ERMITES, RECLUS ET GYROVAGUES
i)ratiquer les enseignements des Pères ^ On n'admettra désormais à mener ce gebre de vie que des moines préparés longuement par l'étude et l'exerciGe de toutes les vertus religieuses dans une communauté régulière '. C'était, en somme, l'application aux reclus des mesures que saint Benoît avait sagement prises au sujet des ermites. -
Les cas de réclusion signalés au VIP siècle sont généralement temporaires. Les uns se renfermaient sur leurs vieux jours afin de mieux se préparer à la mort, comme saint Hermeland, saintTillon. Ils occupaient une cellule contiguë à l'église principale ou à un oratoire. Saint Amand s'enferma durant quinze années à Bourges, sans autre nourriture que de l'eau et du pain d'orge ; un rude cilice ajoutait encore à la rigueur de sa pénitence. Il se préparait ainsi au labeur de sa vie apostolique *. Parmi les reclus de profession, quelquesuns plaçaient leur cellule dans l'intérieur des villes. Les habitants voyaient en eux des protecteurs dont la présence et les prières écartaient les fléaux et attiraient les bénédictions divines. On leur accordait un crédit considérable, ce qui engageait parfois ces pieux personnages à jouer un rôle pour lequel rien ne les préparait. Saint Léger eut beaucoup à souffrir de l'intervention fâcheuse du reclus d'Autun, Marcolin ^.
Le Scot Arnan, qui vivait à Cahors, se conduisait d'une tout autre manière. L'évéque saint Didier, qui avait
1 Concilium Toletanum VII, can. 5, Labbe, V, 1840-1841.
2 Vita S. Amandi, Mabillon, III, 682.
^ Vita S. Leodegarii, M.ABILLON, 111,653-65/^.
4o8 MOINES MÉROVINGIENS.
pu le (iorinaître particulièrement durant les années qu'il passa dans son monastère de la ville épiscopale, le tenait en haute estime. Il pourvoyait lui-même à ses besoins et il le chargeait de distribuer les aumônes qu'il destinait aux pauvres. On l'ensevelit après sa mort au lieu même de sa retraite/'. Le reclus de Bourges, Ebrégisile, jouissait dans la ville d'une grande autorité, L'évêque saint Sulpicé avait en lui une confiance telle qu'il le fit sortir de sa cellule pour l'envoyer auprès du roi négocier une importante affaire. C'était un homme très mortifié. Saint Eloi, évêque dé Noyon, voulut le voir, durant un séjour qu'il fit à Bourges. Le reclus reçut sa visite, mais sans consentir à lui montrer son visage par la fenêtre *. Les cénobites, les ermites et les reclus, malgré d'iné^ vitables défaillances, édifiaient les? populations par leur vertu. Il n'en était pas de même des sarabaïtes et des gyrovagues, dont la présence est signalée par le Maître. Ces noms d'origine orientale servaient à qualifier des individus, couverts, il est vrai, de l'habit monastique, mais dont l'existence était une continuelle occasion de scandales. Ils n'avaient du moine^ les Uns et lés autres, que le nom. Les premiers se recrutaient parmi les religieux échappés de la solitude ; on voyait encore dans leurs rangs des hommes qui avaient d'eux-mêmes contracté les engagements monastiques sans subir l'épreuve d'un noviciat et l'examen d'un abbé. Par groupes de deux ou de trois, ils formaient des communautés misérables, où chacun prenait pour règle le caprice
1 Vie de S. Didier, 38-40.
2 Viia S. Eligii, II. 3i, Krusch, IV, 716.