‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 69 sur 520 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les Règles monastiques

Au IVe siècle, comme de nos jours, la vie monastique consistait dans, la recherche de la perfection chrétienne. Les moines avaient à pratiquer les mêmes vertus que. les fidèles restés au milieu du monde, mais avec une perfection beaucoup plus grande. L'observance des .préceptes suffit à ces derniers , tandis que ceux-là doivent en outre suivre les conseils évangéliques ^ La vie religieuse a eu beau prendre les développements les plus extraordinaires, les préceptes et les conseils en sont restés le fondement inébranlable. Il en sera toujours ainsi, malgré la variété des prescriptions et des règlements qui seront formulés dans la suite des âges pour répondre aux multiples exigences de la vie commune et des buts particuliers que poursuivront les divers groupes monastiques. Ces additions, qui pourront se multiplier à l'infini, ne sauraient constituer l'essence du monâchisme.

Il en va tout autrement de la pratique des vertus chrétiennes. Sans elles, point dévie religieuse. On doit les trouver partout et toujours. Or ces vertus, qu'elles soient préceptes ou conseils, ont leur formule authentique dans l'Evangile. Voilà pourquoi ce livre sacré fut la règle des premiers moines. Lorsque les saints s'occupèrent plus tard d'organiser leur vie, ils s'attachèrent surtout à préciser davantage les obligations qui découlent du texte inspiré. De nos jours encore, il ne faut pas chercher ailleurs le fondement des

1. L. Allatius, Prcefatio ad Regularum codicem, cité par Brockie, Codex Regularum pmfat., c. ii. P. L., CIII, 398. Fleury, Les Mœurs des chrétiens, éd. 1727, 318-320.

devoirs que le monachisme impose, quelles qu'en soient du reste les formes accidentelles*. Comme les Évangiles font partie d'un ensemble tendant au même but et inspiré par le même Dieu, l'Écriture sainte tout entière devint pour les moines une règle •véritable.

Avec l'habitude de découvrir dans tous les passages de la Bible un sens figuré, il leur était facile de trouver partout, jusque dans les sentences et les épisodes en apparence les plus insignifiants, ou un précepte ou un exemple capables de les éclairer sur la nature et l'étendue de leurs obligations. Cette manière de voir s'accordait fort bien avec leurs idées sur les origines de la vie religieuse. Elle avait pour fondateur et pour type achevé Notre-Seigneur jésus-Christ lui-même. L'Église primitive de Jérusalem leur apparaissait comme le premier monastère du monde. Les passages des Actes des Apôtres où est exposé le genre de vie que menaient ses enfants leur faisaient connaître dans ses lignes principales la règle suivie alors. Quelques saints de l'Ancien Testament, éclairés par l'Esprit de Dieu, avaient connu et pratiqué la vie religieuse. Élie, Elisée, saint Jean-Baptiste, devenaient ainsi des moines et les modèles des moines. Leur règle était contenue dans les textes scripturaires qui racontent leur vie et leurs vertus ^

Saint Jérôme se conformait aux sentiments de ses contemporains quand il proposait à la vierge Démétriade les prescriptions des divines Ecritures comme le point fondamental des observances monastiques 3, et lorsqu'il conseillait à son illustre ami, Paulin de Noie, de choisir pour modèles non seulement les Paul, les Antoine, les Julien, les Hilarion, les Macaire, mais encore Élie, le prince des moines, Elisée, qui appartient également aux moines, et les fils des prophètes, qui vivaient dans les champs et dans la solitude, et qui bâtissaient leurs cellules sur les rives du Jourdain^.

Telle était bien aussi la pensée de saint Antoine le Grand. « Nous n'avons besoin pour notre formation que des divines Écritures », disait-il à ses disciples s. Dès les premiers temps, il se persuada que le prophète Élie était le type achevé de la vie ascé-

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