‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 92 sur 520 · I. lbid.,1. I, col · texte numérisé non relu

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raissait comme le moyen d'arriver à là perfection et par elle à l'éternité bienheureuse i.

Le désir de quitter le monde pour se vouer, dans la vie monastique, à la recherche de la perfection évangélique, revêtait des formes multiples. Car les âmes ne se ressemblent guère. Chacune a ses aspirations et ses besoins propres. Une même pensée produit généralement sur elles des impressions bien différentes. Les circonstances extérieures, qui se diversifient à l'infini, ne sont pas étrangères à la naissance et aux développements de ce désir. 11 faut encore tenir compte d'un élément divin. Dieu, en effet, ne laisse pas le chrétien à lui-même. Il l'assiste de mille manières dans la poursuite de sa vocation surnaturelle. La grâce par laquelle il agit en lui est d'une souplesse extrême, qui la fait se ployer aux exigences les plus variées. On ne saurait expliquer sans cette action divine la vocation religieuse et la persévérance que l'homme met à la suivre. La variété des tempéraments et de leurs besoins, l'influence des milieux et le souffle de la grâce, tels sont donc les trois éléments qui contribuent, à faire naître et grandir dans un cœur le désir de la vie monastique.

Ce désir, dont nous venons de déterminer les sources, a des manifestations nombreuses. L'abbé Pafnuce les ramène à troiscatégories principales. Dans la première, les agents extérieurs paraissent moins ; c'est Dieu qui agit directement sur le cœur de l'homme, parfois à son insu, même durant son sommeil. Sa manière de voir se modifie peu à" peu. Les choses qui passent n'ont plus pour lui aucun attrait. 11 regrette amèrement les fautes qu'il a commises, le temps qu'il a perdu. La vie éternelle, l'amour de- Dieu, la soumission à sa volonté, l'attirent et l'absorbent. Pour d'autres, au contraire, on constate mieux l'action humaine. L'exemple des Saints, les conseils d'un serviteur de Pieu réveillent l'âme de sa torpeur et allument en elle le désir de la sainteté. C'est bien la grâce divine qui agit; mais elle se sert d'instruments créés,. Chez d'autres enfin, la vocation paraît s'imposer en vertu d' unenécessité qu'on pourrait croire inévitable. L'abus des richesses et des plaisirs ont précipité un homme dans un grand danger ou. soulevé contre lui une affreuse tempête. La perte de ses biens ou la mort de ceux qui lui sont chers ont rempli son <:œur d'une sombre tristesse. Alors Dieu se montre à lui comme le seul remède,.

i. Cf. Cassien, Combai, I, n. 5, p. 11.

le consolateur suprême. Celui qui n'élevait jamais sa pensée vers le ciel aux heures de la prospérité est entraîné par le besoin impérieux d'une paix qu'il ne peut trouver qu'au service de son Créateur!.

Pafnuce légitirne cette classification par des faits qu'il tire des divines Ecritures ou qu'il emprunte à ses souvenirs personnels. 11 serait facile d'en trouver d'autres, plus saillants peut-être, dans les récits hagiographiques de cette époque. La vocation de saint Antoine, dont l'origine est racontée par saint Athanase, appartient à la première catégorie. On rencontrerait difficilement ailleurs un exemple plus typique. Six mois après la mort de ses parents, Antoine allait à l'église pour entendre la messe. Plusieurs pensées le préoccupaient. Pourquoi, se demandait-il, les Apôtres ont-ils tout quitté pour suivre Notre-Seigneur? Cette première question en amena une autre. Les premiers fidèles de Jérusalem, qui vendirent tous leurs biens et en donnèrent le prix aux Apôtres, avaient fait un acte de détachement des plus méritoires; quelle récompense ont-ils eue dans le ciel ? Tel était l'objet de ses réflexions, quand il franchit le seuil du temple. Or, il se trouva qu'on lisait ence moment un passage de l'Evangile de saint Mathieu : « Si tu veux être parfait, y était-il dit, va vendre tout ce que tu possèdes, donne le prix aux pauvres, et viens te mettre à ma suite ; tu acquerras ainsi un trésor dans les cieux^». Antoine considéra ces paroles comme un ordre que le Seigneur lui intimait. Il sortit donc de réglise et se mit en mesure de l'exécuter au pied de la lettre. La somme que lui procura la vente de son patrimoine fut distribuée aux indigents, sauf une certaine somme qu'il réserva ^pour l'entretien de sa sœur. Quelques jours après, il revint à l'église. Ces autres paroles de l'Evangile qu'on lisait frappèrent son attention -, « Soyez sans sollicitude pour le lendemain 3. » Ce fut le dernier coup de la grâce. Antoine se livra sans retard aux exercices de la vie ascétique^.

Le même passage de saint Mathieu : « Si Ut veux être parfait », détermina la vocation d'Alexandre, le fondateur des Acémètes. 11 avait vingt-cinq ans et faisait partie de la garde impériale à Constantinople. Rien ne lui était plus agréable que la lecture des saints

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