‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 5 sur 520 · CHAPITRE I Topographie monastique de l'Orient · texte numérisé non relu

CHAPITRE I Topographie monastique de l'Orient

Immédiatement après la conversion de l'empereur Constantin et sa victoire sur Licinius, le monachisme prit en Orient une rapide et merveilleuse extension. Peu d'années lui suffirent pour s'implanter dans toutes les provinces, malgré les divisions profondes que l'arianisme semait entre les çii verses Églises.

Saint Grégoire de Nazianze était fier de mettre sous les yeux de Julien l'Apostat, qui feignait de ne point apercevoir quelle force il donnait au christianisme, l'imposant spectacle offert au monde par ces multitudes de moines répandus, dans les villes et au sein des campagnes (363) ^

Saint Epiphane parlait, lui aussi, avec une certaine complaisance, de ces milliers et milliers de chrétiens, qui affrontaient les nobles combats de la chasteté dans les rhonastères d'hdmmes et de femmes (375-377) 2. Plantés en tous lieux, ainsi que le déclarait

1 . s. Grégoire de Nazianze, Oratio IV contra JîiUanum, \, 73, P. G,, XXXV, 598.

2. S. Epiphane, Adversus Hcereses, l. H, haer 58, P. G,, XLI, 101.5.

2 i;^S MOINES d'orient

saint Jean Chrysostome au peuple d'Antioche, quelques années plus tard (390), ils proclamaient bien haut le triomphe de la foi sur le démon. Leur présence purifiait les terres habitées comme celles qui ne l'étaient points. Le païen Zozime rendait à leur multitude un témoignage non moins explicite, en les accusant 'de peupler de célibataires des communautés nombreuses tant au sein des villes que dans les villages 2. Vers le milieu du V^ siècle, Théodoret s'exprimait plus formellement encore : « Il y a, dit-il, de nombreux camps spirituels où des hommes et des femmes s'exercent à la piété. On les voit, non seulement auprès de nous, dans le diocèse de Cyr, mais encore dans toute la Syrie,' en Palestine, en Cilicie, en Mésopotamie. On affirme que certains monastères d'Ë'gyptë'f enferment jusqu'à cinq mille religieux ^. »

L'Egypte fut, en effet, la terre classique du monachisme. La vallée du Nil, qui avait vu s'épanouir l'une des civilisations les plus avancées de l'antiquité païenne, méritait d'être le berceau d'une institution qui devait faire tant pour l'Église et pour le monde. Ne semble-t-il pas que Dieu lui ait réservé cet honneur en récompense de l'hospitalité qu'elle offrit à la sainte Famille? Les moines ne furent nulle part ailleurs ni plus nombreux ni plus fervents. La pensée de leurs vertus excitait l'enthousiasme de saint Jean Chrysostome : « Si vous allez en Egypte, disait-il, vous trouverez une solitude qui surpasse n'importe quel paradis; vous rencontrerez six cents chœurs d'anges revêtus d'une forme humaine, des peuples de martyrs, des assemblées de vierges. Dans ces lieux, l'empire de Satan est détruit, le royaume du Christ est. resplendissant. Vos yeux contempleront l'armée du Christ, son peuple royal, le tableau d'une vie céleste. Les femmes rivalisent avec les hommes. Le ciel, avec les chœurs variés de ses étoiles, n'égale pas en beauté l'Egypte parée des tentes de ses moines *. >>"" Saint Grégoire de Nazianze, qui devait chanter dans un discours célèbre la richesse des campagnes de l'Egypte, la foi vive de ses

1. s. Jean Chrysostome, In Matthceum, hom. 33, P. G., LVII, 395.

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