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CHAPITRE HUITIEME

Les moines et la cléricature

Désir de la cléricature. — Moines évêques. — Moines prêtres. — Droits des évêques sur les moines. — Apostolat.

Les moines gallo-romains de la Provence et des contrées voisines conservent fidèlement Tidéal religieux des moines orientaux. Le moine, pour eux, est un chrétien voué à la recherche de. la perfection évangélique. S'il est dans un état supérieur à celui des simples fidèles, on ne saurait pourtant le confondre avec les membres du clergé. Toutefois, sa vie plus simple et plus pure le prépare aux ordres sacrés.

L'Eglise dut naturellement porter les yeux sur lui, à une époque où elle n'avait pu organiser le recrutement et la formation de ses clercs. On pensa donc à lui conférer le sacerdoce et les dignités de diacre et de sous-diacre. Le moine prêtre fut d'abord chargé de la célébration du sacrifice et de l'administration des sacrements au sein de sa communauté religieuse. Souvent même il la gouvernait comme abbé ; ce n'était pas cependant obligatoire. Il y eut des abbés non prêtres.

On ne s'en tint pas là. Les évêques qui avaient besoin de prêtres pour le gouvernement des églises de

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leur diocèse, les choisissaient dans les monastères, lorsque la chose était possible. Le concile d'Agde (5o6), tout en reconnaissant leur droit, les invite à en user avec l'autorisation de Tabbé, qui connaît ses moines et a autorité sur eux K C'est ainsi que saint Césaire, déjà moine de Lérins, fut ordonné par l'évêque d'Arles, Éone. Ce prélat, qui appréciait la vertu et la doctrine de ce religieux, éloigné de son monastère par sa mauvaise santé, obtint de l'abbé Porcaire la permission de l'attacher à son diocèse par le sacerdoce ^.

Lorsqu'il s'agissait uniquement du service liturgique de la communauté, le choix des ordinands appartenait au supérieur. Saint Césaire interdit aux religieux de provoquer eux-mêmes et de désirer leur propre ordination ^, soit pour l'intérieur, soit pour le dehors. C'était une défense utile ; car là, comme en Orient, comme à Marmoutier, la cléricature hantait quelques tètes. Les ambitieux et les esprits faibles qui obtenaient cet honneur, causaient souvent du scandale par leur amour du bien-être et des préséances. Aussi les hagiographes aiment-ils à faire ressortir l'humilité de leurs héros devenus prêtres. Ils insistent plus particulièrement sur ce fait : le sacerdoce ne leur fit rien perdre de la profession et de l'austérité religieuse ^.

Les diocèses se remirent plus d'une fois entre les mains de quelques religieux éminents. Déjà, par ses

1 Concilium Agathensty can. 27, Labbk, V, 526. ■^ Vita sancU Cœsarii, I, 11, 461.

^ S. C^sARii Régula ad monachos, 46, Holstenius, 11, 107. ■* Vita S. Cœsarii, I, 11, p. 461. S. Hi'la.'rh De vita S. Honorati, Pat. Lat., L, I257-I258. Vita Patrum Jtirensium, 5, p. 134.

Il6 MOINES GALLO-ROMAINS.

vertus éclatantes et ses succès apostoliques, saint Martin avait honoré l'union de l'épiscopat et de la vie religieuse ; des moines nombreux avaient reçu en Orient la dignité épiscopale ; saint Augustin et plusieurs de ses disciples, dans l'Afrique romaine, avaient su mener de front les devoirs des pasteurs et ceux des moines. On marcha fréquemment sur ces traces dans la Gaule méridionale. Cette entrée de l'élément monastique au sein de l'épiscopat eut des conséquences heureuses. Ces moines évêques, par leur origine, ils appartenaient presque tous à l'aristocratie galloromaine, par leur sainteté et par leur science, furent « généralement à la hauteur des circonstances ^ » très difficiles que l'Église traversait alors.

Quelques-uns exercèrent une influence prépondérante sur l'esprit de leurs contemporains et sur le développement des institutions ecclésiastiques. C'esit surtout par ses religieux élevés à l'épiscopat que l'abbaye de Lérins put remplir son rôle. De fait on a vu rarement, d'un seul monastère, en aussi peu de temps, sortir autant d'évêques, et quels évêques ! C'est saint Honorât, évêque d'Arles ; saint Hilaire, son successeur à Lérins et à Arles ; saint Césaire, le plus grand pontife de cette période ; Maxime et Fauste, de Riez ; Eucher, de Lyon, et ses deux fils, Véran et Salone ; Loup, de Troyes ; Valérien, de Cimiez ; Rurice, de Narbonne ; Théodore, de Fréjus ; etc. Cette élévation des moines à l'épiscopat se présentait assez souvent pour que saint Aurélien ait cru pouvoir en parler dans sa règle. Il

1 DucHESNE, Fastes episcopaux de l'ancienne Gaule, I, iio-iii.

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