Gaston Boissier, ouvr. cit., t
3. Vie arabe de saint Pakhôme, publiée par Amélinean, Annales du Musée Guimet, t. XVII, 591-595.
celles dont le Seigneur le favorisait lui-même. Ce lui fut une occasion d'enseigner à ses moines une vérité fort simple, qu'ils étaient pourtant très exposés à perdre de vue : « Un homme qui a une foi robuste, leur dit-il, et qui pratique les commandements, vaut mieux que celui qui a le don des visions i. »
Les plus grands maîtres de la vie spirituelle sont d'accord pour assigner leur place véritable aux dons exti^aordinaires, même quand leur vérité ne soulève aucun doute. « Il ne faut pas ajouter grande importance à ces faits extraordinaires, disait saint Antoine. Gardez-vous d'embrasser la vie monastique pour connaître l'avenir; cherchez plutôt à plaire au Seigneur par une vie irréprochable*. Il ne faut pas se glorifier, afifirmait-il dans une autre circonstance, de pouvoir chasser les diables du corps des possédés et d'avoir la vertu de guérir les malades ; car les miracles sont l'œuvre du Seigneur, non la nôtre 3. »
Ces conseils, donnés par l'homme qui posséda à un tel point le don des miracles', devaient produire sur ceux qui les recevaient une forte impression. L'abbé Nestéros ne tenait pas un autre langage. Il recommandait à Cassien de ne point admirer celui qui fait des miracles ; on doit ajouter beaucoup plus d'importance à sa charité^, Cassien, qui avait vu de ses propres yeux un grand nombre de ces faits extraordinaires et qui en avait entendu raconter tant d'autres, avoue qu'il les passera sous silence, comme étant plus propres à provoquer l'admiration et l'étonnement qu'à développer dans les cœurs le désir de la perfection s.
Ce qui a été dit plus haut laisse deviner la sagesse et l'utilité de ces conseils. Ceux qui les donnaient avaient remarqué combien les moines étaient portés à mettre au premier rang ces faveurs extraordinaires. Beaucoup admiraient un homme à cause des miracles qu'il accomplissait, et ils oubliaient que la vraie grandeur