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CHAPITRE SEPTIEME

L'abbé et les officiers dans le monastère

L'abbé. — Son élection par les moines. — Choix faits par l'évéque ou par le prédécesseur. — Troubles après les élections. — Droits de l'évéque sur les abbés et les monastères. — Influence des abbés.

Les ermites et les reclus isolés jouissaient dans la pratique journalière de leurs austérités d'une grande indépendance, tandis que la vie commune imposait aux cénobites un assujettissement continuel. C'était la même demeure, les mêmes exercices, le même régime, en un mot la même règle, au moins dans chaque monastère. Ils obéissaient à la volonté d'un seul supérieur. Cette unité du commandement, avec la hiérarchie des fonctions, groupait les moines et constituait le cœnobium. Sa force lui venait de l'obéissance qui liait le moine à son chef. Aussi la tradition monastique voyait-elle dans cette vertu le fondement de la vie religieuse et une conséquence nécessaire de la profession ; elle n'admettait aucune réserve ^

Le titre d'abbé (Abbas ou Abba) s'est généralisé pour désigner le supérieur des communautés monastiques. Les femmes à cette époque employaient tou-

^ Monachi autera abbatibus omni se obedientia devotione subjiciant. Concilium Aureliaiietise, can. 19, éd. Maassen, p. 7.

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jours celui d'abbesse (Abbatissa). Le biographe de saint Germain d'Auxerre usait d'un hellénisme, en parlant d'archimandrite i. Il ne fut pas imité. La simplicité du mot syriaque Abba et surtout sa consécration biblique Itii valurent un meilleur succès. Toutefois il ne désignait point forcément, au VP siècle, un supérieur de monastère,, Grégoire de Tours appelle ainsi des prêtres qui ne furent jamais moines et ne gouvernaient aucune communauté. C'est, semble-t-il, un titre qui pouvait convenir aux prêtres chargés des églises, ayant pour leur service un collège de clercs oi^ de custodes ^ nommés quelques fois martyr arii. Il y en avait un dans la ville de Tours auprès d'une église dédiée à saint AUyre. L'église de Clermont, consacré au même saint, en avait un autre ^. On en trouve un au service d'une église de Saint-Nazaire à Nantes ^. Il ne faudrait donc pas conclure trop vite de la présence d'un ou de plusieurs abbés dans une région à l'existence d'un monastère. Cette remarque s'imposera plus encore durant la période suivante.

Comment les moines procédaient-ils au choix de leur abbé ? Cette question est l'une des plus épineuses que présente l'histoire monastique. Les difficultés commen centdéjà au VP siècle, pour croître avec le temps. Le mode d'élection le plus naturel est celui qui laisse aux membres d'une communauté le ^oin d'élire

^ Constant, Vita S. Germant, iv. Acta Sanctorum Julii, VII, 221.

^ Il y eut de bonne heure un monastère prés de cette dernière église, bien que Grégoire de Tours n'y fasse pas la moindre allusion. Liber Vitce Patrtim, 11, 3, 4, p. 670, 671.

3 De gloria Martyrum, lx, p. 52o.

eux-mêmes celui qui doit les régir. Il fut pratiqué à Tours, où saint Venant succéda ainsi à l'abbé Silvin \ L'abbaye de Sainte- Croix l'employait avec des restrictions, sur lesquelles il y aura lieu bientôt d'insister *. On ne pouvait le suivre lorsqu'il s'agissait de fonder un monastère, puisque le corps électoral n'était pas constitué. L'ermite ou le religieux qui formait un monastère avec les disciples réunis à ses côtés devenait, par la force des choses, le chef de la communauté naissante. Quelques-uns de ces pieux fondateurs, craignant la charge des âmes, déclinaient cette responsabilité le plus tôt possible. Sainte Radegonde, mue par ce sentiment ^ abandonna la direction de son monastère et fit élire pour lui succéder une moniale du nom d'Agnès. Saint Patrocle (^ 576) renonça au gouvernement de sa fondation de Colombier, dès qu'il le put. Mais il se réserva le droit, auquel sainte Radegonde avait renoncé, de désigner lui-même son successeur ^. Les abbés qui fondèrent deux ou plusieurs maisons conservaient sur elles une grande autorité. Saint Brachiôn, qui alla d'Auvergne créer dans le diocèse de Tours deux monastères, les dirigea lui-même quelque temps. Lorsqu'il les crut en état de se suffire,

^ Unde factum est ut decedente abbate jamdicti monasterii, ipse in loco abbatis, elegentibus fratribus, substitueretur. Liber viia Patritm, jcvi, 726.

2 Historia Francorum, ix, 42, p, 401. On trouve ce mode d'élection signalé dans quelques vies de saints d'une date postérieure. Pseudo-Fortunat, Vita S. Albini, viii, p. 24, 3o. VitaS.Juniani, 20, Mabillon, Acta Sanctorunti sec. I, 3oi. VitaS. Samsonis, 37-43, ibid.,i6^-i65.Vita S. Theodulfi,^, ibid., SzS.Vïta S. Maximini, 1,6, ibid., 567.

^ Liber viîce Patvum, ix, 704.

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il nomma l'abbé de chacun et revint à sa première maison, dont il avait conservé la supériorité. Sur ces entrefaites, le monastère de Menât, qui s'était relâché, eut besoin d'une réforme ; Brachion en fut chargé. Comme cette tâche réclamait toute son attention, il confia le gouvernement de ses religieux à un abbé nommé par lui \ En somme, il eut sous sa conduite trois monastères à la fois. Ce n'est pas le seul exemple. Aguste fut, dans le diocèse de Bourges, abbé des deux monastères de Saint-Martin et de Saint-Symphorien * ; mais pour rendre sa tâche plus facile, il mit à la tête du premier un prieur, qui l'administrait sous sa direction. Saint Ours, abbé de Loches, qui avait fondé quatre autres communautés, les gouvernait aussi par ses prieurs^. Ils devinrent tous, après sa mort, abbés de leurs maisons. Saint Pair exerçait une certaine autorité sur ses disciples, répandus dans les nombreux monastères fondés par lui, et il les visitait du temps à autre. Saint Evroul et saint Martin de Vertou, qui établirent eux aussi plusieurs communautés, ne les abandonnèrent pas à elles-mêmes. Il se formait donc tout naturellement autour du fondateur un groupement monastique, qui fait de loin songer aux congrégations postérieures. Mais cette union disparaissait avec lui. Les fondateurs avaient sur leur œuvre des droits fort étendus. Ainsi Jean, abbé de Réome, nomma en mou-

^ De gloria Confessorum, xii, 714.

2 Ibid., LXXix, p. 797.

rant son propre successeur. Rien ne permet de croire que ses religieux aient participé au choix. Il espérait par ce moyen mieux assurer la continuité de l'observance dans son monastère. Silvestre, qu'il avait élu, s'autorisa de son exemple pour passer sa succession à l'abbé Mumulin, qui, à son tour, se donna un héritier en la personne de Leubardin, quand il fut invité à monter sur le siège épiscopal de Langres. Mais ses religieux eurent à donner leur consentement ^

Ce n'est pas le seul exemple connu d'un abbé fondateur désignant celui qui devait recueillir sa succession. On se souvient du cas de saint Patrocle. A Tours, l'abbesse Ingytrude, qui avait formé une communauté de femmes près du tombeau de saint Martin, désigna sa nièce pour lui succéder. Elle usait d'un droit, semble-t-il. Mais les moniales, mécontentes de son choix, éclatèrent en murmures. Grégoire, alors évêque de Tours, au lieu d'annuler une élection qu'elles désapprouvaient, se mit à calmer leur irritation. Des difficultés plus graves surgirent bientôt. Berthegonde, fille de la défunte, ambitionnait le gouvernement du monastère. Elle demanda au roi Childebert de le lui accorder. Comme l'autorisation royale ne put lui assurer cet honneur, elle obtint du prince que tout ce que sa mère avait donné à cette communauté lui fût rendu. Elle prit de là une occasion d'envahir la maison et de la mettre indignement au pillage (Sgo) *. Ce recours à l'autorité royale pour se faire attribuer un

' JoNAs, Vita Johannis abbatis, 19, éd. Krusch, Script, rer. Merov.. III, 5i6- 2 Historia Francorum, X, 12, p. 419.

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monastère doit être remarqué. C'est la première manifestation d'une tendance que l'avenir accentuera.

L'ambition et les intrigues de Berthegonde ne constituent pas un fait isolé. La succession d'Agnès, abbesse de Sainte-Croix de Poitiers, fut l'occasion de scandales plus graves encore. La moniale Chrodielde, fille du roi Charibert, accepta de très mauvaise grâce l'élection de Leubovera. Elle essaya de la déconsidérer aux yeux de tous par des accusations dénuées de fondement. Quarante religieuses, et parmi elles sa parente Basine, fille de Chilpéric, épousèrent ses griefs. Chrodielde, devenue comme l'abbesse de cette troupe de mécontentes, sortit avec elles du monastère, et s'en alla présenter ses plaintes à saint Grégoire, évêque de Tours. Ce pontife essaya vainement de les ramener à d'autres pensées. Il réussit seulement à leur faire différer leur voyage auprès du roi. L'effervescence était telle parmi ces pauvres filles, que, revenues à Poitiers, elles ne craignirent pas de s'abandonner à de déplorables excès. Des hommes en armes leur prêtèrent main forte. Le monastère fut envahi, l'abbesse maltraitée ; on ne recula même pas devant le pillage et le meurtre. Il fallut pour les mettre à la raison l'intervention du roi Childebert et des évêques de son royaume et de celui de Contran (58g) \ Ce douloureux épisode jette un voile de tristesse sur l'histoire de ce monastère, à qui la sainteté de son illustre fondatrice méritait une célébrité unique.

Ces appels à l'autorité royale n'entraînaient pas

1 Historia Francorum, IX, 39-42, X, i5-2o, p. SgS et s., 423-434

alors trop d'inconvénients ; les évêques suivaient les intérêts moraux de leurs communautés religieuses avec un soin qui ne permettait guère une ingérence purement laïque. Mais on ouvrait une porte que le pouvoir civil franchirait un jour bien volontiers.

Les droits que les évêques exerçaient sur les monastères leur fournirent un prétexte d'intervenir dans certaines élections abbatiales. Une simple présidence leur semblait quelquefois insuffisante. Ils eurent à conférer la dignité abbatiale aux prieurs des maisons fondées par saint Ours '. L'abbé Aguste reçut le gouvernement de son monastère de l'évêque de Bourges Probien ; celui-ci, il est vrai, agit peut-être en vertu d'un privilège de fondateur *. L'évêque d'Autun donna le monastère de sa ville épiscopale, dédié au même saint martyr, au prêtre Germain, qui ne professait pas cependant la vie religieuse ^. L'intervention de Sidoine Apollinaire dans le choix du successeur de l'abbé Abraham semble légitimé par l'état de l'observance régulière, qui laissait fort à désirer. On ne pouvait compter, pour remettre tout en ordre, sur le prieur Auxane, homme vertueux et bon, mais timide. L'évêque en fit néanmoins un abbé, en lui donnant pour auxiliaire ou même pour supérieur véritable le moine Volusien. « Je veux, dit-il à ce dernier, que le frère

^ Post ejus obitum praepositi, qui per monasteria erant.abbatis officium, episcopis largientibus, susceperunt. Grég. de Tours, Liber vita Patrum,xviii, 734-735.

2 De gloria Confessorum, lxxix, p. 797.

^ Ven. Fortunat, Vita S. Germant, m, p. 12. Saint Lubin, qui était moine, reçut de l'évêque de Chartres uEtherius le monastère de Brou. Vita S. Leobini IX, p. 76.

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Auxane soit abbé et gouverne la communauté, et que tu gouvernes, toi, l'abbé ^ »

Il n'y avait pas alors une règle uniforme déterminant la manière de procéder au choix des abbés ; cela, ressort avec la dernière évidence de l'exposé qui vient d'être fait. Quel qu'ait été le mode d'élection, il est probable que l'élu recevait une institution solennelle ou consécration qui, en appelant sur sa personne la grâce divine, augmentait son prestige aux yeux des frères. Les choses se passèrent ainsi à Sainte- Croix. Saint Germain de Paris dpnna cette bénédiction à sainte Agnès, en présence des évéques réunis pour la circonstance ". On conservait fidèlement au monastère la mémoire du jour où elle fut ainsi bénite. Son retour annuel se célébrait en famille. Le poète Fortunat l'a chanté ^.

L'autorité de l'abbé sur son monastère avait dans celle de l'évêque un contrepoids et un contrôle. Le premier concile d'Orléans, qui affirme le droit de l'abbé à l'obéissance absolue de ses moines, a soin de déclarer que les abbés doivent être soumis aux évéques *. Les décisions des conciles tracent les limites dans lesquelles ils exerçaient leurs droits sur les monastères : ils surveillaient la conduite des abbés et leur adressaient des réprimandes, s'ils entreprenaient quelque chose

' Sidoine Apollinaire, Epistola vu, 17, p. 124

- Quam beatissimi Germani, presentibus suis fratribus, benedictio consecravit. Historia Francorum, IX, 42, p, 402.

^ Ven .Fortunat, Carmen xi, 3. p. 219.

* Abbates pro humilitate religionis in episcoporum potestate consistant. I Concilium Aurelianense (5 11), can, 19, p. 7.

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contre la règle de leur communauté. Chacun d'eux convoquait une fois Tan les abbés de son diocèse en un lieu fixé par lui ; tous étaient tenus d'assister à cette réunion, qui fait penser à nos chapitres généraux ^ . L'évêque jouait un peu le rôle d'un supérieur général, ayant droit de visite et de correction. Moines et abbés lui demandaient permission d'aborder le roi, quand ils en éprouvaient le besoin ''^. Cette discipline remonte à l'année 5 1 1 . Les ordres épiscopaux avaient pour les abbés force de loi. L'excommunication était le châtiment de celui qui les violait par mépris ^.

La conduite de quelques supérieurs exigeait parfois une correction sévère. Grégoire de Tours parle d'un certain Dagulfe ; c'était un fort triste personnage, de mœurs légères et voleur, qui ne reculait pas devant le meurtre. Il fut tué en flagrant délit d'adultère *,

Des faits aussi graves se renouvellent rarement. Mais à combien de fautes moins odieuses les hommes restentils exposés, même quand ils gouvernent des communautés religieuses ! L'Eglise devait avoir, alors comme de nos jours, le moyen de prévenir ou de réparer les

^ ConciliUm Auyelianense,caxi. 19, p. 7. Concilium Antissiodorense, can. 7. p. 18. Qui semel in anno, in loco ubiepiscopus elegerit, accepta vocatione conveniant.

Ut medio maio omnes prèsbyteri ad synodum in civitatem veniant et kalendis novembris omnes abbates ad concilium conveniant.

^ Abbatibus. ,. vel in religionis professione viventibus sine discussione vel commendatione episcoporum pro petendis beneficiis ad domus venire non liceat. Quod si quisquis praesumserit, tamdiu loci sui honore communione privetiir, donec per paenitentiam plenam ejus satisfactionem sacerdos accipîat. Coticilium Aurelianense (5ii), can. 7, p. 4.

^ Abbates qui praecepta episcoporum despiciuntj ad communionem nec penitus admittantur nisi contumaciam suscepta humilitate deponant. II Concilium Aureliar tienne (533), can. 21, p. 64.

4 Historia Francorum, VII J, 19, 333-338.

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conséquences malheureuses de chutes toujours possibles. Le concile de Tours défendit de maintenir en charge un abbé notoirement incapable de conduire son monastère ou coupable d'une faute scandaleuse. L'évéque convoquait alors les abbés de son diocèse ; devant eux et avec leur conseil, il déposait le délinquant de ses fonctions et lui donnait un successeur \ Lorsqu'un abbé, soit par impuissance soit par mauvaise volonté, ne châtiait pas un de ses moines criminels, il appartenait au chef du diocèse de le punir directement ^.

La situation des monastères vis-à-vis de l'évéque n'était pas toujours facile à régler. Sainte Radegonde eut en particulier à souffrir des mauvaises dispositions de Marovée, évéque de Poitiers. Elle ne négligea aucun moyen de dissiper ses préventions. Mais ce fut inutile. La prudence lui conseillait de ne pas laisser ses filles dans la situation fausse que leur créait cette attitude. Pour sortir de cette impasse, elle se mit, après avoir adopté la règle de saint Césiire, sous la protection des évêques de la région, qui avaient des diocésaines à Sainte-Croix. Le roi et la reine Brunehaut appuyèrent sa demande auprès d'eux ^.

Cette mesure, motivée par une circonstance exceptionelle, fut provisoire. Car, après la mort de la sainte

^ ut episcopus nec abbatem nec archipresbyterum sine omnium suorum co m presbyterorum et abbatum concilie de loco suo praesumat ejicere neque per praemium alium ordinare, nisi facto consilio tam abbatum quam presbyterorum suorum. Quem culpa aut negligentia ejicit, eum omnium presbyterorum suorum concilio refutetur. Concilium Turotutue, (Sôy) can. 7, p. 124.

2 Concilium Antissiodorense, can, 23, p. 181.

^ Baudonivie, Vita S. Radegundis, 19, Mabillon, Acta Sanctornm, sec. I, 314.

fondatrice, Agnès, se conformant en cela aux derniers désirs de Radegonde, voulut placer de nouveau son monastère sous la juridiction épiscopale. Cette tentative ne fut pas d'abord agréée de Marovée, mais il finit par se rendre à ses instances ',

Il appartenait à Tabbé de gouverner son monastère, de veiller à l'exacte observance de la règle et à la pratique des vertus chrétiennes, d'assigner à chacun sa tâche, de punir les coupables. Sa mission était la même que dans tous les monastères connus de l'Orient et de l'Occident. Il avait pour le seconder des officiers choisis par lui.

Leur nombre était alors limité. Le prieur et le cellérier sont les seuls connus. Le premier (prœpositus^ et, dans les monastères de femmes, prœposita) veillait plus particulièrement sur l'observance régulière ; c'est le rôle que lui assigne le concile de Tours (567) "^. Dans quelques communautés moins nombreuses on lui confiait en outre l'administration temporelle. Mais elle était plus communément aux mains du cellérier {cellerariiis y celleraria), qui surveillait le cellier et les provisions ^. C'était, on le voit, une organisation très primitive.

L'action de l'abbé ne *se limitait pas toujours au

1 Iterum petiit abbatissa sub sacerdotis sui potestate degere. Quod ille cum primum respuere voluisset, consilio suorum promisit, se patrem earum sicut dignum erat, fieri, et ubi nécessitas fuisset, suam prsebere defensionem. Unde factum est ut adiens ad Cheldeberthum regem praeceptionem elicerit ut ei hoc monasterium sicut reliquas parochias, regulariter liceat gubernare. Historia Francorum, IX, 40, p. 397.

2 Concilium Turonense, eau. i5, 17, p. 126.

^ Ven. Fortunat, Viia S. Paterni, m, p. 36. Baudonivie, Vita S. Radegimdis, 10, Mabillon, Acta Sanctonim, sec. I, 3i2.

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seul monastère. Le sacerdoce, dont il était souvent revêtu, le mêlait dans une certaine mesure à la vie publique de l'Eglise. Sa science et sa vertu personnelles lui pouvaient assurer un prestige que rehaussaient parfois les services rendus par sa communauté. Il y en eut qui s'imposèrent à l'attention et reçurent la dignité épiscopale. D'autres exercèrent un apostolat fructueux et acquirent ainsi une grande influence. Leurs noms figurent sur la liste des signataires de plusieurs conciles, en qualité de délégués épiscopaux. On leur donnait le pas sur les prêtres " venus au même titre qu'eux. Un abbé Amphiloque représenta l'évêque de Paris au quatrième concile d'Orléans (541) ; les abbés Optât et Sapaude signèrent le cinquième concile de cette cité (549), au nom des évêques de Chalon et d'Angers. Tous les abbés du diocèse prirent part au synode connu sous le nom de concile d'Auxerre ^ Les princes les chargèrent aussi de missions politiques. Gunthaire, abbé de Saint- Venant de Tours, eut plusieurs fois cet honneur ^.

Les abbés avaient donc une situation importante au sein de la société. Elle grandit bientôt avec le monachisme lui-même.

^ Concilium Antissiodorense, Maassen, p, 184. 2 Historia Francorwm, X, 34, p. 443.

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