Cf. Tillcniont, t. X
2. S. Gieg. Naz., Ora//o IV contra Juliaiium, P. G., XXXV, 598.
de confondre la rhétorique et la philosophie avec la civilisation païenne, qui s'avilissait dans les excès les plus dégradants. Le spectacle que.les écoles publiques offraient n'était. guère de nature à les réconcilier avec elles. Les maîtres qui donnaient l'enseignement le plus estimé en avaient fait la dernière citadelle du paganisme. Nulle part les dieux de l'Empire n'eurent d'adorateurs plus obstinés. Les moines, à qui le culte des idoles inspirait Une aversion si légitirne et si profonde, pouvaient-ils épargner leur mépris à une littérature et à une sagesse dont ces hommes avaient accaparé le monopole? Saint Grégoire de Nazianzei et saint Jean Chrysostome^ ont plus d'une fois manifesté les sentiments que leur inspiraient ces connaissances. Elles n'avaient aux yeux desaint Nil pour objet que des choses vaines, propres à remplir l'âme d'idées inutiles, à la rendre folle d'orgueil et à entretenir dans le cœur le feu de la luxure. Combien il valait mieux, disait l'illustre anachorète du Sinaï, se mettre à Hécole de l'humilité, en se mortifiant par des veilles prolongées et en nourrissant son esprit ;par de ■^ ferventes prières et' par le chant des psaumes^ !
L'incompatibilité que les solitaires voyaient entre la profession religieuse et les études littéraires troubla vivement le cœur de saint Jérôme. Les chefs-d'œuvre de la littérature' païenne avaient passionné sa jeunesse; les réminiscences classiques remplissaient sa mémoire et hantaient son imagination. Cela créait en lui un état d'esprit qui le préparait mal à l'intelligence des divines Ecritures. Son âme ardente et si portée à l'exagération ne savait comment s'affranchir de cette obsession' Il entreprit contre lui-même une lutte qui se ressentait beaucoup de la violence de son tempérament'*. On connaît son fameux rêve et le serment qu'il fit de renoncer à la lecture des écrivains profanes. Il en parle à sa fille spirituelle, Eustochium, qui partageait son admiration pour leurs chefs-d'œuvre. Le maître cherchait à communiquer à sa disciple les nouveaux sentiments qui l'animaient.* Que peut bien faire le Psautier avec Horace? lui écrivait-il; l'Evangile avec Maro ? l'Apôtre à côté de Cicéron? Si un frère te surprenait en contact avec ces souvenirs idolâtriques, n'aurait-il point le droit de se scandaliser?