Id., P. L., LXXIII
l'hospitalité monastique 483
menti. Les ermites, qui avaient affronté la solitude sans préparation suffisante, pouvaient moins que d'autres se prémunir contre un pareil danger ^ L'un d'eux démandait à l'abbé Pierre pourquoi la. présence des hôtes ne troublait pas sa paix intérieure. Voici la réponse qui lui fut faite : « Lorsqu'un frère vient te visiter, tu lui poses ces questions : Comment vas-tu? D'où viens-tu? Que se passe-t-il chez un tel et chez cet autre ? T'ont-ils donné l'hospitalité? Te l'ont-ils refusée? Tu ouvres ainsi la bouche de ton hôte, qui t'entretient de choses dont tu ne devrais pas entendre parler". »
Le relâchement et la dissipation, que l'exercice de l'hospitalité risquait d'entraîner, arrachaient des plaintes à quelques hommes. Cassien et Germain reçurent les confidences que l'abbé Jean leur fit sur ce sujet*. Dans les monastères de cénobites, l'hôtelier n'était pas toujours à l'abri de ces inconvénients. Il lui fallait beaucoup de sobriété et une continuelle vigilance sur lui-même pour ne pas s'abandonner à la gourmandise. Le frère Ambroise, qui remplissait cette fonction dans un monastère gouverné par -un abbé Dosithée, en fit la triste expérience. Saint Isidore de Péluse, l'ayant appris, engagea son supérieur à le remplacer'.
Pour éviter le trouble que leur causait l'affluence des visiteurs, plusieurs solitaires résolurent de ne les admettre qu'à certains moments de la journée. Zébina leur donnait audience le soir, après la fin de ses prières habituelles. Siméon Stylite les recevait à la neuvième heure seulement 6.
. 1. Rufin, Hist. mon., i, P. L., XXI, 398.