AVANT-PROPOS VII
C'est à cette dernière pensée que l'auteur a cru devoir s'arrêter. Deuxécueils se présentaient devant lui; ceux qui ont précédemment abordé ce même sujet n'ont pas toujours su les éviter. Les uns, éblouis par l'existence merveilleuse de quelques personnages extraordinaires, ont trop semblé les prendre comme types et mesurer à leur taille l'immense majorité des moines. Les autres, obéissant à des idées préconçues, ont fait de la vie des Pères du désert et de leur doctrine monastique un exposé souvent bien fantaisiste.
L'historien digne de ce nom doit écarter de son esprit la tendance à envisager les faits et les institutions du passé à travers ses idées personnelles ou les sentiments du milieu dans lequel il vit, pour les voir et les présenter tels que les doctiments les lui révèlent. Il lui faut se tenir en garde contre un enthousiasme causé par l'idéal de la vie des Saints, qui facilement détournerait les yeux de l'état plus commun de la grande généralité des hommes.
Guidé par ces sentiments, l'auteur de ce travail a voulu faire du monachisme oriental un tableau aussi fidèle que possible.
Mais pourquoi, demandera-t-on, s'arrêter au concile de Chalcédoine?
Cette date, en ouvrant la période des grandes divisions doctrinales qui semèrent la désolation parmi les moines d'Orient, inaugure pour eux une période de décadence. Ils cessèrent alors d'être, aux yeux de leurs frères occidentaux, des maîtres et des modèles. Leur histoire serait donc sans intérêt pour qui veut connaître les sources du monachisme occidental.
C'est dire asse;^ clairement la pensée de l'auteur sur son travail. Les moines d'Orient sont les précursettrs des moines d'Occident. Le genre de vie des premiers, leurs règles, leur mode de recrutement et de formation, leur régime alimentaire, leur liturgie, leurs occupa- , lions, leur costume, en un mot leur genre de vie tout entier, ont servi de type aux seconds. Il est indispensable d'en avoir une idée exacte avant d'aborder l'étude des institutions auxquelles ces derniers étaient soumis.
Abbaye de Ligugé, le i^ mars 1900, en la fête de saint Grégoire le Grand, pape.