‹ Les moines de l'ancienne France (période gallo-romaine et mérovingienne [microform]Chapitre 37 sur 78 · LE TRAVAIL. 25 I · texte numérisé non relu

LE TRAVAIL. 25 I

aratoires. Leur outillage était, de fait, très primitif. La cognée, le hoyau et le râteau suffisaient à tout.

Le jardin et l'exploitation agricole formaient le complément indispensable du monastère. Dans le jardin poussaient les arbres à fruits, les lauriers, les légumes ^ qui alimentaient la cuisine monastique. Le travail des champs était dur. Les moines cultivateurs utilisaient les bœufs et les vaches. Il leur restait néanmoins fort à faire. La lutte contre l'instabilité des saisons, la crainte des voleurs et l'incertitude des résultats, en devenant pour eux une source continuelle d'angoisses, multipliaient leurs peines. Ils partageaient la situation de tous les agriculteurs. Mêlés intimement à la réalité de leur existence précaire, ils étaient mieux faits pour avoir sur eux une action vraie et profonde.

Le biographe de saint Jean de Réome fournit quelques détails qui permettent de voir sous son jour véritable cette vie laborieuse des moines au VP siècle. Les disciples du bienheureux abbé étaient partis avec leurs haches. Un office liturgique les força d'interrompre leur travail et de rentrer à l'oratoire. Ils laissèrent leurs instruments sur le chantier, pensant bientôt les retrouver. Les voleurs prirent les devants, si bien que, à leur retour, les moines constatèrent la disparition des outils*. L'été leur amenait un surcroît de fatigues. Ils allaient au champ de grand matin et ils revenaient seulement à la nuit. Cette moisson, préparée avec tant de peine et si impatiemment attendue, excitait trop de con-

. ' Grés, de Tours, Liher vitœ Patrum^ xii, p. 752. Fortunat, op. cit.., xxxiii,47. ^ Jona!s, Vîta Johannis abb. Reomensis, vu, éd. Krusch, 3io.

voitises pour qu'on pût l'abandonner. Un frère passait la nuit dehors, dans la crainte des pillards ^ Les gerbes une fois liées étaient portées à la grange du monastère. Si les champs se trouvaient trop éloignés, le battage se faisait sur place. Il n'y avait que le grain à transporter. Les pluies qui survenaient au moment de la moisson risquaient parfois de compromettre la récolte. Le blé, s'il restait humide, pouvait se corrompre. On devait alors l'étendre au soleil, et un gardien veillait pour éloigner les voleurs et les oiseaux ^.

Les moines exploitaient de leur mieux les ressources de la nature. Ils élevaient dans leurs étables et bassescours des volailles, qui fournissaient la plume et les œufs, des brebis et des chèvres, qui donnaient la laine et le lait, des vaches et des bœufs, qui prêtaient leur concours au laboureur.' Les abeilles, qui procurent le miel et la cire, avaient leur place dans cette exploitation monacale ^.

Les abbés ne déployaient pas dans ce labeur moins d'activité que les moines. Saint Ours de Loches mêlait sa sueur à celle de ses disciples ; comme eux, il voulait arracher au sol son pain quotidien par un travail opiniâtre. Pour les encourager, il aimait à leur redire les enseignements de saint Paul ^. Les religieux de Méallet étaient des travailleurs ardents. Ils allaient même un

^ JONAS, Vïia S. yoannis, xvi, p. 514.

2 Hisioria Francorum, IV, 34, p. 164.

* Vita S. Juniani, xv et s., ihid., 298-301. Geég. de Tours, De virtutibus S . Mat" Uni, I, 17, p. 398,

* Ephes., IV, 28 ; 11 Thessal., viii, 10. Grég. de Tours, Liber vUœ Patmin, xviii,

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