‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 416 sur 520 · Rufin, IX · texte numérisé non relu

Rufin, IX

lui. Ses entretiens et sa condescendance produisirent sur cet homme une impression si heureuse qu'il se convertit et embrassa la vie solitaire. Son exemple entraîna de nombreuses conversions. Macaire disait à ce sujet : « Un discours orgueilleux et amer porte au mal les hommes vertueux; un parole humble et douce porte au bien les hommes pervers'. »

Peu de solitaires, en Egypte et en Thébaïde, amenèrent à la religion chrétienne plus de païens que saint Antoine. On les voyait en grand nombre parmi les visiteurs que sa bonté inépuisable attirait autour de sa cellule. Beaucoup y trouvèrent la foi enNotre- Seigneur Jésus-Christ. Son voyage à Alexandrie (455) fut à lui seul un apostolat très fructueux^. La curiosité attira plusieurs philosophes auprès de l'illustre solitaire. Ces hommes, qui se rattachaient au mouvement néo-platonicien de l'école d'Alexandrie, professaient le détachement des biens de la vie. La vertu et la popularité des moines leur causaient une certaine surprise. Le désir de profiter de leurs lumières et aussi de se prévaloir en leur posant des questions embarrassantes était le mobile des visites qu'ils leur faisaient. Les entretiens d'Antoine et ses réponses à leurs questions souvent fort difficiles, si elles ne réussirent pas toujours à les convertir, leur donnèrent au moins une idée plus juste du christianisme et de ses enseignements.

Quelques-uns de ces philosophes allèrent jusqu'à Tabenne voir saint Pakhôme. Le saint abbé, ne voulant pas se déranger pour eux, leur envoya son disciple Théodore. L'un d'eux lui posa une de ces questions dans lesquelles se plaisaient ces esprits subtils. 11 la croyait insoluble. « Dis-moi ce qui n'a pas été engendré et est mort, ce qui est mort et n'a pas été corrompu. » La sage réponse ■du moine confondit son orgueil et provoqua son admiration. « Adam, lui dit-il, est mort sans avoir été engendré; Hénoch et Elle, qui ont été engendrés, ne sont pas morts; Jésus-Christ est mort sans éprouver la corruption du tombeau 3. » La surprise de quelques autres philosophes ne fut pas moins grande; ils avaient abordé un pauvre solitaire bien simple, qu'ils prenaient pour un ignorant. Ils se mirent â lui poser des questions fort embarrassantes sur la gourmandise. Son langage leur montra que sa philo-

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