CHAPITRE XX
Voyages monastiques
Les voyages causaient aux moines une certaine appréhension. Les dangers et les chutes auxquels s'étaient vus exposés des frères j sortis de leur solitude pour un motif grave et sur un ordre des supérieurs, les entretenaient dans ce sentiment'. Ce qui a été dit plus haut sur les gyrovagues nous permet de ne pas insister davantage.
Les moyens de locomotion étaient rares à cette époque ; et, sauf dans quelques pays privilégiés, on ne franchissait pas aisément les distances. Ces difficultés toutes matérielles ne contribuaient guère à rendre les voyages attrayants. La traversée des déserts de l'Egypte était particulièrement dangereuse. On ne s'y aventurait pas impunément sur un sol parfois aussi mouvant que les flots de la mer. Beaucoup voyageaient de préférence la nuit, afin de pouvoir se guider d'après le cours des astres*. Ceux qui n'avaient pas cette ressource étaient fort à plaindre.
Macaire d'Alexandrie, qui avait de la carte céleste une connaissance très insuffisante, entreprit seul une longue excursion dans la solitude. Il imagina, pour retrouver son chemin, de planter des roseaux de distance en distance, mais un coup de vent les fit disparaître. Le saint abbé fut très embarrassé quand il lui fallut revenir sur ses pas, si bien qu'il finit par s'égarer dans le désert. Ses provisions de pain et d'eau s'épuisèrent promptement. Il serait