Sozomène, Hist. eccles.,\. V\, 33. P. G., LXVll
les chérissent au point de ne plus vouloir les quitter. Ils n'ont d'autre table que. la terre et les rochers qu'ils foulent aux pieds. Les herbes sauvages suffisent à leur repas du matin et du soir. L'eau des rivières leur procure un breuvage délicieux ; leur vin coule des rochers. Ils n'ont d'autre église que leur bouche, dans laquelle leur langue célèbre la louange divine. Durant les douze heures de la journée, leur prière est ininterrompue. Leurs oraisons remédient à nos infirmités. Ils sont nos intercesseurs infatigables.
« Lorsque la fatigue les saisit dans leurs courses à travers les montagnes, ils croient se ménager une grande jouissance, en s'étendant sur la terre nue. Au/Vsitôt après leur réveil, ils se lèvent et leur voix retentit comme une trompette pour chanter et célébrer Jésus-Christ. Les anges les accompagnent sans cesse pour les ga:rder et les protéger. Ils passent la nuit au lieu d'où ils voient le soleil se coucher... L'endroit où ils terminent leurs jeûnes avec leur existence est celui de leur sépulture i. »
Les Mésopotamiens ne furent pas seuls à mener cette vie errante et mortifiée. Postumianus affirme qu'il y avait en Thébaïde des anachorètes qui vivaient sans résidence fixe, dans la crainte que les hommes ne vinssent les visiter. Ils prenaient gîte en plein air au lieu même où la nuit venait à les surprendre. Deux moines de Nitrie en rencontrèrent un dans le désert de Memphis. 11 vivait de la sorte depuis une douzaine d'années ^
Cette existence extraordinaire séduisait quelques esprits avides de tout ce .qui sort de la voie commune. Plusieurs abandonnaient leurs cellules pour s'enfoncer dans le désert et mener la vie des moines « pasteurs ». Ils n'avaient pas les forces suffisantes pour supporter un régime aussi pénible. Quelques-uns moururent de faim, de soif ou de froid : d'autres furent contraints de revenir à leur monastère chercher un soulagement aux douloureuses infirmités qu'ils avaient contractées dans la solitude \
11 y eut en Orient un genre de vie monastique beaucoup, plus extraordinaire encore. Il fit son apparition durant la période qui nous occupe. Ses adeptes, mus par un sentiment d'humilité pro-
1. Ephrem, Sermo III in Paires defunctos, op. gr., t. I, 175-180, passim.