Cassien, Coulai. ,\\\, 22-23, p
Les hommes de ce temps-là ne s'exagéraient-ils le pouvoir du démon ?Et par ces exagérations ne cherchaient-ils pas inconsciemment à diminuer leur responsabilité personnelle? On peut le craindre; car à force de parler de la malice du diable, on finit par oublier celle de l'homme. Tous les démons réunis sont incapables de contraindre quelqu'un à commettre une faute, si sa volonté persiste dans le refus. Les esprits mauvais devenaient ainsi trop aisément la personnification du vice. En exerçant sa haine contre eux, on détournait les yeux du vice qu'il fallait combattre. En d'autres termes, les moines rejetaient sur le diable bien des choses qui retombaient sur eux seuls.
Laissons Satan dire lui-même ce qu'il pensait de cette manière d'agir.
Un étranger se présenta à la porte de saint Antoine. Le saint lui demanda ; « Qui es-tu? — Je siiis Satan. — Que viens-tu faire ici? — Pourquoi donc moines et chréfiens me chargent-ils d'accusations calomnieuses? Pourquoi me maudissent-ils à chaque instant? — r Pourquoi t'ingénues-tu à leur créer des embarras? — Ce n'est pas moi, ce sont eux qui se troublent eux-mêmes. Car je suis maintenant sans force. N'ont-ils pas lu ces paroles du psaume : Les armes sont tombées pour toujours des mains de l'ennemi, et vous avez renversé ses cités i? 11 ne me reste plus ni arme, ni cité, ni lieu quelconque oii me fixer. Les chrétiens sont partout. La solitude est pleine de moines. Qu'ils veillent sur eux et qu'ils cessent de m'accuser injustement. — Bien que tu sois un menteur invétéré et que la vérité ne sorte jamais de ta bouche, tu as été contraint cependant de faire cet aveu : Le Christ, par sa venue en ce monde, t'a privé de tes forces et t'a dépouillé de tout'. »
La familiarité avec les anges et la lutte ouverte contre les démons avaient pour complément dans la vie mystique des moines l'autorité que Dieu leur donnait sur les animaux ^