CHAPITRE XXI
L'hospitalité monastique
dans les solitudes orientales
Les moines qui voyageaient dans le désert vivaient des provisions qu'ils portaient avec eux; c'étaient habituellement des figues, du pain et de l'eau. La terre nue leur servait de -couche. Presque toujours dans les pays habités, ils trouvaient sur leur route la cellule d'un solitaire ou la demeure de quelque séculier.
Le voyageur étranger ne passait jamais inaperçu devant la porte d'un Oriental. Depuis des siècles, l'hospitalité était en honneur dans ces contrées. Les chrétiens l'exerçaient généreusement. Les livres de l'Ancien Testament leur mettaient sous les yeux les beaux exemples laissés par les patriarches. La manière dont Abraham, le père des croyants, reçut ses hôtes, et la récompense que Dieu lui décerna, étaient pour tous une précieuse leçon. Notre-Seigneur avait encore ennobli cette vertu, quand il dit : « C'est moi que vous recevez dans la personne de l'étranger. » Les Apôtres la recommandèrent instamment à l'attention des fidèles i.
Les moines, en qui les chrétiens vénéraient les imitateurs les plus parfaits de Jésus-Christ et les images vivantes de la Divinité, trouvaient auprès d'eux un accueil empressé. On ne les recevait nulle part avec plus de religion qu'à Oxyrinque. Les magistrats de cette ville, couverte de monastères, avaient mis aux portes des hommes chargés d'accueillir les étrangers et de les conduire en leur présence, afin qu'ils pussent remplir à leur endroit tous les devoirs
I. S. Sérapion, Epistoîa adtttomcJjos Alexandrinos, P. G., XL, 938.
de l'hospitalité chrétienne. Pallade a conservé le souvenir de la réception qui lui fut faite'.
L'abbé Pafnuce arrivait dans un village voisin d'Héraclée. Le premier dignitaire de la localité alla au-devant de lui, l'invita'pieusement à le suivre dans sa maison, lui lava les pieds, dressa la table et lui fit servir à manger. « J'ai toujours tenu à recevoir les étrangers, dit ce pieux laïc, au point de ne permettre à personne de me devancer auprès d'eux. Et jamais un hôte n'a quitté ma demeure sans provisions ^ »
Dans tout l'Orient, les personnes pieuses se faisaient une obligation et un honneur de recevoir ainsi les moines sous leur toit. La noble diaconesse Olympiade de Constantinople, qui témoignatant de dévouement à saint Jean Chrysostome, mettait à cet exercice de charité un zèle qui ne se lassait jamais 3. A défaut de ces fidèles généreux, les religieux trouvaient un asile dans les hôpitaux que les évêques avaient construits en faveur des malades et des étrangers.
Mais les recommandations bibliques relatives à l'hospitalité ne s'adressaient pas aux seuls chrétiens qui vivaient au milieu du monde. Les moines, voués à la recherche de la perfection chrétienne, n'avaient garde de les négliger. Aussi la pratique de cette vertu tint-elle en leur vie et dans leur histoire une place des plus importantes. S'ils ouvraient largement la porte aux séculiers qui venaient à eux, ils aimaient surtout à recevoir les frères qui leur étaient unis par une même profession. L'hospitalité monastique ' accueillait donc volontiers les moines et les séculiers. Dans les uns et dans les autres, elle honorait le même Seigneur et Maître, Jésus- Christ. « Ce n'est pas un homme, écrit saintEphrem, que le moine reçoit dans la personne de l'étranger qui se présente à lui, mais Dieu lui-même. Aussi ne doit-on faire aucune acception des personnes^. » « L'hôte, observe saint Nil, procure une grande faveur à celui qui le reçoit. Il est, en réalité, son bienfaiteur; Ce dernier ne doit pas craindre de l'obliger, par ses instances, à lui accorder le bienfait de sa présence sous son toit^. »