S. Nil, 1. III, ep. 227, P. G., LXXIX
cins'. Apollonios était devenu célèbre - parmi les solitaires de. Nitrie à cause du zèle et de l'habileté qu'il mettait à soigner les malades soit dans leurs cellules soit dans la maison qui -leur était réservée. Il leur procurait des raisins secs, des oranges, des œufs et des gâteaux ^ La situation des anachorètes était ailleurs fort pénible. Quand une maladie les surprenait, ils n'avaient d'autre ressource que d'attendre les soins d'un disciple ou d'un frère du voisinage. L'abbé Macaiie rendait un jour visite à un solitaire; l'ayant trouvé gravement malade, il lui demanda ce qui pourrait lui faire plaisir. Comment le satisfaire? II n'y avait aucune provision dans sa cellule. Macaire ne craignit pas d'aller à la ville lui acheter des pastilles qu'il réclamait". Un frère de Scété fil une longue route afin de procurer du pain frais à un vieil infirme qui en manifestait le désir '^. On citait avec admiration le bel exemple donné par un jeune religieux de ces mêmes solitudes. Son maître souffrait d'un ulcère dont l'odeur nauséabonde lui causait une vive répugnance. 11 fit, pour la surmonter, un effort héroïque, en buvant de l'eau qui lui avait servi à nettoyer la plaie s.
Les âmes de ces pauvres malades ne demandaient pas des soins moins assidus que leurs'corps. Les frères ne leur ménageaient ni les conseils, ni les encouragements. Ils aimaient à leur faire des lectures saintes ^ Les aveugles étaient, on le devine, très sensibles à cette attention délicate. Les infirmiers avaient besoin parfois d'une très grande charité. Jean le Thébain eut à servir pendant douze années un ancien qui ne lui adressa jamais une parole agréable ou un simple remerciement. Agissait-il ainsi pour l'éprouver? ou sur son lit de mort finit-il par apprécier la vertu de cet homme ? Toujours est-il que, avant dç rendre son âme à Dieu, il dit à ceux qui l'entouraient : « Ce frère n'est pas un homme, c'est un ange"^. »
Les anachorètes, dominés par cet esprit de charité, savaient qu'en soignant leurs frères ils gagnaient pour le ciel de grands mérites. Voici ce que leur apprenaient les anciens : « Un frère reste dans sa cellule où il ne mange qu'une fois la semaine, et un autre