‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 465 sur 520 · Id., 1. II, ep., 89, ibid · texte numérisé non relu

Id., 1. II, ep., 89, ibid

but de mieux faire saisir la nécessité de la vigilance sur son langage, il remarquait ailleurs que si Dieu a fait don à l'homme de deux oreilles pour entendre, il ne lui a donné qu'une langue pour parler *. Marc Didacios comparait l'âme à une salle de bain où l'on voudrait. maintenir une température chaude ; la chaleur s'en va si les portes sont trop fréquemment ouvertes. L'âme perd l'attention sur elle-même, si l'on ouvre trop souvent la porte du silence ^

Ces quelques citatioiis, en nous livrant la pensée des Pères, font comprendre le soin avec lequel ils formaient les jeunes religieux à la pratique de cette vertu. Ils la leur présentaient comme le fruit d'une humilité sincère. « Si tu affectes de te taire, disait saint Antoine, ne crois pas ainsi pratiquer une vertu ; avoue seulement que tu es indigne de parler^. » L'abbé Pœmen, dont la discrétion était fort connue, a laissé quelques maximes pleines de sagesse. A un frère lui demandant ce qui valait le mieux du silence ou de la parole, il fit cette réponse : « Celui qui parle pour Dieu fait bien; il fait bien aussi quand il se tait pour Dieu^. » Il disait encore : « Un homme peut garder le silence extérieurement et au fond de son cœur condamner le prochain ; autant vaudrait parler tout le jour. lien est qui parlent du matin au soir et cependant ne violent pas la loi du silence; c'est qu'ils ne prononcent pas une parole sans motifs. »

Les moines ne blâmaient donc pas l'usage discret de la langue, mais les paroles inutiles. Albien, moine de Nitrie, déclarait inutile toute conversation qui ne tendait pas au but de la vie religieuse^. Saint Pakhôme fut très rigide sur ce point. Ses disciples ne devaient tenir que des propos édifiants'^. Saint Basile donnait pour preuve infaillible de son utilité le bien qu'une conversation fait aux âmes. Tout ce qui est incapable d'édifier est oiseux et contriste l'Esprit-Saint, et ne • doit jamais sortir des lèvres d'un religieux 8. L'insistance que mettaient les anciens à prémunir les

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