Ipophtegmala Pair tint, P, G., LXV
bateau chargé de froment'. L'abbé Sérapion vivait dans un dénuement absolu. Un livre où était écrit le texte des Evangiles faisait toute sa fortune. Il le vendit pour soulager des affamés. «J'ai vendu, disait-il, le texte qui me répète sans cesse: Vends ce que tu possèdes et donne le prix aux pauvres^. » L'abbé Théonas venait de cuire sa provision de pain; il la donna tout entière à des pauvres. D'autres indigents vinrent lui demander l'aumône, il donna les corbeilles qui composaient le mobilier de sa cellule ; son manteau eut le même sort. 11 ne lui restait à la fin que sa tunique. Il se plaignait encore de n'avoir pas accompli tout le commandement du Seigneur ^ Un frère, ayant rencontré l'abbé Nesteros revêtu de deux colobions, lui posa cette question : « Si tu trouvais un pauvre et qu'il te demandât un vêtement, lequel lui donnerais-tu? — Le meilleur. — Si un autre se présentait et faisait une demande semblable, que lui donnerais-tu? —Je lui donnerais la moitié de l'autre vêtement. — S'il en venait un troisième? — Je partagerais ce qui me resterait pour lui en donner une moitié; je couvrirais ma nudité avec le dernier lambeau. — Que ferais-tu si un quatrième se présentait? — Je lui ■ livrerais le reste, et j'irais m'asseoir dans un coin, en attendant que Dieu m'envoie les moyens de me couvrir'*. »
Les moines de Palestine et de Syrie ne se laissèrent pas vaincre en générosité parleurs frères d'Egypte. Saint Epiphane, évêque de Salamine^ fut d'une bonté inépuisable. Les pauvres et les malheureux de toutes sortes tenaient la première place dans son cœur. Les revenus de son église servaient à soulager leur indigence. De pieux amis lui fournissaient de quoi augmenter ses largesses. Dieu lui-même se plut par des miracles à seconder son besoin de donner, Siméon Stylite, avant de monter sur sa colonne, distribuait .aux indigents ce qu'il prélevait sur ses repas^. Les pauvres bénéficiaient toujours des privations que s'imposaient les serviteurs de Dieu.
Peu d'hommes ont laissé dans les annales de la charité monastique un souvenir plus touchant que le diacre d'Edesse. La famine désolait le pays. Les riches ne voulaient pas secourir les affamés»