‹ Les moines de l'ancienne France (période gallo-romaine et mérovingienne [microform]Chapitre 41 sur 78 · ŒUVRES DE CHARITÉ · texte numérisé non relu

ŒUVRES DE CHARITÉ

nius, en fonda sous le vocable de Saint- Jean- Baptiste ^ Saint- Pierre-de-la- Couture en possédait un autre dans la ville du Mans *. Ces hospices, destinés aux pauvres étrangers et aux pèlerins, permettaient d'exercer avec plus d'ordre et sur une plus vaste échelle l'hospitalité monastique. Les moines la pratiquaient de leur mieux suivant leurs ressources et les besoins du pays où ils vivaient. Les saintes Ecritures et la tradition des Pères leur traçaient des règles religieusement observées. Sanniulfe, abbé de Randan, qui témoignait à ses hôtes une charité tout évangéliqu^, se faisait un devoir de leur laver lui-même les pieds ^. Ce devait être une coutume générale à cette époque.

Toutes les fois qu'il s'agissait des pauvres, les saints abbés se montraient généreux et parfois prodigues. Saint Germain, quand il gouvernait son monastère d'Autun, donna tellement que les provisions finirent par s'épuiser*. Saint Evroul fit la même chose ^. La sollicitude de saint Pair pour les indigents alla plus loin. Sentant bien que l'initiative privée des abbés et des moines était impuissante à soulager toutes les misères du royaume, il plaida leur cause auprès du roi Childebert avec une éloquence persuasive. Le prince chargea l'un de ses officiers d'exécuter ponctuellement les ordres du saint avocat des pauvres ^. Fortunat, qui raconte ce fait, admirait les

^ DoM GuiLLOREAU, L'Atijou et ses établissements monastiques, 12. 2 Mabillon, op. cit., 1, 191.

^ Grég. de Tours, Hisioria Francorum, IV, 33, p. 168. i Venance Fortunat, VitaS. Germani, m, p. 12. * VitaS. Ebrulfi, xn, xiii, Mabillon, Acta Sanctorum, I, 337, 338. •Venance Fortunat, VitaS. Patemi, xv, 36.

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inépuisables largesses de sainte Radegonde ; elle ne fut pas moins généreuse dans le cloître que sur le trône ^.

Les moines eurent à exercer leur charité envers des hôtes d'un caractère spécial et dont la présence leur était parfois imposée. lia été question plus haut des vocations forcées. Mais tous ceux que l'on contraignait à s'enfermer dans un monastère n'embrassaient point la vie religieuse. Ce fut pour quelques membres du clergé une prison qui durait plus ou moins longtemps. Un concile, réuni à Paris (552), infligea cette peine à l'évéque Ardaric pour le châtier d'une faute capitale '^. Le roi Contran prit une mesure semblable contre les deux évoques Salone et Sagittaire -^

Les moines avaient à exercer l'hospitalité les uns envers les. autres. Sainte Radegonde recevait avec beaucoup d'égards ceux qui traversaient Poitiers. Mais ni elle ni l'abbesse ne partageaient leur table *. On témoignait, cela va sans dire, un profond respect aux visiteurs éminents ou estimés saints. L'abbé Jean de Réome y mettait un louable empressement. Saint Seine, qui lui faisait une visite, se présenta devant la porte du monastère à une heure fort avancée de la nuit. Afin de ne déranger personne, il pénétra comme il put dans l'église, comptant y rester tranquillement en prière. Il n'avait pas songé à la prévoyance surnaturelle de son saint ami. L'abbé Jean donna le signal du réveil, et tous les frères descendirent aussitôt et

1 Ven. Fortunat, Vita S. Radegundis, xvii-xx, 42-44.

2 CoHcilium Parisiense, éd. Maassen, p. 116.

3 Gkég. de Tours, Hisioria Francorum, V, 20, p. 217-218, 1 Ibid,, X, 16, p. 427-428.

ŒUVRES DE CHARITÉ. sSç

s'acquittèrent auprès du bienheureux Seine de tous les devoirs de l'hospitalité ^

Les visites des moines, au moins dans certains monastères, étaient fréquentes. Ils avaient maintes occasions de voyager, par exemple, les pèlerinages aux tombeaux des saints, les intérêts de leurs monastères, des missions à remplir, et le besoin de se voir. Si ces voyages, quand une raison sérieuse les motive, sont légitimes, l'abus est toujours à craindre ; et cet abus porte un nom, le vagabondage. Les moines vagabonds, il en exista au VP siècle, provoquaient une défiance très grande. Le premier concile d'Orléans prit contre eux des mesures efficaces (5ii). On les devait traiter en fugitifs. L'abbé de leur monastère avait à les faire rentrer immédiatement, et les évêques lui prêtaient main forte. Tout abbé qui aurait conservé chez lui ou protégé un de ces coureurs, était déclaré coupable d'une faute ^. Le concile de Tours (567) proscrivait sévèrement les sorties inutiles et faites sans permission ^. Le synode d'Auxerre restreignit les voyages du moine au sein de sa famille : moines et abbés reçurent l'interdiction de prendre part aux mariages et d'assister aux baptêmes en qualité de parrains ^.

Les moines conservèrent la coutume ancienne d'offrir des eulogies. Ces présents, qui perpétuent le souvenir d'une visite et parfois en tiennent lieu, jouent un grand

^ JoNAS, Vita S. Johannis ah. Reomensis, xiv, p. 5i2-5i7.

'^ Concilium Aurelianense , can. 19, p. 7.

^ Concilium Turonense, can. 16, p. 126.

i Concilium Autissiodorense, can. 24-25, p. 182.

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rôle dans l'histoire des relations amicales. Elles prenaient forcément, à cette époque de foi vive, un caractère religieux très accentué, qui en faisait un lien de communion. Saint Léobard, avant de mourir, voulut en recevoir de son compatriote et protecteur, Grégoire de Tours ^ Saint Evroul ne laissait jamais partir un hôte sans lui donner un de ces souvenirs pieux ^. Nulle part les eulogies ne furent aussi largement offertes qu'à Sainte- Croix de Poitiers. Il y en avait pour les amis et les visiteurs^. Les courriers les emportaient avec les messages confiés à leur diligence "*. Les poésies de Venance Fortunat sont pleines d'allusions à ces présents de l'amitié. On peut, grâce à lui, déterminer leur nature. C'étaient des fleurs, parfois des violettes, du miel, des fruits, des châtaignes, des prunes, du lait, des œufs, des mets variés ou des friandises ^. Ils revêtaient quelquefois un caractère grave. Sainte Radegonde envoyait de l'argent au reclus de Chinon, et lui déclarait que pour elle le présent le plus agréable serait un cilice très dur, capable de lui labourer les épaules ^. Saint Junien et la sainte reine échangeaient de ces eulogies de la pénitence.

1 Grég. dk Tours, Liber vita Pairum, xx, 743.

2 Vita S. Ebrulfi, xx, Mabillon, Acta Sanctorum, sec. I, SSg. ^ Grég, de Tours, Historia Francorutn, X, 161, p. 428.

4 Baudonivie, Vita s. Radegundis, vi, Mabillon, ibid., 3 10.

^ Venance Fortunat, Carmina, vm, 6, 7, 8, p. 194, igS ; xi, 9, 24, p. 262-268.

* Baudonivie, iv, p. 3io.

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