‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 495 sur 520 · Pallade, Hisi. latis., ii, P; G,, XXXIV · texte numérisé non relu

Pallade, Hisi. latis., ii, P; G,, XXXIV

Cette crainte était souvent exagérée. Elle portait les moines à donner un caractère surnaturel à des faits qui s'expliquent fort bien sans cela. L'Egypte a toujours été le pays des enchantements. Quelques-uns étaient tentés d'y voir l'intervention d'une puissance céleste. Postumianus en donne un exemple curieux. Deux jeunes religieux d'un monastère de la haute Thébaïde revenaient de la cellule d'un anachorète à qui ils avaient porté sa nourriture. L'un était âgé de quinze ans, et l'autre de treize. Ils rencontrèrent sur leur chemin un aspic d'une longueur extraordinaire. Au lieu de prendre peur, ils se mirent à le considérer et, sans s'en douter, ils le fascinèrent. La bête s'approcha d'eux, se dressa, inclina la tête et se laissa prendre sans la moindre difficulté. Le plus jeune la roula dans son manteau et, fier de sa capture, la porta à la maison. Loin de les complimenter, l'abbé leur fit une verte réprimande, à cause de leur témérité et de la complaisance qu'ils prenaient, disait-il,' dans les œuvres que Dieu faisait par leurs mains i. Quelques-uns de ces solitaires avaient pour les bêtes du bon Dieu une véritable affection, se plaisant à les servir. Les animaux féroces eux-mêmes semblaient reconnaître leur bonté ; ils oubliaient, devant eux leur humeur sauvage. Le reclus Théonas sortait toutes les nuits, disait-on, de sa cellule, voisine d'Oxyrinque, pour abreuver les bêtes du désert. 11 leur présentait l'eau qu'il tirait de son puits. Les onagres et les gazelles ne manquaient pas au rendez-vous. On reconnaissait, le lendemain, la trace de leurs pieds sur le sable^

Une louve venait tous les soirs visiter un anachorète à l'heure de son souper. Elle se tenait tranquillement à sa porte jusqu'à la fin du repas, pour recevoir ce qui restait de pain. Elle léchait avec respect la main qui lui présentait cet aliment, puis elle reprenait,, joyeuse, sa course dans le désert. Elle arrivait tous les jours à la même heure. Mais, un jour, le solitaire ne se trouva point là ; il était allé accompagner un frère, et il rentra aune heure assez tardive. L'animal, voyant que la porte était ouverte, pénétra dans la cellule et vit une corbeille qui contenait cinq pains ; il en prit un pour sa part et s'en alla. A son retour, le solitaire s'aperçut qu'on lui avait dérobé un pain ; le voleur l'avait mangé sur place, les miettes répandues sur le sol le prouvaient suffisamment. Mais il ne lui

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