Maspéro, Lectures historiques
coutume, mais la vue des deux monstres les plongea dans une frayeur telle qu'ils n'eurent même pas la force de s'enfuir. Amon, qui les aperçut, vint à eux. « Vous voyez, leur dit-il, que vous êtes plus durs que ces bêtes : elles nous obéissent au nom du Seigneur, et vous n'avez point la crainte de Dieu, vous n'avez pas honte de troubler ses serviteurs. » La présence des dragons accrut l'efficacité de ces paroles. Le saint les fit entrer dans sa demeure, où il leur offrit à manger. Ils lui promirent de cesser leur brigandage i.
La morsure des serpents, des scorpions et des bêtes venimeuses fut maintes fois sans effet sur les saints habitants de la solitude. Un aspic mordit Macaire le Jeune, qui n'en ressentit aucun mal. Pour le mettre dans l'impossibilité de nuire à qui que ce soit, il s'empara de l'animal, lui prit les deux mâchoires avec les mains et le déchira sans pitié, en lui disahif : « Le Seigneur ne t'avait point donné cet ordre, de quel droit t'es-tu approché de moi^? » Didymus écrasait avec le pied les scorpions qui pullulent en Egypte, sans être jamais mordu s. Personne n'osait en faire autant*. Isaac, moine de Nitrie, les prenait dans la main comme, pour les caresser^. D'ordinaire, leur morsure, si elle n'était pas mortelle, causait d'intolérables souffrances. Les religieux de Tabenne^ qui allaient pieds nus, en savaient quelque chose. Théodore n'employait pas d'autre remède que la prière pour se guérir^.
La simple vue de ces bêtes, des serpents surtout, suffisait généralement pour effrayer les moines, tellement ils étaient convaincus du danger qu'elles leur faisaient courir. Un disciple de Dorothée le Thébain était allé puiser de l'eau sur l'ordre de son maître. 11 aperçut un aspic au fond du puits. 11 n'en fallut pas' davantage pour l'empêcher de remplir sa cruche et le faire revenir en toute hâte. L'ancien, informé de sa crainte, sortit de sa cellule et alla lui-même faire sa provision d'eau. Il la bénit et il en but, en disant : « Où est la croix, la malice du démon est impuissante'''. »
i.Rufin,///s^. wo/7., VII, P. L.,XXI, 421. Pallade,//îs^. /at<s.,'ui-ui, col. 1151-52.