LE TRAVAIL
peu loin. Tout confrère qui se dépensait avec moins d'énergie passait à leurs yeux pour un indigne ; ils ne lui ménageaient guère les procédés blessants et les propos injurieux. Saint Caluppa, dont les austérités excessives épuisaient les forces, en fit la douloureuse expérience. Le prieur mettait le comble à ces humiliations, en lui appliquant cette maxime de l'Écriture : Celui qui refuse de travailler ne mérite pas de manger. Cette façon d'agir avec les fainéants était alors générale dans les monastères ^.
Des occupations moins pénibles sollicitaient les moniales. La confection des vêtements répondait mieux aux aptitudes de leur sexe. Grégoire de Tours put vénérer à Sainte-Croix un fuseau dont sainte Radegonde se servait habituellement *. La pieuse reine aimait à faire de ses propres mains des hosties, qu'elle envoyait aux monastères et aux églises. Elle se procura une meule spéciale pour moudre elle-même le froment destiné à ce saint usage ^. Moines ou moniales qui savaient un métier ou un art l'exerçaient volontiers. Grégoire parle de l'un de ses prédécesseurs, Léon, ancien abbé de Saint-Martin, qui était menuisier habile ; il excellait à faire des tabernacles en forme de tour, où l'on conservait la sainte Eucharistie "*.
Les moines se livraient aux gros travaux de l'agriculture et à l'exercice des métiers six jours par semaine. Ils les suspendaient tous les dimanches. Cette loi du
^ Liber vita Patrum, xi, p. 709.
^ De gloria Confessornm, civ, p. 816.
3 Venance Fortvnat, Vita S. Radegundis, xvi, p. 42,
i Historia Francorum, X, 3i6, p. 447.
repos dominical préoccupait alors vivement les esprits ; elle revient fréquemment sous la plume de Grégoire de Tours.
Le travail manuel n'absorbait pas toute l'activité. On s'occupait aussi de lecture chez les religieux. Le genre de vie que menaient les reclus les contraignait de faire au travail de l'esprit une part plus large. Ils lisaient beaucoup. Léobard s'occupait à la copie des livres et à la préparation des membranes dont il avait besoin. C'était pour lui un excellent moyen de vaincre les tentations. La Bible, les vies des Pères et des saints, les Institutions de Cassien et les règles monastiques formaient sa bibliothèque ^ On devait les trouver dans la plupart des monastères.
Les livres étaient rares au VP siècle. On y tenait comme à des objets précieux. Un frère de Marmoutier, que son abbé avait envoyé dans une dépendance du monastère, emporta pour son édification la vie de saint Martin. Dans la crainte d'un vol, il la mettait tous les soirs sous son traversin. Dieu fit un miracle pour la sauver d'un incendie ^ . Ceux qui possédaient un livre n'étaient pas toujours fixés sur la confiance qu'il convenait de lui accorder. Qui l'avait copié ? Avec quel soin avait-il reproduit le texte véritable ? Ces questions troublaient les hommes instruits. L'abbé Paterne en avait un qui lui causait quelque inquiétude. Saint Fortunat dut, à sa demande, le revoir et le corriger *.
Quelle part exacte les moines firent-ils à la lecture
1 Liber vite Patrum, xx, 742.
- Ven. Fortxtnat, Carmina, m, 25, p. 75,