‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 455 sur 520 · Apophtegmata · texte numérisé non relu

Apophtegmata

6. Rufin, I, 403, Pallade, Hist. laiis., xliv, P, G., LXV, 1127.

7. Cassien, Coulai., xv, 436. Sulpice Sev., Dial. \, 166-167. •8. Rufin, 419-420.

l'avait reçu, crut devoir s'excuser du dérangement qu'il lui avait causé et des manquements à la règle dont il avait été l'occasion. « Mais non, lui fut-il sagement répondu, ma règle est de te recevoir, et, à ton départ, de te congédier en paix^. » Cette manière d'agir si délicate n'était pas comprise de tous. Un pieux anachorète reçut un jour la visite de cénobites à l'esprit étroit. II les accueillit avec plaisir, dressa la table en leur honneur et les servit de son mieux. Comme il les voyait fatigués, il devança pour eux l'heure de son repas. Au lieu de reconnaître sa charité et de lui témoigner de la gratitude, ces malheureux se dirent les uns aux autres : « Ces ermites se nourrissent mieux et plus abondamment que les cénobites. » Le solitaire, qui était un homme d'esprit, sut leur donner une leçon bien à la portée de leur intelligence.

Ses hôtes partirent, en effet, le lendemain pour aller voir un autre anachorète : « Saluez-le de ma part, leur dit-il, et recommandez-lui de ne point arroser les légumes. » Le message fut exactement rempli. Le frère, qui avait saisi le sens des paroles transmises, donna à ses visiteurs, dès leur arrivée, des corbeilles à tresser. Quand le soir fut venu, ils ajoutèrent des psaumes à ceux que l'on chante ordinairement. « Nous n'avons pas l'habitude de manger tous les jours, leur dit alors le solitaire; mais, à cause de votre présence, je vais servir à souper. » Il leur présenta du pain, du sel et un peu de vinaigre et d'huile. Après ce modeste repas, il les fit psalmodier jusqu'au point du jour. Ils purent alors se reposer. Ce régime leur semblait dur. Aussi ne séjournèrent-ils pas longtemps dans cette cellule ^

L'hospitalité, exercée dans les conditions exposées précédemment laisse supposer que les hôtes étaient rares. Des visites fréquentes eussent entraîné des inconvénients graves et nombreux. Les solitaires qui habitaient des endroits de passage ne réussissaient pas toujours à les éviter. C'est ce qui faisait dire à Rufin que mieux valait occuper une cellule très éloignée ; car les adoucissements dans le régime, lorsqu'on se les permet souvent, ont bientôt détruit l'amour de l'abstinence et de la pauvreté religieuse. L'estomac prend si vite goût aux mets plus abondants, mieux choisis et préparés avec plus de soin. Aussi voyait-on des hommes, de grande vertu glisser sur cette pente et tomber dans le relâche-

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