‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 58 sur 520 · Constilutiones monasticce, c. viii. P. G., XXl · texte numérisé non relu

Constilutiones monasticce, c. viii. P. G., XXl

7. S. Nil, De monastica exercitatione, c. ix, ibid., col. 730.

rigoureuse. On le vit à Atliènes, à Rome, à Alexandrie, édifiant ceux qui conversaient avec lui par l'éclat de ses vertus et par son détachement des biens de la terre i.

Les sarabaïtes ne valaient guère mieux que les gyrovagues. Ils étaient tout aussi nombreux. On les rencontrait dans les villes et les villages, par groupe de deux ou de trois, habitant la même maison. Ils exploitaient la bonne foi des chrétiens, en vendant plus cher le fruit de leur travail. Ils ne suivaient aucune règle, et n'avaient pas de supérieur. Comment la paix aurait-elle régné dans ces communautés, où chacun faisait ce qui lui passait par la tête ? Aussi étaient-ils souvent en querelle les uns avec les autres. La pauvreté pour eux était chose inconnue. Ils faisaient bonne chère. Ils se permettaient des visites fréquentes aux vierges. Pour faire oublier leur désordre, ils affectaient parfois une tenue austère et tous les dehors de la vertu, et ils parlaient fort mal des clercs : c'étaient des hypocrites 2.

. Quelques-uns pouvaient être des ascètes dégénérés. D'autres étaient des moines sortis d'une cornmunauté régulière, afin de vivre plus à leur aise. Certains religieux, qui avaient quitté leur monastère, formaient à leur, tour une petite réunion monastique, pour se donner la vaine satisfaction de la supériorité. Hommes sans vertu et sans expérience, ils réussissaient à constituer un groupe de mauvais moines. A cette époque, quiconque en avait envie pouvait fonder un monastère. On devine facilement quels abus en résultaient. Ces religieux n'avaient en rien l'esprit de leur état, se mêlaient de tout. S'il venait à surgir une discussion doctrinale ou une querelle politique, ils prenaient avec passion parti pour ou contre. Ils ne craignaient pas de soulever eux-mêmes des troubles. Afin de couper court à cet abus criant, les Pères du concile de Chalcédoine, qui les avaient vus à l'œuvre pendant les luttes provoquées par l'hérésie eutychienne, interdirent la formation de ces groupes soi-disant monastiques, en faisant dépendre l'établissement de tout monastère nouveau de l'autorisation épiscopale K ,,

1. Pallade, Historia laiisiaca, c. 83. P. G., XXXIV, 1182-90.

2. S.Jérôme, EpisL 22, n. 34. P. L., XXII, col. 419; Cassien, Conlat., XVIII, p. 513-515.

3. Conc. Calchedon. can. 4; Labbe, Collectio conciliorum, t. IV, 1683 ; cf. Wald. Nissen, Die Regelung des Klosterwesens îm Romaerreicbe bis ^um Ende des Jahrh., x p. i 1-12.

Les eustatUens doivent leur nom au célèbre Eustathe (f 360), évêque de Sébaste, d'abord ami dévoué, puis adversaire de saint Basile. Ce personnage introduisit la vie monastique dans l'Arménie et les provinces voisines. Mais ses disciples ne surent garder aucune mesure 1. Leur foi ne fut pas à l'abri de tout reproche. On reconnaît des traces des erreurs gnostiques et manichéennes dans les idées qu'ils professaient et dans quelques-unes de leurs pratiques religieuses. Leur estime pour la chasteté leur faisait mépriser l'état du mariage et ceux qui s'y étaient engagés. Ils autorisaient les femmes à quitter leurs époux et leurs enfants pour embrasser la vie ascétique, les esclaves à fuir pour le même motif la maison de leurs maîtres, les enfants â abandonner leur père et leur mère. Le manteau dont ils se revêtaient suffisait, prétendaient-ils, pour les rendre justes. Les femmes qui entraient dans leur secte rejetaient leur habit ordinaire pour se revêtir à la façon des hommes. La chair des animaux était à leurs yeux un aliment impur, interdit aux vrais chrétiens. Ils refusaient de se soumettre aux jeûnes prescrits par l'Eglise; et ils se faisaient un devoir de jeûner le dimanche. Leur tendance schismatique les portait à fuir les assemblées des chrétiens dans l'église pour se constituer des réunions privées.

Ces exagérations auraient eu les plus fâcheuses conséquences, si les Pères du concile de Gangres, émus par la pensée du mal qui en pouvait résulter, n'eussent condamné solennellement quelques-unes des erreurs et des pratiques des eustathiens (entre 360 et 370). Pour éviter toute équivoque, le synode déclara que ses sentences ne visaient point ceux qui s'exerçaient aux pratiques de l'ascétisme d'une manière conforme aux enseignements des divines Ecritures ^

Le prêtre Aerius, disciple d'Eustathe, fut l'auteur d'une secte monastique qui poussa plus loin encore ces exagérations. Il était moine. Une foule d'hommes et de femmes se laissèrent endoctriner par lui. Tous professaient le renoncement extérieur au monde, qui est le signe caractéristique de la vie religieuse. Toutefois c'était un petit nombre seulement qui en observaient toutes les pratiques.^ Comme Aerius, leur maître, ils condamnaient les jeûnes de l'Église. Ils pouvaient néanmoins jeûner

i.Sozomène, Hist. eccles., 1. III, 14. P, G., LXVII, 1079.

2. Héfélé, Histoire i^s co««7^5, traduction Delarc, t. II, 168-186.

en tout temps, sauf pendant le carême, et les mercredis et vendredis de chaque semaine, jours consacrés aux privations par la coutume ecclésiastique i.

Saint Epiphane, dans son ouvrage contre les hérésies, signale plusieurs sectes qui affichaient les dehors de la vie religieuse ou ascétique. Ce sont les origénieiis'^, les adamiies^, et les apostoliques^. Beaucoup parmi eux cachaient sous des dehors hypocrites des pratiques honteuses. Il . en était tout autrement des audiens. Leur fondateur, Audios, de Mésopotamie, s'était donné la mission de poursuivre les désordres du clergé. Son zèle intempestif déplut aux évêques, qui sévirent contre lui. Il se sépara de la communion ecclésiastique vers 345, avec ses partisans. Au schisme, les audiens ajoutèrent des erreurs sur la nature de Dieu, la célébration de la Pâque et la pénitence. Ils vivaient principalement dans des monastères. Constantin exila leur fondateur en Scythie, où il répandit la vie religieuse. Ses disciples, chassés de cette région en 371, se réfugièrent sur les bords de l'Euphrate et en Syrie. Us eurent des monastères dans les montagnes du Taurus, en Palestine et en Arabie. Leurs maisons, réduites au nombre de deux à l'époque où écrivait saint Epiphane, disparurent complètement au V^ siècle 5.

Les massaliens ou eucUtes (ce qui signifie priants) furent plus

1. s. Epiphane, Âdversus hcereses, 1. III, c. I. P. G., XLII, 338, et Hœres., 75, col. 503-516. Silvie signale, dans son intéressante Peregrinatio, des moines et des moniales qui pratiquaient une abstinence assez extraordinaire. Ils jeûnaient toute l'année. Pendant le Carême, plusieurs ne mangeaient qu'une fois la semaine. Ils s'abstenaient alors de pain, d'huile et de fruits. II y en avait à Jérusalem et à Séleucie, où on leur donnait le nom d''apactUes [Silvice peregrînatio, 74, 88,99, 'Oo, 104). Théodose les condamna en 381 et en 383 comme manichéens (Godefroid, Codex Theodosianum. 1. XVI, t. V). Saint Grégoire de Nysse parle de quelques ascètes fanatiques, qui poussaient l'abstinence jusqu'à se laisser mourir de faim. {De Virginitale, c. 23. P. G., XLVI, 410.) Il y' avait de ces pauvres insensés dans le diocèse, de Nazianze. D'autres choisissaient n'importe quel genre de mort : un poignard, qu'ils se plongeaient dans la poitrine ; une corde, avec lacjuelle ils se pendaient ; un précipice, où ils se jetaient; tout leur était bon pour en finir avec la vie et pour mériter, ils le croyaient du moins, la palme du martyre. (Grég. Naz., Poema ad Hellenium, v. 85-107. P. G., XXXVII, 1457-60.

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