LES MOINES ET LA CLÉRICATURE. II
Si le moine clerc travaillait au ministère apostolique et au salut des âmes, on ne peut en dire autant de celui qui restait dans l'obscurité de son monastère. Les docur ments que nous possédons ne permettent pas de savoir quels sentiments ils avaient sur ce sujet. Il est probable que chacun cherchait et trouvait le devoir dans ce que lui indiquaient les circonstances. La population de ces contrées, gagnée de bonne heure à la foi, avait pour son service religieux de nombreux évêchés. Les monastères n'étaient donc pas sollicités à une action apostolique par les besoins d'un peuple délaissé,; comme ils le furent pendant le vii^ siècle au sein des royaumes francs. La dislocation de l'empire romain et le tumulte des invasions barbares laissèrent aux hommes de cette époque l'impression d'un monde qui s'écroule. Ils n'entrevoyaient pas le futur ordre de choses qui émergerait de ce chaos. A ces heures d'angoisses et de ténèbres, l'homme est incapable d'agir ; il se terre dans un coin et il attend que la tourmente ait passé. Les moines de ce temps furent moins des apôtres que les spectateurs de la fin d'un monde. Mais qu'on ne les prenne pas pour des oisifs ou des inutiles ; car l'activité qu'ils déployèrent chez eux faisait le monastère, c'est-à-dire confectionnait le grand instrument de l'action chrétienne durant la période suivante.
Malgré cet isolement, les moines acceptaient que le baptême fût administré aux nouveaux-nés dans leurs églises. Ils rendaient un grand service, car les églises baptismales étaient peu nombreuses dans les campagnes. Se multiplièrent- elles au vi® siècle, surtout dans le diocèse d'Uzès ? On strait porté à le croire. Saint
Ferréol eut, en effet, quelque scrupule de voir les enfants baptisés au monastère. Il demanda qu'on s'en abstînt à l'avenir \
^ s. Ferreoli Régula, i5, Holstenius, III, 128. La décision du concile d'Arles qui reconnaît à l'évêque diocésain le droit de confirmer les néophytes du monastère (455), témoigne de cet usage de baptiser dans les églises monastiques. Mabillon, Annales. I, 19.