Consiitutioiies moiiasticœ, P. G,, XXXI
rien ne peut le faire sortir, il y admet qui lui convient. Le moine léger, même retenu matériellement dans son monastère, laisse son esprit courir toutes les routes, tandis que le moine vigilant ne sort point de la solitude, même quand il en est corporellement éloigné 1.
Cet optimisme du législateur n'allait pas jusqu'à tolérer une négligence imprudente. Le religieux hors de son monastère a, en effet, besoin d'une continuelle circonspection. Ses actes et sa personne sont livrés aux appréciations de chacun. Toutes les langues s'exercent à son sujet. Ceux qui l'approchent, même ses parents, l'examinent sans pitié, prêts à se scandaliser de tout et à calomnier les actions les plus innocentes. Les moindres faiblesses qui lui échappent fournissent une occasion de déprécier la vie monastique 2 . C'était une tendance commune en Orient. Elle provenait moins de la malveillance que de la haute idée que le peuple se faisait des moines : on les aurait volontiers crus supérieurs à la nature et à ses nécessités. Les moines eux-mêmes se montraient fort exigeants pour les frères qui venaient de contrées éloignées. Ils s'attendaient à les trouver plus vertueux qu'ils ne pouvaient l'être eux-mêmes ^
Saint Ephrem, pour engager les moines voyageurs à suivre fidèlement les conseils que son expérience lui dictait, faisait la même remarque. Ceux qui honorent et aiment le moine, disait-il, lorsqu'il sert le Christ dans la paisible retraite de son monastère, sont les premiers à se scandaliser de le voir dans les villes et les bourgs faire des choses qui contristent le Seigneur. Bien qu'il eût fait lui-même pour son bien personnel et pour celui des chrétiens de longues pérégrinations, il n'hésitait pas à déclarer que les routes ^ ne sont pas le lieu où l'on doit rencontrer les moines. L'édification du prochain, la crainte de Dieu et le sentiment des convenances imposent une extrême réserve à ceux que le devoir fait momentanément sortir de la solitude^.
Les Egyptiens croyaient que rien ne pouvait mieux protéger un moine voyageur que la présence d'un frère. Les règles attribuées à saint Antoine et à l'abbé Isaïe recommandent instamment cette