Verha Senionim, 6\, P. L., LXXUl
de leurs vices. Ils sont dans une agitation continuelle. La paix ne règne jamais parmi eux. Ils se querellent le jour et la nuit*. L'abbé Moïse vit un jour de ses propres yeux cette innombrable armée. Des tentations impures venaient de Tassaillir. Ne sachant que faire pour s'en débarrasser, il alla trouver l'abbé Isidore. Celui-ci lui montra à l'Occident toute une armée de diables prêts à fondre sur les hommes. Mais il lui fit voir à l'Orient, pour le rassurer, une armée angélique venant à leur aide. Elle était de beaucoup la plus nombreuse^.
Les démons semblaient avoir une prédilection marquée pour ces manifestations militaires. Cela se comprend sans peine. Ils avaient là un moyen facile d'effrayer de pauvres moines. C'est ainsi qu'ils apparurent à l'abbé Hor. L'un d'eux eut l'audace de l'inviter à l'adorer^. Ces multitudes ne se montraient pas toujours sur le pied de guerre. Un frère aperçut les mauvais esprits réunis en une sorte d'assemblée sénatoriale pour délibérer. Un démon survint et annonça la chute d'un moine, ce qui provoqua une allégresse universelle 4.
Ils infestaient particulièrement les lieux inhabités. Cette pensée jetait certains ermites dans la frayeur. Il leur fallait un rude courage pour dominer la crainte qu'ils leur inspiraient. Macaire d'Alexandrie s'avançait dans le désert. II fit la rencontre de deux anachorètes qui habitaient une oasis fort éloignée. Il y avait là, disaient-ils, une foule de monstres et de démons; peu d'hommes étaient capables de supporter leurs attaques et de déjouer leurs ruses s. Macaire n'était pas homme à reculer. Pallade raconte tout au long une excursion qu'il entreprit pour expérimenter la force des princes de certaines parties reculées de la solitude 6.
Les diables ne reculaient pas devant les moyens violents, lorsque les autres étaient jugés inutiles. Les visions terribles de saint Antoine et les coups qu'il recevait sont trop connus pour qu'il soit permis d'insister. Il ne fut pas le seul traité de la sorte '^.