Cassien, Conlat., vu, n
l'eut rendu fou, un grand nombre de saints se mirent à prier pour lui. Ils eurent bien de la peine à lui rendre la santé 1. » Ce fut ce même Jean de Lycopolis qui raconta diverses apparitions diaboliques à un religieux menacé de tomber dans de dangereuses illusions ^ Les démons jouèrent longtemps le rôle d'anges devant un pauvre moine qui les prenait au sérieux. L'un d'entre eux lui annonça que l'esprit de malice viendrait bientôt le visiter; il serait facile de le reconnaître à une hache qu'il porterait. Par le fait, quelqu'un vint le voir; il avait cet outil entre les mains. A peine le moine l'eut-il aperçu, qu'il se précipita sur lui, s'empara de la hache et lui en asséna un coup mortel. Malheureusement, ce ne fut point le diable qu'il frappa; il avait tué son propre père 3.
L'esprit malin s'emparait parfois du corps d'un religieux et lui infligeait toutes les humiliations de la possession. Stagirios, à qui saint Jean Chrysostome écrivit pour l'exhorter à la patience, était un malheureux possédé qui eut étonnamment à souffrir*. Cet état malheureux n'était pas toujours l'indice d'une âme coupable. Ony voyait souvent une épreuve que le Seigneur permettait pour le plus grand bien de celui qui en était affligé. Sérénos recommandait de traiter les possédés avec une grande commisération. 11 faut pardessus tout ne point les mépriser. 11 serait bo'n de les faire communier tous les jours, si la chose était possible. C'est par ce moyen que l'abbé Andronicos et plusieurs autres obtinrent leur délivrance"'.
Les démons étaient eh somme de terribles ennemis.
Cependant saint Antoine, qui les connaissait bien, affirmait qu'il n'y avait pas à les redouter.. Ils sont impuissants, disait-il, Dieu seul mérite d'être craint 6. On remarquait même que leur pouvoir diminuait avec le temps. Tout ce que racontaient les anciens permettait de croire qu'ils étaient devenus beaucoup moins féroces. A quoi cela tenait-il? Les moines d'aujourd'hui sont beaucoup plus tièdes; leurs ennemis en ont raison plus facilement, disaient les uns. C'est la vertu de la croix, qui, en étendant son empire sur le monde, a opéré ce changement, pensaient les autres'^.