CHAPITRE XVIII
Les Moines et la Cléricature
Saint Epiphane, dans une énumération des degrés dont se compose la hiérarchie chrétienne, place à l'extrémité inférieure les simples fidèles qui vivent dans les liens du mariage. Puis viennent les personnes qui ont voué au Seigneur leur viduité, les moines de l'un et de l'autre sexe, et les vierges, qui sont en grand nombre parmi les hommes et parmi les femmes. Le sacerdoce occupe le sommet'. La vie monastique et la virginité étaient souvent réunies chez le même individu. Cette double profession, quelle que fût sa noblesse, ne pouvait être assimilée à la dignité sacerdotale. Aussi les religieux se sont-ils plu toujours à honorer ceux qui en étaient revêtus. Saint Antoine donna l'exemple de cette déférence. On le voyait s'incliner respectueusement devant les évêques et les prêtres. Si un diacre avait une affaire à traiter avec lui, il lui cédait la place d'honneur spécialement en tout ce qui se rapporte à la prière ^
On trouve nettement formulés sous la plume de saint Jérôme les sentiments qu'inspirait aux solitaires la comparaison de leur état avec le sacerdoce. 11 écrit à son ami Héliodore : «La condition des moines est bien différente de celle des clercs ; les clercs conduisent le troupeau; moi, qui ne suis qu'un moine, je suis conduit par eux. Les clercs vivent de l'autel; et moi, je suis menacé d'être coupé comme un arbre inutile, si je n'offre pas mon présent à ce même autel. 11 ne m'est pas permis de m'asseoir avant un prêtre. Si je viens à commettre une faute, il a le pouvoir de me livrer à Satan. »
1. s. Epiphane^ Âdv, hœreses. Expositio fldei, P. G., XLII, 823-826.