LA PAUVRETÉ
avec lui de générosité pour doter sa fondation ^ Afin de rendre plus stables les propriétés données par lui à son monastère de Ferréolac, Tévêque Ferréol inséra l'acte de donation en tête de sa règle. Il eut soin, devançant les bienfaiteurs monastiques du moyen âge, de réclamer en échange des prières pour la rémission de ses fautes ^. Césaire, qui avait déjà doté une première fois son monastère de Saint-Jean, fit plus, avant de mourir. Par un testament dont le texte est conservé ^, il confirma toutes les donations faites durant sa vie, de vive voix, par lettre ou ^e toute autre façon. A ces propriétés, il en ajouta de nouvelles. Il avait au préalable obtenu du pape Hormisdas la confirmation de ces biens monastiques *. On y voyait des champs, des vignes, une maison, voire même une esclave. Et, chose digne de remarque, le testament est directement fait en faveur du monastère et non de l'abbesse.
Ce premier avoir monastique, dû à la générosité du fondateur, se développait graduellement par les dons des nouveaux profès ou des bienfaiteurs, et grâce aux acquisitions qui étaient le fruit d'une adminstration prudente. Les règles invitaient les abbés et les abbesses à conserver intact ce patrimoine religieux pour le transmettre à leurs successeurs. L'évêque y veillait, et toute aliénation faite sans son consentement était non avenue".
Lorsque les monastères étaient situés à la campagne,
^ Ado, Viia abbatis Theiidariî, 12, p. 529.
2 S. Ferreoli RegulcB prœfatio. Holstenius, II. 119.
3 Pat. Lat., LXVII, 1139-1142.
* Jaffé, Regesta Romanorum Pontificum (864), I, 109. ^ Concilimn Epaonense, can. S, éd. Maassen, p. 21
les religieux arrachaient au sol par leur propre travail le pain de chaque jour et le moyen de soulager les indigents. Les Pères du Jura eurent fort à faire. Les montagnes, hérissées de rochers, offraient une faible couche de terre végétale, peu propre à la culture. C'était un pays pauvre. La neige qui le couvrait durant les longs hivers retardait la végétation, et les orages compromettaient les moissons pendant Tété. Force fut aux religieux de créer à quelque distance du monastère des champs cultivables. Lupicin et Romain, armés de la pioche et de la hache, s'attaquèrent avec leurs disciples aux sapins qui encombraient les vallées. Bientôt le sol fertile, remué par leurs soins, se couvrit de prairies, où la faulx abattait des foins épais, et de champs, où poussaient les céréales. Grâce à ce labeur opiniâtre, une communauté nombreuse put se suffire ^. Pendant la morte saison, il était impossible de s'occuper au dehors. Le battage du blé dans les granges, où les gerbes s'entassaient après la moisson, fournissait à un certain nombre une besogne utile *.
Le moulin est le complément nécessaire d'une exploitation agricole. Les religieux de Condat utilisaient pour lé leur un ruisseau qui coulait dans le voisinage du monastère. Les biographes ont conservé le souvenir d'un frère meunier, le diacre Sabinien. Il habitait une cabane près de ses meules. Le soin qu'il mettait à remplir sa fonction ne l'empêchait pas d'arriver le premier aux offices du jour et de la nuit. C'était un
' Vita Patrjim Jurensiuvi, i35. Gregokii Tur. Liber vitce Patrmn, I, p. 665. ' Viia Patrum jfuyensium, II, 144-145.