‹ Les moines de l'ancienne France (période gallo-romaine et mérovingienne [microform]Chapitre 16 sur 78 · LE GOUVERNEMENT DES MONASTÈRES. III · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEMENT DES MONASTÈRES. III

chant de David. Que ce soit le sifflet du berger et l'instrument dont s'accompagne le cultivateur \ »

La vie religieuse crée autour du moine une atmosphère sainte qui pénètre son âme et son travail d'une dignité surnaturelle. Cela augmente singulièrement ses forces. L'égoïsme est banni de son cœur. Vivant pour Dieu et pour ses frères ^, il a pour principaux mobiles l'obéissance et la charité.

Dans toute réunion d'hommes, il se rencontre des santés languissantes et des tempéraments affaiblis. La discrétion veut que les supérieurs ne leur imposent pas un fardeau pénible. On leur réserve quelquefois une occupation que saint Ferréol n'hésite pas à qualifier de prœcipuum opus, la transcription des manuscrits ^. Le frère qui n'a pas la main assez habile pour bien former les caractères, doit faire tous ses efforts afin de devenir un calligraphe, surtout quand il n'a pas d'autre moyen de se rendre utile '^. Ce genre de travail est fort en honneur parmi les moniales arlésiennes. Elles excellent à écrire les livres saints en caractères corrects et élégants. L'abbesse Césarie II leur donne l'exemple et, au besoin, des leçons ^. On a dans leur monastère l'amour des manuscrits. Lorsque éclate l'incendie qui manque d'anéantir leur demeure, les religieuses courent aux livres ; c'est, à leurs yeux, le premier trésor à

' Régula TamatensiSy 8, ibid., II, 184.

''S. CMSKRiiRi'giûa ad virgines, Recapitulaiio, 7, Holstenius, III, 37.

" S. FERitEOLi Régula, 28, Holstenius, II, i35.

^ Ibid.

^ Vit a S. Cœsarii, 1, Sg.

sauver. Elles les entassent dans les citernes desséchées avec tous leurs objets précieux ^

Les moines et les moniales de cette époque ne négligent pas l'étude. Il ne faudrait point cependant faire de leurs monastères des foyers intenses de vie intellectuelle et des écoles proprement dites. Mais on y exige de tous une culture au moins élémentaire *. C'est beaucoup, à une époque où le monastère ouvre largement ses portes et où le niveau commun de l'instruction n'est pas très élevé. Les frères employés aux plus humbles fonctions ne peuvent être ou rester illettrés. Cette ignorance suffirait pour rendre quelqu'un indigne de porter l'habit monastique ^.

On ne conçoit guère une âme pouvant aller à Dieu sans le secours des divines Écritures. Saint Césaire et saint Ferréol en prescrivent l'étude. C'est la matière habituelle de la lectio divina ^. L'abbé, qui a l'obligation de conduire les âmes au Seigneur, est plus que personne tenu de lire et de méditer la divine parole. Cette science alimente ses entretiens journaliers avec ses moines. Comment l'aurait-il pu acquérir sans une étude prolongée ? Pour lui donner le temps nécessaire, saint Ferréol le dispense du travail manuel ^. Les religieux les moins instruits, tels que les bergers, se contentent de savoir le psautier ^. Ce livre sert de base

1 VitaS. CcBsani, II, 26, p. 494.

2 Litteras omnes discant, S. Aukeliani Régula, 32, Holstenius, TI, 106, et .26, ibid., III, 66.

* S. Ferkeolï Régula, 11, ibid.. Il, 126.

* S. CmsA.mi Sermo ad sanctiinoniaîes. Pat. Lat. , L XVII, 11 23. ^ S. Ferreoli Régula, 3o, Holstenius, II, i36.

"7^., II, ibid., 124.

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à la prière liturgique et à la contemplation personnelle. Il n'est point rare de trouver dans les monastères des hommes avides d'instruction. Saint Oyand, abbé de Condat, que domine cette noble passion, xonsacre les jours et une partie des nuits à s'assimiler les livres qu'il peut se procurer ^ Les moines de cette trempe abondent surtout à Lérins. Mais ce serait sortir du cadre qui nous est tracé que d'énumérer leurs travaux et de raconter les querelles théologiques dont ils furent les jouteurs.

1 Vita Patrum Jurensium, III, 4. i55.

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