‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 488 sur 520 · S. Nil, De oratione, lxxx et lxxxi, ibid · texte numérisé non relu

S. Nil, De oratione, lxxx et lxxxi, ibid

enseigné sur la tactique des malins esprits i. L'abbé Sérénos complète sa doctrine dans la septième et la huitième conférence de Cassien. Saint Nil excelle surtout à montrer les ruses du diable quand il s'agit de troubler l'homme qui prie par des distractions obsédantes. Leur acharnement sait multiplier les procédés d'attaque, en tenant compte des dispositions individuelles. Chez les uns, la tentation est passagère. Chez d'autres, elle dure longtemps. Il en est qui sont condamnés à la supporter toute leur vie. Le même démon se charge facilement de tendre des pièges multiples à un seul religieux. Comme les hommes, les esprits mauvais sont capables d'exercer plusieurs métiers à la fois^

Les démons se donnaient une peine inouïe pour se ménager le plaisir de distraire les moines pendant l'office. L'un d'eux frappa durant la nuit à la porte de Macaire l'Alexandrin : « Lève-toi, abbé Macaire, lui dit-il, et rendons-nous au lieu où les frères se réunissent pour célébrer les saintes veilles. » Le saint homme, qui le reconnut, lui dit : « Menteur et ennemi de toute vérité, quel rapport y a-t-il entre nous ? Qu'as-tu à voir dans les assemblées des saints? — Ignores-tu, Macaire, qu'il ne se fait aucun office, aucune réunion monastique, sans notre présence ? Viens donc, et tu verras notre besogne. — Que Dieu t'ordonne de partir, esprit impur », lui répliqua Macaire. Après quoi il se mit en oraison et demanda au Seigneur de lui montrer ce dont le diable se vantait. Il partit pour l'office. Et que vit-il? Une troupe de petits Ethiopiens tout noirs qui couraient de côté et d'autre dans toute l'église. Ils s'approchaient de chaque religieux pour lui jouer de vilains tours. Ils prenaient avec les doigts les paupières de quelques-uns et les serraient l'une contre l'autre. Le sommeil s'emparait d'eux sur-le-champ. Ils plongeaient un doigt dans la bouche de certains autres, qui aussitôt se mettaient à bâiller. Devant plusieurs, ils formaient des fantômes : tantôt c'était une femme ; tantôt des maçons qui élevaient un bâtiment, ou des hommes qui portaient un fardeau.: à chaque image

■I. S. Athanase, Kitct S. Aiiionii, 21-25, P- G., XXVI, 874-882.

2. S. Nil, I. I, ep. 25, P. G., LXXIX, 91 ; ep. 294, col. 190. Cf., I. II; ep. 140; 1. III, ep. 33, 35, 40, 50, 66, 67, 68, 147, 153, 155, 156, 173, 174, 175, 176, 201, 21 !, etc. Dans' son traité à Eulogios, il parle longuement de la manière dont ils sèment les distractions dans l'âme de celui qui prie, xxvii-xxxi, col. 1127-36; xxxiii-xxxiV; col. 1138-39. Il' traite ex pro/esso de leur rôle dans les distractions (De oratione, lxvii-lxxiii, ibid., col. 1 182 et s.) et dans les tentations (De malignis cogiiationibiiS; 1 199-1235).

correspondait une distraction de l'esprit. Les religieux fervents les .repoussaient avec force et persévérance, et les diables finissaient par lâcher pied, tandis qu'ils se montraient familiers avec les moines tièdes, leur grimpant le long du dos et s'installant sur leurs têtes. L'abbé Macaire comprit alors ce que le diable lui avait dit^

Les récits de ce genre abondent, et il se pourrait bien que les anciens aient d'eux-mêmes imaginé certaines de ces visions pour rendre plus vivant leur enseignement sur le diable et la tentation. Saint Pakhôme raconta dans une conférence avoir entendu deux démons qui causaient. « Je suis en ces jours, disait l'un avec un accent de tristesse, auprès d'un homme difficile en tout ce qu'il fait ; car au moment même où j'ai jeté en lui une pensée mauvaise, il se lève, prie, pleure vers le Seigneur, et moi, je brûle si bien que je m'enfuis. » L'autre tenait un langage bien différent : « Pour moi, tout ce que je conseille à celui en lequel j'habite, il le fait promptement, même beaucoup plus. » Pakhôme insista ensuite sur la crainte que le diable doit inspirer aux moines \

Le bienheureux Zozimas les représente rôdant sans cesse autour des âmes pour épier leurs actions extérieures et jusqu'à leurs moindres mouvements; c'est par ce moyen qu'ils cherchent à deviner les pensées intimes et à connaître les pensées de chacun^. Ils peuvent alors ménager la tentation qui convient le mieux à l'individu et au moment. Leurs ressources sont inépuisables. Pour le prouver, l'abbé Macaire racontait le trait suivant. Le diable se trouva un jour sur son chemin. Il était très chargé et s'en allait tenter les moines. « Pourquoi donc portes-tu tant de fioles? lui demanda l'abbé. — C'est pour faire goûter aux frères. J'ai fait bonne provision; de la sorte, si une potion déplaît à quelqu'un, j'en aurai une autre à lui présenter; si celle-là n'est pas de son goût, je lui en offrirai une troisième. A la fin, il s'en trouvera bien quelqu'une qui lui aille'^. »

L'acharnement et l'habileté de ces mauvais esprits n'ont d'égal que leur nombre. Sérénos les montre à Cassien volant dans les airs, où ils sont si pressés qu'ils ressemblent à un nuage chargé d'eau. C'est uniquement pour ne pas nous effrayer que Dieu les dérobe à nos regards. 11 nous épargne ainsi le spectacle écœurant

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