‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 422 sur 520 · Id., XXVI · texte numérisé non relu

Id., XXVI

les chrétiens de leur avoir enlevé une synagogue, qu'ils réclamaient avec insistance. Théodore, à qui leurs plaintes furent adressées, était porté à leur donner gain de cause. Ce fut une lettre du grand Stylite qui modifia ses sentiments et le fit se prononcer en faveur des chrétiens ^

Ce prince voulut un jour pénétrer, sans être connu, dans la cellule d'un ermite qui habitait le voisinage de Constantinople. Le moine l'accueillit avec grande charité, et l'invita à partager son frugal repas. La paix qui régnait dans cette modeste demeure impressionna vivement l'empereur; il s'en ouvrit au solitaire : «Vous êtes heureux, vous, moines ; car, affranchis de toutes les occupations du siècle, vous menez une vie tranquille et paisible, n'ayant à vous occuper que du salut de vos âmes. Je t'affirme que moi qui suis né dans un palais et qui, à cette heure, gouverne l'empire, je ne prends jamais un repas sans avoir quelques graves soucis^! »^

Ces paroles expliquent l'attrait que pouvait avoir pour des hommes placés au faîte des honneurs la conversation de ces pauvres solitaires et l'ascendant qu'ils exerçaient sur leurs esprits. « Nous ne sommes pas les seuls à chercher un asile auprès des saints moines, écrivait saint Jean Chrysostome, mais ce sont les rois euxmêmes qui vont à eux comme des mendiants à la porte d'un riche pendant une famine^. » Ces hommages, rendus à la grandeur morale par les grands de la terre, devaient produire sur les masses une vive impression à cette époque où l'adulation du pouvoir avilissait tant de cœurs.

Peu de temps après lé triomphe du christianisme, Constantin et ses fils inclinèrent leur autorité devant saint Antoine, en lui adressant une lettre pleine d'un respect tout filial. Cette missive n'émut guère le saint anachorète. 11 fallut toutes les instances de ses disciples pour le déterminer à faire aux princes une réponse qu'ils attendaient comme une bénédiction céleste. Antoine commença par les féliciter d'être chrétiens, puis il leur donna avec une entière liberté les plus sages avis sur l'importante affaire de leur salut, les invitant à mépriser ce qui passe, à conserver le souvenirdes jugements de Dieu et à se rappeler que le Christ est le seul véritable empereur. 11 leur demanda enfin de se montrer miséricordieux dans l'exercice du pouvoir, de rendre fidèlement la justice et de prendre

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