Id., Devirtiile, 8, op. gr., t. I
vérité chrétienne, personne ne s'est montré plus intrépide que lui. Tout le monde admirait l'énergie et la pureté de ses convictions'.
Saint Antoine ne voulait entretenir aucune relation amicale avec les manichéens, les méléciens, les ariens, et en général avec les hérétiques. S'il consentait à leur adresser la parole, c'était dans le but unique de les réfuter ou de les convertir 2. L'aversion, je ne dis pas seulement de l'hérésie, mais des hérétiques, fut l'un des derniers conseils qu'il donna à ses disciples "\
L'hérésie était aux yeux des habitants de la solitude, la faute la plus grave qui pût être commise. Il n'y en avait point qui couvrît le chrétien d'une honte pareille. Des moines, pour soumettre à une épreuve l'humilité de l'abbé Agathon, l'accusèrent de toutes sortes de péchés dont il était innocent. A toutes leurs accusations, le saint opposait un silence absolu ; si, par hasard, il ouvrait la bouche, c'était pour les conjurer de le recommander au Seigneur dans leurs oraisons. Les frères, ayant usé tout leur répertoire sans réussir à le troubler, finirent par le traiter d'hérétique. Devant cette injure, Agathon sortit de sa réserve et déclara nettement ': «Je ne le suis point. » Quelqu'un lui demanda plus tard raison de sa conduite. « On ne peut, répondit-il, accepter semblable accusation ; car l'hérésie sépare l'âme de Dieu*. »
Théodore de Phermé la craignait au point de voir d'un mauvais œil les moines chercher à convertir ceux qu'elle avait séduits. Il trouvait bon qu'un solitaire, compatissant à la honte d'un frère tombé dans une faute charnelle, le traitât miséricordieusement, et lui tendît la main pour le sauver. Mais dès qu'il s'agissait d'un hérétique, il fallait rompre avec lui dans la crainte d'une séduction"'. L'abbé Isaïe conseillait à ses disciples la même prudence <^.
Cette réserve, qui s'imposait aux religieux inexpérimentés, ne convenait plus aux hommes qui joignaient à une vertu consom-
' V. S. Grégoire Nys., De vHa S. Ephreiii, P. G., XLVl/ 826-827.