‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 468 sur 520 · Id., Sermo asceticits, P. G., XXXl · texte numérisé non relu

Id., Sermo asceticits, P. G., XXXl

que l'on se forme^ en lisant les récits ascétiques et les. récits édifiants, pour ne pas être reproduit : « Tout dans leurs entretiens respire la paix: ils ne s'occupent pas des mêmes choses que nous, dont les conversations roulent sur des sujets qui ne nous regardent point : Un tel a été nommé préfet; tel autre a perdu cette fonction; celui-ci est mort; celui-là s'est vu privé d'un héritage, et d'autres bavardages de même nature. Les moines, eux, parlent et discutent des vérités éternelles; on dirait des hommes qui habitent un autre monde ou qui se sont transportés dans les cieux ; ils s'entretiennent constamment des choses du ciel, du sein d'Abraham, des couronnes des saints, des chœurs du Christ. Jamais sur leurs lèvres la moindre allusion aux faits de la vie présente. Ils ne causent pas plus de ce que nous faisons, que nous des occupations des fourmis dans leurs retraites. Le Roi suprême, les luttes présentes, les tentations du diable,, les actions des saints, voilà tout ce qui les occupe. Si nous nous comparons à eux, en quoi différonsnous des fourmis? En rien. Comme les fourmis, nous prenons grand soin des choses du corps. Plût à Dieu que nous ne prissions pas d'autres soins plus honteux i. »

Les privations de nourriture et de sommeil ne suffisaient pas à tous les moines. On en vit qui s'ingéniaient pour trouver des rnoyens nouveaux de torturer leurs membres. Quelques-uns eurent des recettes inouïes. La crédulité naïve des anciens a bien pu renchérir sur la réalité, en ce point comme en beaucoup d'autres choses^; mais ces pratiques austères n'en sont pas moins un fait indiscutable. Elles variaient avec les pays et les tempéraments. Leur rigueur était une preuve manifeste de la force morale des solitaires, qui contribuait beaucoup à leur concilier l'admiration des contemporains, L'orateur qui a le plus exploité la noblesse et la grandeur de la vie monastique pour l'édification des fidèles, saint Jean Chrysostome, ne craignait pas de dire aux hommes du monde qui composaient son auditoire combien ils étaient peu excusables de ne pas faire pénitence, eux qui avaient tant à expier, et

1, s, Jean Chrys., In Matth. hom. 69, P. G., LVIII, 653-654.

2, Zockler, op. ciL, 236-237.

de trouver dans leur faiblesse physique un prétexte de se dispenser des vertus les plus ordinaires, alors que des hommes et des femmes d'une complexion parfois délicate, et habitués souvent dans le siècle à une existence facile, pouvaient sous l'habit religieux se traiter avec une pareille rigueur 1. L'éloquent prédicateur avait bien le droit de tenir ce langage; ses auditeurs n'auraient pu lui objecter que les infirmités graves occasionnées par les pénitences excessives de sa jeunesse monastique\

Ces austérités ne furent pas le fait de tous les moines ; mais elles supposent chez ceux qui les pratiquèrent une énergie peu commune, souvent même héroïque. Les existences les plus laborieuses de cette époque ne présentent rien de semblable ^

Parmi les privations que s'imposaient quelques solitaires, saint Epiphane signale l'abstention des bains. La place qu'ils tenaient dans l'hygiène et les coutumes de cette époque rendait cette mortification particulièrement pénible*. Il y en eut qui allaient plus loin encore, en se refusant les soins de la propreté la plus élémentaire. De ce nombre furent saint Hilarion et le reclus Abraam, qui ne se lava jamais les pieds ni le visage 5. Les Orientaux avaient l'habitude de frotter leurs membres avec de l'huile pour se reposer des fatigues d'un long voyage ou d'un travail pénible. Les moines se contentèrent d'en user avec une certaine réserve. Saint Pakhôme permettait d'oindre le corps entier seulement en cas de maladie. Pour rendre ce service à un frère, il fallait y être autorisé soit par ses fonctions soit par l'obéissance^. On trouve une recommandation semblable dans la règle de l'abbé Isaïe'''. Saint Ephrem recommandait à ceux qui remplissaient ce devoir de veiller attentivement sur leurs yeux, sur leurs mains et sur leur langue^. Lorsqu'un hôte se présentait dans la cellule d'un ermite, les convenances voulaient

1. s. Jean Chrys., In Maith. boni., 55. P. G., LVIII, 546. In Ep. ad Ephes.hom. I3,P. G.,LXII,97-98.

2. Pallade, Dialogiis devita S.Johannis Cbtysosiond, 5, P. G., XLVII, 18.

3. Théodoret, Oratio de divina et sancta caritate, P. G,, LXXXII, 1497-1322. Floss, De Macariorum vitis quœstiones criticce, c, III, § 23, P. Q., XXXIV, 87-89. S.Greg. Naz., Poema ^\, 44, de seipso, P. G., XXXVII, 13 18-13 19, 1349-1354,

4. S. Epiphane, Expositio fldei, 23, P. G., XLII, 830. S. Jérôme, cp. 125, P. L,, XXII, rfb75. Marc Didac, De perfectione spirittiali, 52, P. G., LXV, 1183.

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