LES MOINES ET LA CLÉRICATURE
dignités, loin de s'exclure, se complètent l'une l'autre. Le moine est, en effet, apte à devenir clerc. L'ordre sacré vient en quelque sorte parfaire en lui le caractère monastique.
Les évéques, qui manquaient généralement de prêtres, on ne saurait dire dans quelle mesure, confièrent parfois à des moines ordonnés par eux le soin des paroisses et l'administration des sacrements ^. Eurentils près de leurs monastères des églises baptismales ou autres destinées aux fidèles du voisinage ? On ne saurait l'affirmer avec certitude. ^
Le salut du prochain ne les laissait cependant pas indifférents. Plusieurs s'attaquèrent aux débris du paganisme et le firent disparaître des lieux où ils fixaient leur séjour. On peut citer l'exemple de saint Valfroy, qui, après avoir extirpé de Carignan le culte de Diane, opéra de nombreuses conversions *. Saint Pair obtint des résultats semblables à l'extrémité opposée de la Gaule *. Jean, abbé de Réome, Calais, Avit et d'autres annonçaient au peuple la parole de Dieu. Le VP siècle n'est pas cependant l'âge d'or de l'apostolat monastique. Parmi les abbés honorés du sacerdoce, on peut nommer saint Pair, qui fut ordonné diacre et prêtre par Léonce, évêque de Coutances ^, saint Mars de Glermont^, saint Germain, abbé de Saint-Symphorien
1 Saint Gai, moine de Cournon, dut à sa belle voix d'être discerné par Quintianus, évêque de Clermont, qui se l'attacha. Il devint ensuite évêque de ce diocèse Grég. de Tours, Liber vitce Pairum, vi, p. 68 1.
" Historia Francorum, VIII, i5, p. 334.
* Yen. Fortunat, Vita S. Paterni, xvi, p. 37.
* Ihid., X, p. 35.
^ Grég. de Tours, Liber vita Pairum, xvi. 719.
d'Autun ^ saint Junien, saint Evroul, saint Calais, saint Maximin, saint Gildas, saint Agapit, etc. A Randan, le thaumaturge Julien, qui était prêtre, ne remplissait aucune fonction *. Il a été question des reclus prêtres. Ils l'étaient pour eux-mêmes et quelquefois aussi pour le service de la communauté formée près de leur cellule. Saint Senoch avait reçu le diaconat dans son propre oratoire le jour où l'évêque de Tours en consacra Tautel ^. Saint Avit de Clermont conféra le sacerdoce à Calluppa dans l'intérieur de sa caverne *, le lecteur s'en souvient.
Le choix des clercs ou des princes se porta volontiers sur des moines que recommandaient la doctrine et la vertu, pour les élever à l'épiscopat. Les abbés eurent cet honneur plus souvent que d'autres. Plusieurs de ces. moines évêques ont laissé un nom dans l'histoire ; saint Germain de Paris, saint Aubin d'Angers, saint Gai de Clermont, saint Pair d'Avranches, saint Salvi d'Albi, saint Domnole du Mans, saint Lubin de Char-
très, Licinius, Léon et Gonthaire de Tours, Mommolin de Langres, Nicétius et Pascentius de Poitiers.
A cette liste très incomplète, on peut ajouter les saints fondateurs des évêchés de la Basse-Bretagne. Ils étaient à la fois évêques et abbés, comme les chefs des grands monastères de l'Irlande, et n'avaient pas de diocèse' déterminé.
1 Ven. Fortunat, Vita S. Germant, m, p. 12.
2 Grég. de Tours, Historia Francorum, IV, 32, p. 168.
3 Ibid., V, 7, p. 199. Liber vite Patrwm, xv, 721.
* Liber vita Pairum, xi, p. 711. Senoch et Patrocle furent encore prêtres. Historia Francorum, V, 10, VIII, 84, p. 199, 35o.