‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 56 sur 520 · Evagre, Hist. ecdes., 1. I, 21. P. G., LXXXVI · texte numérisé non relu

Evagre, Hist. ecdes., 1. I, 21. P. G., LXXXVI

Les gyrovagues, ou moines vagabonds, étaient pour la plupart des ermites dégoûtés par les austérités de la solitude et de la vertu. Souvent ils avaient commencé par vivre dans un monastère. Cénobites sans énergie, ils s'étaient imaginé que le secret du désert rendrait plus facile le travail de leur sanctification. Ils n'avaient pas tardé à sentir peser lourdement sur leurs âmes le silence et l'isolement de la solitude. La paresse et l'ennui leur rendaient insupportable le séjour prolongé dans une cellule. Peu à peu ils se rapprochaient des pays habités et ils changeaient fréquemment de demeure. Leur temps se passait en visites inutiles. L'amour des voyages finissait par s'emparer d'eux, à tel point qu'ils ne pouvaient plus rester en place. Saint Isidore de Péluse lés comparait au lièvre, qui n'a pas de gîte déterminé et qui s'en va où le porte le caprice du moment i. Du désert ils passaient à la ville, continuant toujours leur vie errante. Ils donnaient à leur vagabondage les prétextes les plus spécieux. Tout en eux pouvait tromper les fidèles. Leur tenue extérieure et leur langage semblaient déclarer une humilité profonde et une grande mortification.

L'abbé Sarapion reçut la visite de l'un de ces coureurs. Il l'invita, comme c'était l'usage, à commencer la récitation des prières. Ses instances furent vaines. Le gyrovague protestait toujours de son indignité. Impossible de lui faire accepter le siège que les solitaires réservaient pour leurs hôtes ; jamais il ne voulut consentir à se laisser laver les pieds. Sarapion reconnut à ces exagérations ridicules l'esprit qui animait son visiteur. Il lui conseilla charitablement avec toute la douceur possible de mettre un terme à ce vagabondage. Jeune et robuste comme il l'était, le séjour de la cellule et l'assiduité au travail lui seraient certainement beaucoup plus avantageux. Cette leçon si juste et si discrète suffit pour faire s'évanouir tous ces beaux dehors d'humilité 2.

Le désir d'augmenter leurs connaissances sur la vie ispirituelle était le prétexte que les gyrovagues mettaient d'ordinaire en avant pour justifier leurs courses incessantes. Mais personne ne se faisait illusion. Cassien les traite de paresseux, qui se préoccupent avant tout de leur nourriture". « C'est une table mieux servie

1. s. Isidore Pél., 1. 1, Episl. 41. P. G., LXXIII, 207; S. Nil, 1. II, Epist. 56. P. G., LXXIX, 223 ; cf. Cassien, Conlat., XVWl, 8, p. 516-517.

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