‹ Les moines de l'ancienne France (période gallo-romaine et mérovingienne [microform]Chapitre 57 sur 78 · ERMITES, RECLUS ET GYROVAGUES · texte numérisé non relu

ERMITES, RECLUS ET GYROVAGUES

du moment. La pauvreté religieuse n'était pas plus en honneur chez eux que l'obéissance \

Le Maître a surtout connu les gyrovagues. Ges professionnels du vagabondage monastique ont sans doute excité maintes fois son mécontentement. On lèsent, à la vue du portrait qu'il en trace. Il l'a pris sur le vif. Ces moines sont toujours sur les chemins, allant d'un monastère à l'autre ; ils restent deux ou trois journées au même endroit, rarement plus. Ils ont des exigences que la brièveté de leur séjour rend acceptables. Il leur faut une table bien garnie avec de la.' volaille et des aliments recherchés. On voit ces grands mangeurs et ces hardis buveurs engager les hôtes présents au monastère à faire, comme eux, honneur à ce qui leur est servi ; pour légitimer leur gloutonnerie, ils allèguent les fatigues occasionnées par leurs longs et pénibles voyages ^ auxquels ils savent donner les plus séduisants prétextes. S'ils sont fatigués le soir, au moment de gagner leur couche, remarque le témoin qui fournit ces détails, c'est moins d'avoir trop marché que d'avoir trop mangé et trop bu. A les croire ce seraient des hommes que domine un grand idéal de vie religieuse ; aucun groupe monastique ne leur a paru jusqu'à ce jour le réaliser. Les voilà donc condamnés à d'incessantes recherches. Ils questionnent moines et laïques sur les moiiastères delà région, cherchant même, sans trop le paraître, à savoir ceux où les hôtes sont le mieux traités. De nouveau ils se remettent en route. Viennent-ils à rencontrer la cellule d'un ermite ou une communauté de quelques frères, ils s'y arrêtent

* Régula M agistri, i, Holstenius, II, 3 10

dé nouveau, se donnant, avec les dehors affectés de voyageurs exténués, pour des pèlerins qui ont visité Rome et les sanctuaires d'Italie, et qui, au cours de leurs pérégrinations, ont été arrêtés comme des malfair teurs et mis en prison. On les croit sur parole. L*eriiaité ou les moines vident leur cellier pour les sustenter. Ils partent alors, mais après avoir rempli leur besace de provisions. Tout leur est bon, et ils exigent de tout, même des vêtements.

En gens avisés, ils ont la précaution de se munir d'une monture. C'est d'ordinaire un âne, qu'ils laissent paître à quelque distance du monastère où on les reçoit. Ils le retrouvent au départ et se déchargent sur lui de leur besace. Les monastères sont rapprochés les uns des autres ; les hôtelleries ne leur manquent pas. Mais dans la crainte d'arriver trop tard, ils harcèlent, ils poussent, ils aiguillonnent le pauvre âne, qui ne peut plus aller. Si le frère hôtelier Jeur demande de s'associer à la prière commune, on les voit changer de contenance prétexter la fatigue et enfin partir à la dérobée '.

Ces vagabonds sortaient des mêmes milieux que les sarabaïtes. Aux ermites et aux cénobites découragés et pervertis, se joignaient des moines pèlerins venus des îles de la Grande- Bretagne ou des monastères du continent, et qui prenaient goût à cette misérable et aventureuse existence.

Les mesures sévères prises dans les conciles du VP et du VIP siècle et la vigilance des abbés ne parvinrent pas à supprimer cet abus. Les voyages mo-

^ Régula Magistri,ibid., 310-314.

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