‹ Les moines de l'ancienne France (période gallo-romaine et mérovingienne [microform]Chapitre 36 sur 78 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

Le travail.

Travail personnel. — Agriculture. — Métiers divers. — Etude. — Copie des

manuscrits. — Ecoles monastiques.

On ne se représente guère' les moines inoccupés. Le travail est une condition essentielle de leur existence. Les nécessités de la vie le leur imposaient à cette époque. La pensée d'une loi divine qui les y astreint et consacre leurs occupations, l'ennoblissait à leurs yeux. Ils recouraient cependant aux services d'hommes gagés. Les reclus, à qui leur état interdisait la liberté du grand air, avaient généralement près de leurs cellules un serviteur qui préparait leurs repas et pourvoyait à leurs divers besoins. On rencontre de ces serviteurs, domestiques ou esclaves, à Sainte- Croix de Poitiers, à Saint- Martin et à Saint- Julien de Tours ^ Ils s'acquittaient dès travaux les plus pénibles. D'autres monastères en possédaient évidemment, et ils les utilisaient. Les propriétés monastiques avaient un personnel chargé de les cultiver. Mais les monastères à qui la générosité d'un fondateur ou les largesses des bienfaiteurs assuraient la possession de vastes domaines, étaient les seuls à

1 Grég. de Tours, Liber vite Patrum, xvi, p. 727 ; De viriutibus S. Juliani, XXXVII, 58o.

25ô MOINES MÉROVINGIENS.

jouir de ces avantages. L'obligation du travail pesait moins lourdement sur leurs habitants. La situation modeste de la plupart des communautés les mettait aux prises avec la dure nécessité de gagner le pain de chaque jour. Car, si des chrétiens charitables apportaient quelquefois à des ermites ou à des reclus leur nourriture \ les cénobites avaient à la préparer euxmêmes. C'était la première de leurs occupations matérielles ; les religieux s'en acquittaient personnellement jusque dans les monastères plus fortunés. La simplicité du régime alimentaire rendait, il faut le reconnaître, la tâche facile. L'entretien de la maison et les mille services divers qu'entraîne toute réunion d'hommes, nettoyer les cours et les salles, porter le bois, allumer le feu, souffler pour l'entretenir, tirer l'eau du puits et emplir les vases, laver les légumes, mettre les marmites sur le feu, tels sont les principaux offices qui incombaient aux moniales de Sainte-Croix. Elles s'en acquittaient tour à tour, et sainte Radegonde n'était pas la moins empressée à faire sa semaine du service commun *.

La construction du monastère et de ses dépendances et le défrichement des terres incultes fournissaient aux premiers moines d'une fondation une besogne pénible et absorbante. Il fallait suppléer par les efforts personnels à la pénurie et à l'imperfection des instruments

^ Gkég. de Tours, Liber vitce Patrum, xiii, 717.

2 Elle ne reculait pas devant l'un des travaux les plus humiliants : Secretum purgare optis non tardans, ferens fœtores stereoris. Venance. Fortunat, Vita S. Radegun- 5, xxiii-xxiv, 44-45.

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