit de nombreuses exceptions. Certaines circonstances mettaient le moine dans l'impossibilité matérielle de gagner lui-même sa vie. Il pouvait, en pareil cas, recevoir les offrandes que le Seigneur lui envoyait par la main des frères ou de chrétiens généreux 3. Saint Nil, qui fit entendre des protestations énergiques contré les abus de la mendicité monacale, invitait les religieux' a se remettre entre les mains du Seigneur, qui ne les abandonnerait pas et saurait inspirer à des âmes généreuses la pensée de leur venir en aide". Mais il fallait, pour user légitimement de pareils secours, en avoir un besoin réel. Les frères robustes, qui avaient le moyen de gagner leur vie, ne pouvaient manger un pain qui appartenait aux seuls infirmes 5. Mais lès fidèles ne faisaient pas la distinction entre les moines bien portants et les autres; ils leur abandonnaient le soin d'user de leurs offrandes d'après le jugement de leur conscience.

La dîme des revenus et les prémices des récoltes étaient souvent présentées aux serviteurs de Dieu. L'abbé Jean, qui vivait dans un monastère de Diolcos, les recevait des mains des fidèles et leur distribuait les trésors de la doctrine spirituelle en échange de ces biens terrestres^. Quelques braves fellahs de la vallée du Nil avaient cette dévotion de ne jamais goûter les fruits de leur terre avant d'en avoir offert les prémices à Dieu dans la personne de ses serviteurs^. L'abbé Zenon ne voulait pas au début recevoir celles qu'on lui portait; son refus attristait vivement ces dignes chrétiens. Lorsqu'un

1. s. Isidore Pél., 1. v, EpisL., 332, P. G., LXXVllI, 1527-1539.

2. S. Nil, De monasHca exercitatioiie, ig, 1. i, Epist., 125. P. G., LXXIX, 138,

3. S. Basile, Reg. brev. tract., int. 284, P. G., XXXI, 1282.

4. S. Nil, 1. II, ep., 60, 105, I. m, ep., 68, P. G., LXXIX, 226-227, 240, 418.

Page 1