LA PAUVRETE. QQ
homme industrieux. Comme la chute d'eau ne pouvait lui fournir la force nécessaire, et qu'il lui était impossible d'en capter une quantité plus grande, il eut l'idée de resserrer le canal dans l'espoir d'élever le niveau et, par le fait, d'augmenter la force de la chute. Ses confrères lui donnèrent un concours utile. Ils plantèrent des pieux dans le ruisseau ; un treillis en osier qui allait de l'un à l'autre servit à retenir la paille, la terre et les cailloux qu'ils y jetèrent. L'eau ainsi canalisée fit tourner les meules plus vite et plus fort. Ce ne fut pas le seul parti qu'on en tira. Les moines organisèrent des piscines où le poisson se multiplia et grandit pour alimenter leur cuisine ^
Le jardin qui entourait l'abbaye fournissait aux frères une occupation et des provisions de légumes. Leurs instruments horticoles étaient bien primitifs. Un bâton recourbé tenait lieu parfois de sarcloir ; ils faisaient usage de râteaux, de haches et, très souvent aussi, de leurs doigts *.
Le monastère possédait quelques salines sur les montagnes. C'était une bonne fortune ; car le sel jouait alors, comme de nos jours, dans l'alimentation un rôle important. Par malheur, les incursions fréquentes des Alamans, qui infestaient ces contrées, rendaient les voyages difficiles. Les moines n'osaient s'aventurer en pays aussi peu sûr. Saint Oyanc^ dut les envoyer renouveler la provision de la communauté jusque sur les bords de la Méditerranée ^.
^ Viia Patrum Jurensium, I, 17, 18, p. 141, 142. ~ Ibid., II, 5. p. 146.
"^ Ibid., III, 17, p. 161.
lOO MOINES GALLO-ROMAINS.
Les troupeaux étaient pour les monastères une précieuse ressource. Ils leur fournissaient entre autres choses la laine et le lait. Saint Ferréol les faisait garder par des religieux ^
Certaines maisons avaient des propriétés fort étendues. Les religieux n'auraient jamais pu les cultiver eux-mêmes. Sur ces terres vivait une population de colons fixés au sol. Les moines, à qui la charité chrétienne inspirait des sentiments humains, les traitaient moins durement que ne le faisaient les maîtres séculiers. Ils étaient heureux de donner à leurs serfs une liberté à laquelle tout homme a droit. Mais cette émancipation ne pouvait se faire d'une manière indiscrète, sans quoi on aurait privé la terre de bras indispensables ; ce qui eût été désastreux pour une communauté. Aussi les conciles, dans le but d'imposer une sage mesure à un élan de générosité fort honorable, exigèrent-ils pour l'aiïranchissement d'un esclave le concours unanime des frères et de l'abbé ^.
^ s. Ferreoi.1 Régula, ii, Holstenius, II, 126.
2 S. Ferreoli Régula, 36 Holstenius, II, 140. ConcilUim Agathense, can. 56, Labbe, V, 53o. Conc. Epaon., can. 8, éd. Maassen, 21. Conc. Aspasii, 6, p. 114.