‹ Les moines de l'ancienne France (période gallo-romaine et mérovingienne [microform]Chapitre 28 sur 78 · CHAPITRE QU \TRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QU \TRIÈME

Le monastère

Nom du monastère. — Titulaire de l'église. — Construction. — Disposition des Houx. — Dortoir commun. — Exploitation agricole. — Clôture.

Le monastère ou demeureides moines portait divers noms. Cœnobium, monasterium étaient couramment employés. Grégoire de Tours et ses contemporains usent aussi volontiers du terme cella ou cellula i ; ces deux expressions désignaient plutôt des monastères de minime importance. Marmoutier est néanmoins qualifié cella par Grégoire.

■ Chaque monastère était connu sous le nom du lieu où il se trouvait Ceux qui dans une ville s'élevaient auprès d'une basilique recevaient le nom du saint dont elle conservait les ossements : Saint-Martin de Tours, Saint-Hilaire de Poitiers, Saint-Bénigne de Dijon, par exemple. On ne les annexait pas toujours à un sanctuaire déjà fréquenté par les fidèles et les pèlerins. Plus d'une fois, église et monastère furent élevés en même temps au sein d'une cité, dans une bourgade ou même en rasé campagne, pour honorer un saint qui jusqu'à ce jour ne possédait aucune église.

1 Grég. de Tours. De virtuiibus S. Martini I, 217, p. 587, SgS ; III 23. p. 638. PsEUDO-FoRTUNAT, Vîta. S. Leobini, m, iv 74-76.

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Le titulaire de l'église servait alors à désigner le monastère lui-même. On eut ainsi à Poitiers le monastère de Notre-Dame, bâti par sainte Radegonde, et à Paris celui de Saiiit- Vincent ; les deux communautés ne tardèrent pas à changer leur nom ; Notre-Dame devint Sainte-Croix, lorsque la sainte fondatrice eut reçu d'Orient la relique tant désirée, et à Paris saint Germain fit oublier saint Vincent, du jour où ses reliiques attirèrent l'attention pieuse des fidèles. Les substitutions de cette nature furent très fréquentes. Gomme la plupart des grands fondateurs de monastères reçurent les honneurs d'un culte liturgique, il était bien naturel que leur nom s'attachât à une institution dont ils étaient la gloire et les initiateurs. Mais ces changements n'entraînaient pas la mutation du titulaire de l'église. Gelle de Marmoutier resta dédié aux saints Pierre et Paul \ celle de Micy à saint Etienne ^, celles d'Ouche et de Glanfeuil aux saints apôtres ^, quand les noms de saint Martin, de saint Maximin, de saint Evroul, de saint M aur, furent attachés aux monastères eux-mêmes. Si le nom du fondateur ne s'imposait pas à la vénération des chrétiens, celui d'un saint qui avait là une parcelle de ses reliques prévalait habituellement.

Ges substitutions, ou mieux ces baptêmes des monastères se firent un peu plus tard ; l'époque ne saurait être déterminée d'une manière uniforme pour la France

1 Grég de Tours. Historia Francorum, X, 3i, p. 444.

2 Vita S. Maximini IV. Mabillon, Acta Sanctonim, sec. I, 367. ^ Vita S. Ebrulfi, ibid,, p. 840.

entière. Mais, avant de donner son nom au monastère et à la localité, le saint était déjà honoré comme son patron et presque son propriétaire. La piété simple des fidèles prenait ces attributions au pied:)de la lettre. Cette pensée d'un domaine véritable exercé par le saint patron était acceptée de tous ; on la reconnaît dans le langage officiel des actes publics. ,

Les moines trouvèrent quelquefois des habitations anciennes dans les lieux où ils se fixaient. Ils en faisaient alors le meilleur usage possible. Saint Valfroy tira parti à Carignan, des débris d'un sanctuaire païen où Diane recevait jadis les honneurs des habitants. Un oratoire dédié à saint Martin la fit promptement oublier ^ . Dans l'île de Scicy (Scisciactis) , saint Pair trouva un temple consacré à je ne sais quelle divinité païenne. N'osant élever son monastère en un endroit souillé par ce culte impie, il y installa une étable ^. Saint Senoch utilisa les ruines d'un ancien édifice religieux^.

Mais, à la campagne du moins, il fallait généralement tout construire. C'était chose simple et facile. Les moines de ce temps avaient des goûts rustiques. Ils faisaient volontiers office de charpentier, voire même de maçon. Rien dans leur travail qui ressemblât aux constructions monacales des âges suivants. Un oratoire, des cabanes et des huttes groupées autour, formaient le cœnobium. La charpente et les murs étaient

1 Grég. de Tours. Historia Francorum, I. VIII, i5, p. 333.

2 Venance FoBitNAT. VituS. Paterniv, vi, vu, 34, 35. Saint Maurille trouva lui aussi des restes d'élifices païens sur la coUis Princiacus. Pseudo-Fortunat, VitaS. Maurilii, vu, 87, 88.

^ Grég. de Tours. Liber vitœ Patmm. x>/, 721 .

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faits de troncs, de branches et d'écorces d'arbres \ Tous ne se contentaient pas, il est vrai, de cette architecture primitive. Elle ne s'imposait guère que dans la solitude des forêts. On usait ailleurs des procédés courants de construction. Elever les bâtiments indispensables, en les distribuant de la manière qui répondait le mieux aux exigences de leur vie, telle fut la règle générale observée par les moines. Ils eurent à tenir compte du climat et de la disposition des lieux. Nous n'avons pas à faire ici une é.ude approfondie de l'architecture monastique au VI® siècle. Il nous suffit de donner les indications exigées par la nature de ce travail.^ Les églises bâties en pierres, lorsque la chose était possible, n'affectaient pas de vastes proportions, même dans les monastères importants. On tenait encore au vieil usage, qui exigeait pour chaque autel un oratoire spécial. Force était bien de multiplier les sanctuaires pour répondre aux besoins du culte et pour honorer dignement les saints, dont les reliques résidaient au milieu des moines. Il y en eut denx à Marmoutier, l'un dédié aux saints apôtres Pierre et Paul, comme nous l'avons déjà fait remarquer, et l'autre à saint Jean-Baptiste 'K On en trouve également deux à Saint-Evroul, consacrés à saint Pierre et à Notre- Dame ^. Saint Théodulfe, abbé de Saint-Thierry, fit construire une seconde église en l'honneur de saint

^ Vita S. Karileffi abbatis, éd. Krusch, p. Sgo et s. Vita S. Launoman, i5, Mabil- LON, Acia sanctorum, sec. I, 320.

2 Grég. de Tours, Historia Francorum, ]. X. 3, p. 444,

^ Vita S. Ebrulfi, 25. Mabillon, Acta Sanctorum. sec. I, 340.

Hilaire ^ Des fouilles récentes ont mis à jour les fondations des quatre oratoires signalés à Glanfeuil par l'abbé Odon *. Les églises portaient souvent à cette époque le nom de basilique. Ce titre de basilique servait à désigner des églises d'un caractère particulier, dont plusieurs étaient desservies par des moines. Les monastères attachés au service des basiliques urbaines devaient leur donner les dimensions que comportaient la dévotion publique et le concours des pèlerins. Les édifices affectés au logement des moines et à leurs exercices réguliers subissaiei;it l'influence du voisinage ; la basilique en déterminait forcément les proportions et l'architecture, sous peine de tomber dans ces anomalies monstrueuses qui heurtent le sens commun. Ce fait mérite une attention particulière ; il n'en est pas qui ait produit sur l'esprit des constructeurs monastiques une impression plus forte et plus heureuse.

Dans les villes, les bâtiments claustraux formaient une agglomération compacte, un vrai cœnobium. Il n'en était pas toujours de même à la campagne. Le voisinage ou la juxtaposition de cabanes ou de logements distincts présentait quelques avantages ; ces bâtiments

^ Viia S. Theodulfi, 4, Mabillon, Acta Sanci... sec. I, 328.

2 Vita S. Mauri 4/^, 48. ibid., zjS, 276. Ils étaient consacrés à saint Pierre, à saint Séverin, à saint Michel et à saint Martin. Fouilles archéologique de S. Maur de Glanfeuil, entreprises en 1848, par le P. de la. Croix. Paris 1899 in-fol de 23 p. Les moines de l'époque mérovingienne avaient une grande dévotion à saint Pierre. Elle se manifesta dès le début du Vie siècle. De nombreux monastères le choisirent pour titulaire de leur église principale. Cette coutume fut très en vogue au Vile siècle. ; ,

I go MOINES MEROVINGIENS.

minuscules étaient beaucoup plus faciles à élever et à entretenir. Il ne serait pas téméraire de penser que tel fut le mode de construction monastique le plus généralement adopté ^ Mais, comme au Mont- Cassin, comme dans les monastères du Jura et du midi de la Gaule, on ne tarda pas à sentir le besoin de grouper davantage les moines. L'organisation du cœnobium ou maison commune, avec le dortoir, le réfectoire et les ateliers uniques, fournissait à la vie monastique un organisme absolument fait pour elle. Il finit par s'imposer. Les conciles qui faisaient des moines et de leurs observances l'objet de leurs délibérations, ne furent pas les derniers à les diriger dans cette voie. Dès 463, les Pères du concile de Vannes avaient interdit aux religieux de se ménager une cellule particulière, isolée de la communauté. Ils laissèrent cependant aux abbés la liberté d'affranchir des servitudes de cette vie commune absolue les frères infirmes et ceux que leurs vertus rendaient particulièrement dignes d'égards. Et encore leurs cellules devaient-elles se trouver dans l'enceinte du monastère, intra eadem monasterii septa, de manière à ce que 1' obéissance ne perdît sur eux aucun de ses droits ^.

L'usage des cellules isolées survécut à cette décision. La direction qu'elle avait imprimée finit cependant

1 Le monastère de Saint-Mars à Royat avait cette disposition. Une grotte en était le centre. Gkég. de Tours, Liber vitce Patruvi, XIV, 719. C'est, on se le rappelle, le plan du Marmoutier primitif.

2 Concilium Veneiense can. 7. Labbe, Sacrosancia Concilia, t. V. 80-81 Cette mesure fut renouvelée par le concile d'Agde (5o6), can. ."8. Ibid., 527.

par prévaloir. Ce ne fut pas sans difficultés. Le concile de Tours (567) ^^^ revenir à la charge et proscrire de nouveau ces cellules isolées où les moines, tantôt seuls, tantôt deux, vivaient loin du regard de leur abbé. Les frères devaient tous prendre leur sommeil dans un dortoir unique en la compagnie de leur supérieur \ Une part trop grande était laissée à l'initiative de chaque communauté, pour que cette loi, si recommandable fût-elle, trouvât partout une égale soumission. On put donc ici ou là conserver le système des logements séparés. Mais ce ne fut plus désormais qu'une exception, condamnée à disparaître.

La grandeur du dortoir était proportionnée au nombre des religieux qui composaient le monastère. On se vit peut-être, lorsqu'il était trop élevé, contraint d'en bâtir plusieurs. 11 aurait fallu, en effet, des salles beaucoup trop vastes pour contenir la foule des moines et des moniales qui vivaient parfois en un même lieu. Grégoire de Tours parle de la multitude des moniales de Sainte- Croix. Il y en avait deux cents aux obsèques de sainte Radegon de ^. Ce n'était pas, il est vrai, un chiffre commun à cette époque. Il semble que la plupart des communautés réunies

^ Concilium Turonense, can. i5, éd. Maassen, p. 126.

2 Gkeg. de Tours. De gloria cottfessorum, iv, 814. Des biographies rédigées à une époque postérieure, dont les indications ne peuvent par conséquent être acceptées qu'avec réserve, donnent le chiffre de religieux atteint par certains monastères. Il y en aurait eu 3oo dans les monastères fondés par saint Maur (Odon, Vita sancti Mauri. 8i-83. Mabillon, Acta sanctorum, sec. I, 356) ; 62 à Saint-Magloire, 70, à Saint-Malo, 78 seraient morts de la peste à Saint-Evroul (582) {Vita smicti Ebrvlfi, 19, Ibid. SSg) ; on peut juger par là du nombre qui restait.

atitour des solitaires dont saint Grégoire raconte la vie, se composaient d'un petit nombre de frères ^ Celle de saint Sénoch est la moins nombreuse de toutes ; elle comprenait trois religieux seulement *.

Même dans les monastères où la vie commune était menée de la manière la plus rigoureuse, on tolérait les exceptions légitimes. Ainsi à Sainte- Croix de Poitiers, sainte Radegonde occupait une cellule particulière. Nous ne connaissons rien du mobilier ordinaire de ces cellules et du dortoir. Sainte Radegonde avait une natte sur laquelle elle s'agenouillait pour prier ^. Les moines qui voulaient consacrer à la lecture ou à l'oraison un temps dérobé au sommeil, trouvaient moyen, en dépit de la gêne provenant du dortoir unique, de satisfaire leur pieux désir. L'embrasure d'une fenêtre leur offrait une retraite suffisante où ils pouvaient, à l'aide d'une lumière, s'occuper presque à leur aise ^.

Nous ne savons rien des autres édifices claustraux.

Il y avait toujours à la campagne un complément indispensable au monastère, les bâtiments destinés à l'exploitation agricole et à la conservation des denrées. C'étaient d'abord les établés destinées au bétail, puis les granges où les moines conservaient la récolte. On trouve un fenil à Saint-Symphorien d'Autun ; une légère imprudence suffit pour y allumer un incendie

■ C'est en particulier le cas du monastère fondé apud Brivas dans le voisinage de Bourgeà. Gkeg. de Tours. De gloria confessorxim, Lxxix p. 797. ^ Greg. de Tours. Liber vitœ Pairum, xv. 721. ^ Id. De gloria confessorum, iv, p. 816.

■* PsEUDO-FoRTUNAT, Vita S. Leobini, II, p. 74.

LE MONASTÈRE. IqS

qui aurait pu consumer le monastère tout entier, si l'abbé saint Germain n'avait par ses prières conjuré ce malheur ^ . Dans le cellier se trouvaient les tonneaux en bois [tonnœ, tonnellœ, pontones, ou encore vasa vinaria) et les récipients en grès, contenant la provision de vin, et ceux où l'on mettait le froment {vasa rei frumentariœ usui prœparata) ^.

L'eau est de première nécessité pour toute réunion d'hommes. Les moines, quand ils n'avaient pas de source chez eux, se préoccupaient de creuser un puits ^. Il était quelquefois assez profond, celui de Saint- Thierry n'avait pas moins de cent pieds. On en protégeait l'orifice avec le plus grand soin. Pour avoir négligé cette précaution, les religieux de ce dernier monastère furent dans un réel embarras : l'eau se trouva corrompue par le cadavre d'un porc qui s'y était jeté ^.

Sainte Radegonde, qui faisait grand cas de la propreté, voulut avoir l'eau abondante dans son monastère. Elle fit creuser un bassin dont les parois furent maçonnées. Les moniales de Sainte- Croix y pouvaient, prendre des bains toutes les fois que l'hygiène le réclamait ^.

Heureux les monastères bâtis à proximité d'une rivière ! Il leur était plus facile d'avoir un moulin pour moudre leur blé. Sans quoi, il fallait tourner la meule

1 Venance. Fortunat, Vita S. Germani, iv, p. 12.

^Baudonivie, Vita s. Radegundis, Mabillon, Acta Satietorum, sec. I, 3ii-3i2,

^ Jonas, Vita Johannis abb. Reomensis, 17, éd. Krusch, 514.

4 Vita S. Theodulfi, 5, Mabillon, p. 328.

* Geég. de Tours, Historia Francorutn, X, 16, p. 423-428.

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à force de bras. On en conservait religieusement une à Rhuys que saint Gildas aurait mise lui-même en mouvement ^ On se voyait quelquefois réduit à user de ce système primitif auprès des rivières. N'avait pas un moulin qui voulait. Saint Senoch, très peiné à la vue de ses moines de Loches qui tournaient la meule, se proposa de créer un moulin sur les rives de l'Indre. Des pieux enfoncés par son ordre dans le lit de la rivière et une digue de pierres énormes formèrent une écluse. L'eau exhaussée par ce moyen s'engageait dans un canal qui la conduisait à la roue du moulin. Lorsque les moines commencèrent à jouir du fruit de leur travail, car tout était l'œuvre de leurs mains, un Visigoth, du nom de Silaire, voulut en faire l'acquisition. Ce moulin lui plaisait, v Donnemoi ce moulin, dit-il à l'abbé Senoch, et tu auras en échange ce que tu peux désirer. — Nous sommes pauvres, répondit le saint homme, il nous a fallu beaucoup de travail pour l'établir ; je ne puis le donner, car, sans lui, mes frères risqueraient de mourir de faim. — Si tu me le donnes de bon cœur, répliqua le barbare, je t'en aurai de la gratitude. Si au contraire tu t'obstines à me le refuser, je te l'enlèverai de force, ou je ferai construire une autre écluse dans des conditions telles que la tienne sera inutile. — Ne fais point une chose qui serait contraire à la volonté divine. Nous ne te le vendrons jamais. » Tel fut le dernier mot de Senoch. Silaire, irrité de ce refus, mit à exécution ses menaces. Une nuit, pendant l'office,

^ Viia S. Gildœ, 17, Mabillon, p. 134.

LE MONASTÈRE. igS

le frère préposé à la garde du moulin courut avertir le saint abbé. « Levez-vous, abbé, lui dit-il, et priez Dieu avec ferveur. L'eau, qui s'en va dans le canal creusé par Silaire, empêche notre roue de tourner. » Senoch recourut, selon sa coutume, à l'oraison. Les religieux de ses monastères s'unirent à lui pour implorer le secours divin. Leur confiance en la protection du Seigneur ne fut pas vaine. Le courant de la rivière emporta toute la construction du Visigoth, si bien qu'il n'en restait plus trace ^ Cette anecdote montre une fois de plus les difficultés avec lesquelles les moines étaient aux prises.

Le travail des religieux transformait en jardin l'espace qui entourait le monastère et ses dépendances. Là croissaient pour leur utilité et aussi pour leur agrément légumes et arbres fruitiers. Saint Mars de Royat cultivait dans le sien des oignons, des aulx, des olera. 11 aimait à s'asseoir à l'ombre des pommiers pour prendre un repos que l'ombre et le bruissement des feuilles lui rendaient agréable *. Un mur entourait le jardin et formait l'enclos monastique ^. Les moines menaient là une existence recueillie. Le tumulte du siècle et des affaires ne venait point les y troubler. Les femmes ne pénétraient jamais dans cette enceinte. L'abbé ou le prieur qui aurait toléré leur présence encourait par ce simple fait l'excommunication ^. On leur interdisait

^ Grég. de Tours, Liber vitcB Patrunt, xviii, p. 734-735.

2 Ibid., XIV, 71g.

3 Ce sont les septa monasterii du concile de Vannes, can. 7. Labbe, V, 80-81.

i Concilium Turonense, can. 17, éd. Maassen, p. 126. Concilium Antissiodiorense, can. 26, p. 182. Cf. Vita S. Juniani, 14, Mabillon, p. 277. Les séculiers hommes

igÔ MOINES MÉROVINGIENS.

par conséquent l'accès des églises monastiques. Les basiliques des villes n'étaient sans doute pas soumises à ce régime sévère.

Les moines pouvaient du moins franchir cette clôture pour se rendre au lieu ou au travail que l'obéissance leur assignait. Les moniales, qui suivaient en cela les leçons données par saint Césaire d'Arles, se refusaient cette liberté. Leur vie s'écoulait derrière les murs du monastère. Elles pratiquaient ainsi une réclusion perpétuelle '. Les religieuses de Sainte- Croix de Poitiers furent soumises par sainte Radegonde à cette discipline rigoureuse. On ne leur permit même pas de sortir pour accompagner au lieu de la sépulture le cadavre de leur fondatrice. Elles suivirent des yeux le cortège funèbre à travers les fenêtres des tours dont leur muraille était flanquée ''.

n'étaient pas admis dans l'église de Montier-Saint-Jean. Mabillon.^wwa/m Benediciini, III, 22, I, 45-46.

^ V Concilium Aurelianense, can. 19, p. 107.

2 Grég. de Touks, De gloria Confessorum, civ, p. 8i5, Baudonivie, 28, Mabil- LON, p. 3i6.

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