Cf. Ribet, t. II
La pureté de leur existence et le détachement des créatures, leur rendaient avec l'innocence quelque chose de la dignité première d'Adam et de son empire sur la nature. Les récits hagiographiques abondent en traits pleins de grâce et de poésie. On se rappelle le corbeau qui portait à saint Paul, le premier ermite connu, sa provision de pain, et les lions qui vinrent après sa mort creuser sa fosse'. Saint Antoine eut à un haut degré cet ascendant sur les bêtes. Le château abandonné dans lequel il chercha un refuge était rempli de serpents. Dès qu'il en eut franchi le seuil, ils prirent tous la fuite ^ Il avait un jour à traverser le canal d'Arsinoé. Les crocodiles, qui infestent ses eaux, le laissèrent passer sans lui faire le moindre mal^. Le jardin qu'il possédait autour de sa cellule dans le désert reçut la visite d'un troupeau d'onagres qui dévastaient ses plantations. Le saint patriarche s'approcha doucement de l'un de ces animaux et le tenant avec la main, il dit à toute la bande : « Pourquoi me faites-vous du tort? Moi, je ne vous en ai point fait. Allez-vous-en. Au nom du Seigneur, je vous interdis de revenir en ces lieux. » Cette défense fut respectueusement observée^. On rencontrait souvent, dans cette partie du désert, des fauves et des serpents fort dangereux. Saint Antoine ne les craignait pas. De fait, ils ne lui firent jamais le moindre mal.
Les saints exerçaient volontiers leur pouvoir surnaturel contre les dragons. Depuis longtemps, les Egyptiens croyaient à l'existence de ces bêtes mystérieuses, plus rares et plus terribles que les lions. On pariait des sphinx à tête humaine, des griffons au corps de chacal et à la tête d'aigle, et d'autres animaux non moins étranges. Bien des gens doutaient de leur existence. Néanmoins les chasseurs et les conducteurs de caravanes avaient mille histoires à raconter sur ces êtres fantastiques 5. Amon, le fondateur de Nitrie, habitait une région où vivaient quelques voleurs. Ces hommes pillaient souvent sa cellule et lui enlevaient jusqu'à son pain. Pour mettre un terme à leur rapine, il s'enfonça dans le désert, où il fit la rencontre de d^ux dragons énormes, à qui il intima l'ordre de le suivre, de se poster à l'entrée de son monastère et de veiller à ce qu'aucun voleur n'y pénétrât. Les bandits vinrent comme de