Théodoret, Hist. eccles., 1. v, 26, P. G., LXXXll
448 LË£ MOINES d'orient
La popularité que les moines eurent auprès des fidèles augmentait singulièrement la force de leur parole. L'estime dont on les entourait était une force pour le sentiment chrétien. Leurs monastères devenaient ainsi des phares lumineux qui répandaient au loin leurs rayons. Les hommes qui tenaient les yeux fixés sur leurs habitants n'étaient jamais plongés dans les ténèbres; ils évitaient les périls de la tempête. Saintjean Chrysostome, qui leur reconnaissait cette action bienfaisante, engageait ses auditeurs à aller voir et entretenir ces serviteurs de Dieu. Deux ou trois jours passés en leur compagnie, déclarait-il, suffisent pour remplir le cœur d'une joie céleste'. Cette influence moralisatrice réagissait contre les effets scandaleux que ne manquaient pas de produire sur les esprits les spectacles profanes et corrupteurs. Les pauvres, en voyant des hommes nés au sein de l'opulence se condamner à une existence toute de privations, acceptaient mieux leur sort pénible; de leur côté, les riches apprenaient à faire un meilleur usage des biens du monde*.
Rien n'était touchant comme la manière dont ils recevaient leurs visiteurs. Ils rivalisaient de zèle entre eux pour leur laver les pieds et leur rendre tous les services possibles. Les esclaves et les hommes libres étaient traités avec la charité la plus délicate^. Aussi ceux qui avaient besoin d'une miséricorde spirituelle ou tenrporelle prenaient-ils instinctivement le chemin qui menait à leiirs cellules. Un esclave de l'avocat Iron, qui avait commis une faute grave, eut peur dii châtiment; il prit la fuite, courut au monastère de saint Isidore de Péluse et pria le portier de l'introduire immédiatement auprès du saint. Celui-ci eut pitié du fugitif; il écrivit à son maître pour obtenir sa grâce •*. Le même Isidore reçut un jour le fils d'un certain Pallade, qui, sur de mauvais conseils, avait abandonné la maison paternelle. II lui fit comprendre la folie