Sozomène, /y/s/. eccles.,\. 11, 5, P. G., LXVII
3. S. Jean Chrys,, Cc-vp-raiio régis cmn monacho, P. G., XLVII; 389.
Il ne faut donc pas envisager tous les religieux de cette époque primitive sous les traits de solitaires, ennemis du genre humain, obstinément renfermés dans l'égoïsme d'une ascèse étroite et toute personnelle. Si quelques-uns ont accepté, pour règle de conduite, cette maxime de saint Jérôme : Le rôle du moine est non d'enseigner, mais de pleurer ; qu'il verse des larmes sur le monde et sur lui-même, qu'il attende prudemment la venue du Seigneur ^, il y en eut beaucoup, et saint Jérôme est du nombre, qui se crurent les débiteurs des hommes, leurs frères. Les paroles suivantes, qu'Ammien adressait au reclus Eusèbe pour le déterminer à prendre le gouvernement de son monastère, expriment les sentiments que l'aspostolat pouvait leur inspirer : « Puisque tu aimes Dieu, je vais t'indiquer un moyen de l'aimer plus encore et de servir celui que tu aimes. Quiconque ne pense qu'à soi ne peut éviter le reproche de prendre trop soin de sa propre personne. La loi divine veut que l'homme chérisse son prochain comme lui-même. La charité, que saint Paul nomme la plénitude de la loi, demande qu'on fasse part à beaucoup de ses propres richesses. C'est l'Apôtre qui dit : La Loi et les Prophètes se résument dans ces mots : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Le Seigneur, dans son Evangile, ordonne à Pierre, qui lui avait déclaré l'aimer plus que les autres, de paître ses brebis. Il blâme, par la bouche du prophète, ceux qui négligent ce devoir, quand il dit : pasteurs, est-ce que vous ne vous paissie^ pas vous-mêmes, au lieu de paître vos brebis ? C'est pour s'occuper des autres que Dieu ordonna au grand Elle, qui menait la vie solitaire, de vivre au milieu d'hommes impies, et au second Elie, Jean le très saint, à qui la solitude plaisait, d'aller baptiser et prêcher sur les rives du Jourdain. Toi donc qui aimes ardemment Dieu, ton Créateur et ton Sauveur, travaille pour communiquer ton amour aux autres. Cette œuvre est très agréable à Dieu *. »
Quelques-uns allèrent trop loin ; sous prétexte de se dépenser avec plus de succès au bien des âmes, ils évitaient la solitude et se fixaient dans leur pays natal, tout auprès de leurs parents et amis, qui volontiers pourvoyaient à leurs besoins temporels. Leur vie religieuse était bien compromise 3. L'abbé Abraham signala cette illusion à Cassien. D'autres suivaient trop un empressement