‹ Les moines d'Orient antérieurs au Concile de Chalcédoine (451) [microform]Chapitre 99 sur 520 · Rufin, Hist. mon., P. L., XXl · texte numérisé non relu

Rufin, Hist. mon., P. L., XXl

4. Sozomène, Hist. eccles., 1. vi, 29, P. G., LXVII, i^'jS. Âpopbtegmaia Patriim, P. G., XLV, 274.

jusqu'à la folie. Il lui arriva, dans un de ces accès, d'éventrer une femme enceinte pour se procurer l'étrange satisfaction de voir l'enfant qu'elle portait dans ses entrailles. Quand il eut consommé son crime, la honte le saisit, et un sentiment de regret trouva le chemin de son cœur. C'en fut assez pour l'ébranler. Comme il n'était pas homme à faire les choses à demi, il s'en alla au monastère de Scété : «J'ai quarante ans, dit-il, et jamais une prière n'est sortie de mes lèvres; s'il me reste encore quarante années à vivre, je les ernploierai à prier Dieu sans relâche. » On le reçut parmi les moines. Sa vie fut désormais une prière ininterrompue '.

Ces vocations extraordinaires et le "changement de vie qu'elles inauguraient étaient une éloquente apologie du -monachisme. Aussi aimait-on à les raconter. Rien n'était plus capable de porter les hommes à mettre toute leur confiance en la miséricorde infinie de Dieu. Les contemporains citaient de préférence les transformations que la grâce opérait dans le cœur des brigands qui infestaient alors comme de nos jours la vallée du Nil et les déserts voisins, et ne craignaient pas de s'attaquer aux pauvres solitaires, bien que le butin fût maigre chez eux.

Quelques-uns de ces bandits voulurent profiter du, silence de la nuit pour faire au saint reclus Théonas une visite intéressée. Croyant mettre la main sur un trésor, ils s'étaient promis de tuer l'anachorète pour exécuter leur dessein plus à leur aise. Mais Dieu n'abandonna point son serviteur. Les brigands, retenus par je ne sais quelle force mystérieuse auprès de sa cellule, ne purent ni avancer ni reculer. Le soleil les surprit dans cette étrange situation. Les chrétiens qui venaient solliciter les prières du saint homme arrivèrent suivant leur coutume. Ils auraient voulu s'emparer des voleurs et en faire eux-mêmes justice, si Théonas le leur eût permis : « Laissez-les s'en aller sains et sauf, dit-il, sinon Dieu m'enlèvera le don de guérir les malades. » Les bandits recouvrèrent aussitôt leur liberté. La leçon leur fut bonne, et ils surent en profiter. On raconte qu'ils se présentèrent aux solitudes voi-

Page 1