‹ Les moines de l'ancienne France (période gallo-romaine et mérovingienne [microform]Chapitre 58 sur 78 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

La vie intérieure.

Enseignement ascétique. — Lecture spirituelle. — Silence.

La vie cénobitique assure aux inoines le contrôle de l'obéissance et l'émulation de la communauté. Elle fait plus encore, en créant autour d'eux une atmosphère propre à entretenir l'état d'esprit qui convient à leur profession. Les législateurs monastiques n'ont pas poursuivi d'autre but. Aussi prendrait-on aisément leurs règles pour des œuvres ascétiques. Il suffit pour s'en convaincre de lire les règles de saint Colomban, de saint Benoît et du Maître. Voici, par exemple, les sujets que traite l'abbé de Luxeuil : le silence, l'obéissance, la pauvreté, la vanité, la chasteté, la discrétion, la mortification et la perfection religieuse. On chercherait vainement dans la plupart des chapitres les règlements précis sans lesquels on ne saurait organiser un monastère. Saint Donat et le Maître font la part beaucoup plus grande aux détails de l'organisation pratique. Néanmoins l'enseignement ascétique garde chez tous une place considérable ; il occupe des chapitres entiers, les sept premiers de la règle bénédictine, pour ne citer que celle-là, et on le retrouve à peu près partout, même à

côté des règlements les plus matériels. Cela dénonce chez le législateur une préoccupation continuelle d'élever l'âme du moine au-dessus des pratiques purement extérieures et de les ennoblir par un sentiment pieux.

La règle, si parfaite soit-elle, ne pourrait, si elle est seule, créer cette atmosphère sanctifiante ; il faut que l'abbé la vivifie et la complète par son action person nelle. Cette action a sa forme la plus utile dans la communication de la- doctrine. L'abbé enseigne ; c'est le preitiier de ses devoirs. Son enseignement sème la sainteté dans les cœvirs ; il doit le conformer aux divines Ecritures. De là pour lui l'obligation de connaître cellesci et de les méditer. Le Seigneur le jugera sévèrement sur ce point. Telle est, en substance, la pensée de saint Benoît ^ On la retrouve, presque dans les mêmes termes, sous la plume du Maître et de saint Donat. A Luxeuil et dans les monastères qui suivent l'observance colombanienne, l'abbé parle à ses moines réunis une fois la semaine, le dimanche *.. Saint Wandrille s'acquittait fidèlement de cette partie de son ministère. Son premier biographe a inséré dans sa vie un résumé de ses enseignements; C'est une exhortation à la pratique des vertus qui font les moines -^ Le prologue de saint Benoît sur sa règle est un modèle de conférence. C'est ainsi que le patriarche devait parler à ses reli-

^ Régula s. Betiedicii , ii et LXiv .

2 An te praedicationem vero die dominica toti exceptis certis necessitatibus, simul sint conglobati, ut nuUus desit numéro prseceptum audientium. S. Columban, De paniUntiarum mensura taxanda liber. Pat. Lat., LXXX, 239. Il semble que cette prédication avait lipu pendant la messe après l'évangile. 2 Vita I S. Wandregisili, Mabillon, II, 5o8.

gieux. Les discours de saint Colomban offrent le spécimen le plus curieux de l'éloquence monastique à cette époque. Ils sont au nombre de dix-sept. Le bienheureux abbé y parle tour à tour de la mortification des vices et de la pratique de la vertu, du mépris du monde et du désir des biens célestes, de la patience dans le labeur de la vie présente, du néant de ce qui passe, de la négligence spirituelle, du jugement dernier, de l'amour de Dieu et du prochain, de la ferveur ^. Saint Benoît, dans le chapitre quatrième de sa règle, qui a pour titre: Quels sont les instruments des bonnes œuvres ? donne une liste des vertus que le moine doit ' pratiquer et des vices où défauts contre lesquels il lui faut se tenir en garde. Cette nomenclature fournit aux abbés le thème qu'ils peuvent développer dans leurs conférences. Le Maître et saint Donat ont eu soin de la reproduire intégralement. Le premier donne cette liste de maximes spirituelles en réponse à cette question, inscrite au début de son chapitre troisième : Quel est l'art saint que l'abbé doit enseigner aux disciples dans le monastère * ?

La lecture spirituelle ou lectio divina, comme la désigne la règle bénédictine, complète l'enseignement de l'abbé. Elle consiste en une lecture méditée, par laquelle le religieux s'assimile la doctrine d'un livre.

^ s. CoLOMBANi, InstrucUones variée. Pat. Lat., LXXX, 229-260.

2 Régula M agistri, m, Holstenius, II, 3i8-32i. Cette interrogation i Qua est ars sancta, quam docere débet abbas discipulos in monasterio ? précise le sens du titre assez obscur placé en tête du chapitre quatrième de la règle de saint Benoît : Ques sint instrumenta bonorum operum ? Le Maître pose en tête de son chapitre quatrième une question qui s'en rapproche; Quce sint ferramenta spiritalia, cum quibus operari possùmus artem divinam ?

La Bible,' les vies des saints et les œuvres ascétiques des Pères sont les lectures préférées du moine. Cet exercice I essemble fort à la méditation en usage dans les communautés modernes. Elle en tient généralement lieu dans les monastères de cette époque et du haut moyen âge. Les hommes ont alors une aptitude très grande à se laisser fortement impressionner par les vérités religieuses. Leurs convictions robustes leur rendaient le recueillement facile et profitable. Le but atteint péniblement par des méditations prolongées est en quelque sorte plus près des âmes. i

Le silence qui règne dans le monastère écarte tout ce qui serait de nature à troubler cette atmosphère recueillie et paisible. C'est pour cela du reste que les législateurs en prescrivent la pratique. Ni saint Benoît ni saint Colomban ne condamnent les moines au mutisme. Ils veulent le silence intelligent qui convient à des hommes graves. Le premier demande à son religieux de parler à voix modérée, sans éclat de rire, d'un ton modeste et grave, sans se répandre en paroles inutiles ^ Si le second prohibe le h3ivaLTdage(verbositaSy loquacitas) et les propos contraires à la charité et à la justice, il n'ignore pas que ces mêmes vertus de justice et de charité imposent fréquemment l*usage de la parole. Que son disciple parle alors avec modération et gravité *.

^ Cum loquitur monachus, leniter et sine risu, humiliter et cum gravitate, vel pauca verba et rationabilia loquatur, et non sit clamosus in voce. Régula- S. Benedicti, m.

2 Cum cautela et ratione loquendum est monachis. Régula S. Columbani, 11, Pat. Lat., LXXX, 210. Nonexeat verbum grande de oremonachi, ne suus grandis perëiâ.t;labor. Ibid., v, 211.

Le pénitentiel énumère les principaux manquements à la loi du silence et le châtiment qu'ils méritent ^ Saint Donat s'en tient aux prescriptions bénédictines et colombaniennes *. L'anonyme qui a composé une règle pour les femmes est d'une largeur surprenante ; il permet de parler durant le repas aux fêtes de Pâques, de la Pentecôte, de Noël et de l'Epiphanie ; ce qui est inouï dans les monastères. L'abbesse peut toujours permettre aux religieuses de s'entretenir de choses utiles, pourvu qu'elles le fassent à trois ^. Le Maître autorise ces conversations, en demandant toutefois de ne pas interrompre le travail pour s'y livrer \

Lorsque les moines sont réunis sous la surveillance de l'abbé, ils doivent obtenir son assentiment avant de prendre la parole ^. Le Maître veut que cette permission soit demandée conformément à un cérémonial dont il fixe les détails. En présence de leur supérieur, lès frères se tiennent la tête baissée et gardent un silence respectueux. Celui qui désire parler s'approche de l'abbé et sollicite sa bénédiction avant d'ouvrir les lèvres.: Il en profite, si elle lui est accordée ; sirionj il peut la deman- 4er une seconde fois ; un refus alors est définitif^.

Les moines parlent peu, en somme. Ils s'attachent au silence comme à une vertu nécessaire, et ils le pratiquent avec amour. Cette loi pèse rigoureusement sur eux

^ Eegula s. Columbani,x, 216-218. rS ■

2 Régula S. Donati advirgines, xix, Holstenius, III,. 92. ^ Régula cujusdam ad virgines, ix, ibid.^ i35-i36. ■• Régula Magistri, l, ibid,. II, 400, viil, 326-329. ^ Régula S. Benedicti, vieivii. : . \< .

^ Régula Magistri, IX., Z2g.

pendant les heures de la nuit, c'est-à-dire depuis complies, qui est le dernier office du jour, jusqu'au lendemain matin. Le service d'un hôte arrivante l'improviste et une affaire jugée urgente par l'abbé peuvent rendre sa violation légitime. Mais encore faut-il parler avec plus de réserve que de coutume ^ Le Maîtie augmente par un cérémonial la gravité du silence nocturne. Lorsque l'heure est arrivée, l'abbé avertit les religieux en ces termes : « Allons, mes frères, prenez vos mesures pour vous éviter toute occasion de parler. Le moment est venu de nous recoinmander au Seigneur ; et après avoir fini les offices de la journée, à l'entrée de la nuit, fermons la bouche pour le repos et les yeux pour le sommeil. » Quand les compiles sont terminées, tous récitent ce verset du psaume 140^ : Pone Domine cuswdiam ori meo et ostium circumstantiœ labiis mets, par lequel est ouvert le silence nocturne. Dès lors, s'il survient quelque raison urgente de parler, mieux vaut s'exprimer par signes. En cas d'impossibilité, on se parle à Tpreille, et assez bas pour qu'un tiers ne puisse rien entendre. Le temps consacré au mutisme dure jusqu'au moment où les frères se trouvent de nouveau réunis à l'oratoire pour célébrer les louanges du Créateur. Ils le terminent avec un verset du psaume 5o® : Domine labia mea aperies, et os meum annuntiabit laudem tuam *. Les frères ne semblent plus astreints à ce silence rigoureux, quand l'office nocturne est terminé. On les voit en effet causer dans le chauffoir, à Stavelot ^.

• Régula S. Benedicti, xlk.

'^Rfgttla Magistri,-x.-xx,B.oi.STEHms, II, 382, 383.

'•* Vita S. Lantberti, Mabillon, III, i, 63.

4l8 MOINES MÉROVINGIENS.

En toutes circonstances, la conversation du religieux doit être charitable et courtoise. Les législateurs leur commandent pour ce motif d'éviter les discussions, ' pendant lesquelles il est fort difficile de ne point laisser échapper des paroles excessives \ On ne saurait cependant, dans une réunion d'hommes, supprimer complètement les occasions de se contredire les uns les autres et de blesser en quelque manière le prochain. Saint Benoît, non content de prescrire le pardon des injures, organise en quelque sorte la pratique de cette vertu ; matin et soir, à la fin de laudes et de vêpres, l'abbé récite le Pater à haute voix, afin que les frères oublient leurs torts réciproques, en écoutant ces paroles du Sauveur : Pardonnez-nous nos offenses, comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensés ^. La politesse fraternelle est encore le moyen le plus simple de ne pas violer la charité. Elle est surtout prescrite dans les rapports avec les anciens ; tout oubli sur ce point mérite un châtiment sévère ^. Cette courtoisie grave suit lé moine durant la journée, qu'il aille et vienne dans la maison ou qu'il soit en la société de ses frères. Ceux qui mènent depuis longtemps la vie religieuse témoignent aux jeûnes an affectueux intérêt ; ceux-ci tempèrent leur affection par un profond sentiment de respect ; ils se lèvent en présence des anciens et ne s'assoient que sur leur invitation. Lorsqu'ils se rencontrent au dedans où au dehors.

' Contentionem non amare. C'est l'un des instruments des bonnes œuvres de saint Benoît. Plusieurs autres se rapportent à la charité dans les conversations. - Rfgula S. Benedicti, xiii.

-' Régula S. Columbani, x, Pat. Lat., LXXX, 218.

LA VIE INTÉRIEURE. 4x9

ils se saluent par une inclination et se souhaitent la journée bonne, en employant la formule reçue: Bénédicité. On répond : Benedicite ou Deo gratias ^ Les moines gallo-romains et burgondes ne connaissaient pas cet usage au commencement du VIP siècle ; ils l'apprirent des disciples de saint Colomban *.

Cette urbanité adoucit la tenue grave que le religieux conserve habituellement, au monastère ; au travail, en voyage, qu'il soit seul ou en communauté, on le voit la tête inclinée, les yeux fixés à terre, dans l'attitude qui convient au pécheur prêt à paraître devant Dieu *''. C'est dire qu'il est un pénitent. Par le fait, la vie qu'il mène est celle d'un pénitent. Pour ce motif, elle est austère. Les pratiques n'en sont pas néanmoins tellement rigoureuses qu'on ne puisse les supporter. Elles sont accessibles à la plupart des hommes de cette époque. Tout est si bien combiné que les âmes généreuses, servies par un tempérament robuste, ont toujours moyen de s'imposer des austérités plus grandes. On leur demande seulement de ne point s'abandonner en cela aux caprices de la volonté personnelle. Une pénitence extraordinaire, pour être profitable, doit être soumise à l'approbation de l'abbé *. Ces pratiques sont de fait peu encouragées par les divers législateurs. Ils insistent plutôt sur la discrétion ou modération. Chose digne de remarque, saint

i Régula s. Benedicti, lxiii. Régula Magistri, xiii, Holstenius, II, 348.

2 VitaS. Eustasii, Mabllion, II, m.

•^ C'est le douzième degré d'humilité de S. Benoît {Régula, vi) , reproduit par saint Donat {Régula, xlviii, Holstenius, III, io3) et par le Maître {Régula, X, ibid., II, 337). ■

* Régula S. Benedicti, xlix. Régula Magistri, lxxiv, Holstenius, II, 423.

Colomban le fait en termes formels ^ ; et, ce que nul autre n'a cru devoir faire, il consacre à cette vertu tout un chapitre dé sa règle ^. Aussi ne peut-on s'attendre à rencontrer chez les moines de cette période le goût des pénitences extraordinaires qui caractérisa certains groupes de moines orientaux ou bretons. Leur ascèse est beaucoup plus tempérée.

Leur attention se porte sur les vertus fondamentales de l'humilité et de l'obéissance. La première, qui est produite dans l'âme par un sentiment profond des droits de Dieu sur sa créature pécheresse, est à la base de la doctrine spirituelle de saint Benoît et de ceux qui se sont inspirés de sa règle. Il ne crée pas cependant une école nouvelle ; son enseignement est la simple continuation de celui donné par Cassien et par les principaux ascètes de l'Orient. Cette même tradition a eu dans saint Grégoire le Grand son interprète le plus autorisé. L'obéissance et l'humilité ne sont pas toujours faciles à distinguer dans leur doctrine, ces deux vertus ne semblant pour eux n'en faire qu'une. Elles viennent d'une même source, le sentiment des droits de Dieu, que les anciens s'accordent à nommer la crainte du Seigneur, timor Domini. Ils poussent l'obéissance aussi loin que possible. Le moine se tient à chaque instant de sa vie prêt à abandonner sur-le-champ et sans la moindre hésitation son repos, sa prière, son travail, dès qu'il reçoit l'ordre d'un chef. L'ordre n'est pas plus tôt donné qu'il est exécuté. On ne le voit jamais hésiter, murmurer

^ Si quis per ardorem mentis legitimum religionis excesseret modum. Régula S. Columhani, x, Pat. Lat., LXXX, 224.

2 Le huitième. Ibid., 2i3-2i5.

OU contredire. Pour obéir avec cette perfection, il s'habitue de bonne heure à ne se laisser jamais conduire par son propre jugement ; sa conduite est réglée par la pensée de son abbé ^ Cette soumission n'est pas toujours facile, elle présente fréquemment des obstacles matériels ou moraux. Mais rien de tout cela n'est capable d'effrayer un moine ^. Quand les difficultés lui paraissent au-dessus de ses forces, il s'en ouvre franchement à qui de droit, prêt à exécuter l'ordre, quoi qu'il lui en coûte, s'il est maintenu ^. Obéir entre tellement dans sa vie que ses propres volontés ne le séduisent plus ; il leur préfère en toutes circonstances les intérêts et les désirs de ses frères ^. Le Maître et saint Donat se font l'écho de la pensée de saint Benoît ^ . Saint Colomban n'est pas moins formel dans son beau chapitre de l'obéissance ^ et dans ses instructions monastiques. Les sentiments auxquels le moine livre son cœur lui rendent douce et facile une sujétion qui sans cela ferait de son existence la plus humiliante des servitudes. Son supérieur est pour lui le vicaire de Dieu ; c'est donc au Seigneur que son obéissance s'adresse. Par elle^ il espère réparer les torts faits à son âme par le péché, fuir les supplices de l'autre vie et mériter la gloire

éternelle ^.

Cette soumission du religieux fait peser sur son supé-

^ Régula s. Benedicti.v.

- Ibid., VII.

^ Ibid.,iJS.vni.

* Ibid., VII, Lxxi.

* Régula Magisiri, vu, x.

''Régula S. Columbani, i, Pat. Lat., LXXX, 209. ^ Refoula S Benedicti, v.

422 MOINES MEROVINGIENS.

rieur la plus lourde des responsabilités. C'est pour cela qu'on exige de lui tant d'aptitudes et de qualités. Il ne suJBfit même pas d'avoir longtemps obéi pour savoir commander ; la sainteté personnelle ne saurait donner la connaissance des hommes et le sentiment des réalités, qui sont les premières qualités d'un chef. Saint Benoît veut que l'abbé écarte de lui ce qui empêche les inférieurs de se mettre à l'aise ; pour ce motif, il lui recommande d'éviter la jalousie soupçonneuse, les susceptibilités mesquines, les défiances inquiètes. Insupportable à lui-même, il le serait encore aux autres. Il lui faut surtout la bonté, condescendante jusqu'à la miséricorde. Tout dans sa personne, dans son langage, dans sa vie, doit inspirer l'attachement et la confiance, plus que la crainte. Il y a cependant une limite qu'il ne lui est jamais permis de franchir, celle de la faiblesse ^ Dans le monastère, l'autorité est avant tout paternelle, à Luxeuil comme dans les maisons qui reçoivent l'influence plus douce de saint Benoît '^

On se ferait illusion, en jugeant tous les moines et les abbés du VIP siècle d'après les prescriptions et les conseils que leur donnent les règles. Ils ont là un bel idéal à poursuivre. Dans la pratique, chacun le réalise comme il peut. Les moines et les abbés, qui sont des hommes semblables à ceux de tous' les pays et de tous les temps, gardent leurs faiblesses, ont des défaillances et, en uii mot, restent, sauf de rares exception?, plus ou moins au-dessous de l'idéal qui leur est proposé. Les

^ Régula S. BenedicH, -Lxiv.

2 Praepositum monasterii timeat ut dominum, diligat ut parentem. Régula S. Columbani, ix, Pat. Lat., LXXX, 216.

organisateurs de la vie monastique tiennent compte de cette réalité. A l'homme faible ils ménagent un appui, à l'homme coupable un moyen de se relever. Le religieux a près de lui soit son abbé soit des confrères graves et expérimentés, auxquels il peut s'ouvrir quand vient le moment de la tentation. Cette simple confidence suffit pour rendre à un homme qui est sur le point de défaillir sa force morale. Celui qui dans le secret de sa vie personnelle a commis une faute échappe par le même moyen au découragement. Saint Benoît entoure ces aveux ^ de mystère. C'est une délicatesse que saint Colomban et le Maître ignorent. Chez ce dernier, les choses se passent de la manière suivante : le frère qui éprouve une tentation en informe le prévôt de sa dizaine, lequel va l'annoncer à l'abbé. Celui-ci convoque la communauté à l'oratoire et il la fait prier longuement aux intentions du frère. Cela fait, tous se retirent. L'abbé prend avec lui la victime des tentations et, après lui avoir demandé ce qui l'agite, il lui présente des passages de la Bible convenant à son état d'âme. Si le lendemain la tentation persévère, l'abbé prescrit un jeûne de surérogation à la communauté ; si elle dure encore le surlendemain, tous se privent de vin à table ; un troisième jour, on sert les aliments préparés sans huile, afin d'attirer sur ce frère la pitié divine ^. Ce cérémonial peu discret n'est suivi, cela va sans dire, que dans les monastères soumis à la règle du Maître.

' Rigula S. Benedicti, vu, xlvi.

• Régula M agistri, xv, Holstenicjs, 11, 354-356.

424 MOINKS MÉROVINGIENS.

Les fautes commises par les moines sont contraires soit aux prescriptions de la règle, soit aux préceptes de l'Evangile et du droit naturel. Celles-ci sont de beaucoup les plus graves. Saint Benoît énumère les principales dans son chapitre des instruments des bonnes œuvres, où il indique les vices à fuir en même temps que les vertus à pratiquer. De même après lui saint Donat et le Maître. Saint Colomban les signale dans son pénitentiel. Ils ne craignent pas de mettre sous les yeux du moine les excès criminels dans lesquels tombe un homme, fût- il religieux, quand il parvient à étouffer en lui avec la crainte du Seigneur la voix de sa conscience, l'homicide, le vol, l'adultère par exemple. Les hagiographes se chargent au besoin de montrer comment des moines indignes n'ont pas reculé devant le meurtre pour se débarrasser d'un abbé réformateur et gênant ; tel a été le cas pour saint Germer à Pentali, pour saint Aigulfe, saint Berchaire et saint Philibert.

Voici les fautes les plus ordinaires : l'inexactitude, le murmure, la désobéissance sous la plupart de ses formes, la réponse insolente à un supérieur qui inflige une réprimande, la discussion pouvant dégénérer en querelle, les mensonges, les médisances, les propos de nature à semer la zizanie, sans parler des infractions au silence, les paroles et les actes dénotant de la rancune, les manquements à la pauvreté, la gourmandise pouvant aller jusqu'à l'ivrognerie. Cette nomenclature rst empruntée à saint Colomban \ et il ne dit pas tout. De ce que des fautes graves sont commises dans un

* Régula S. Columbani, x. Pat. Lat., LXXX, 22i-23o.

monastère, on ne saurait conclure à l'existence d'un relâchement général. Elles sont d'ordinaire le fait de quelques individus. Ainsi, à une époque où les moniales de Faremoutier sont en pleine ferveur, plusieurs d'entre elles poussent l'insubordination jusqu'à franchir les murailles pendant la nuit avec des échelles. Deux d'entre elles meurent en réprouvées '. On trouve un Agrestius à Luxeuil et quelques moines rebelles à Bobbio. Ces désordres sont habituellement des exceptions ; les moines les dénoncent, au reste, avec une franchise qui les honore.

Les règles monastiques, même appliquées par les supérieurs les plus vigilants, ne peuvent empêcher les irrégularités et les fautes plus ou moins graves. Il leur suffit d'en assurer la répression. La chose est facile quand le coupable a la loyauté d'avouer spontanément ses torts. Saint Benoît encourage fort cette pratique généreuse. Le frère qui, volontairement ou non, a violé l'obéissance ou causé quelque préjudice à la communauté, doit venir s'accuser devant l'abbé et les frères, en exhibant le corps du délit, s'il y en a un ^

Celui qui espère tenir sa faute cachée risque d'être déçu, car la correction fraternelle esi: prescrite, et elle impose une surveillance à laquelle on échappe difficilement. Tout "finit donc par être connu. Si les doyens ou le prévôt ne s'en sont pas rendu compte, un témoin saura les informer du délit ^. Le coupable surpris ou dénoncé

^ JoNAS, VitaS. Burgundofara, Mabillon, II, 427, Krusch, IV, iSg. 2 Régula S. Benedicti, xlvi.

^ Ibid. Régula S. Columbani, x, Pat. Lat., LXXX, 222-223. Régula S. Donati. u, HOLSTENIUS, III, io5.

n'a plus droit aux ménagements que mérite un aveu ; il est traité avec toute la rigueur prescrite par les règles. L'abbé ou le prieur lui adresse immédiatement une réprimande, qu'il reçoit humblement prosterné K Saint Colomban veut qu'il se frappe la poitrine en disant mea culpa ^.

Saint Benoît laisse beaucoup à l'initiative de l'abbé pour le choix des pénitences. Saint Colomban fixe lui-même la mesure du châtiment pour la plupart des fautes. Son pénitentiel ne doit cependant pas être appliqué d'une manière aveugle et brutale. Le traitement à infliger au coupable est déterminé par la nature de sa faute, comme le remède est choisi en raison du mal que l'on cherche à combattre ^. Saint Donat insiste particulièrement sur les dispositions intérieures de celui qui est puni *. Saint Benoît, auquel il emprunte cette disposition, recommande à l'abbé la miséricorde évangélique. Les humiliations imposées dans tous les monastères à ceux qui arrivent en retard à l'office font en quelque sorte partie du cérémonial. Elles consistent à occuper la dernière place, sans prendre part à la psalmodie, et à venir se prosterner au milieu du chœur lorsque tout est fini. Une satisfaction semblable est due par celui qui arrive au réfectoire après la récitation des prières ^. Saint Colomban remplace ces humiliations par des

^ Régula S Benedicti, lxxi.

• Régula S. Columbani, x, Pat. Lat., LXXX, 217-218. Ce saint diminue de moitié le châtiment, lorsque le coupable avoue de lui-même.

^Régula S. Columbani. x, ibid., 224.

* Régulas. Do7wH ad virgines. xxii, Holstenius, III, gS. ^ Requla S. Benedicti, XLiii.

psaumes'. Il prescrit assez fréquemment la récitation d'un certain nombre de psaumes, douze, quinze, vingtquatre, trente ; c'est la pénitence la moins rigoureuse. Viennent ensuite les coups de verges, six, douze, vingtcinq, trente, cinquante, cent, suivant la gravité de la faute ; les prostrations au chœur, qui peuvent se prolonger pendant la récitation de douze psaumes ; le régime au pain et à l'eau ; unsilence plus strictement observé, et enfin des jeûnes ; on peut en prescrire qui durent quarante jours ^. Saint Donat fait entrer dans sa règle tout ce pénitentiel de Luxeuil K

Saint Benoît n'admet les verges que pour les enfants et pour les hommes sans éducation, incapables de comprendre un châtiment moral *. Son pénitentiel est fort simple. Les doyens qui participent à la surveillance de la maison adressent au coupable les premières réprimandes en particulier. S'il ne se corrige pas après un second avertissement, il est repris devant tous les frères. S'il n'y a aucun progrès dans sa conduite, on recourt à l'excommunication ou aux verges. L'excommunication est simple ou grave. L'excommunication simple prive le frère de la table commune ; il mange, quelques heures après les frères, ce que l'abbé veut bien lui faire servir ; au chœur, il ne peut ni entonner les psaumes et les antiennes ni lire les leçons. L'abbé apprécie le temps que doit durer cette pénitence. La seconde excommunication, qui est infligée en punition

^Régula s. Cohimbam, x, Pat. Lat., LXXX, 221. 2 Ibid., 216-224.

^ Régula S. Donati. xxv, xxxii, Holstenius, III, 94-97 , * Régula S. Benedicti, xxx, xxviii, xxiii.

de fautes graves, sépare le coupable de la vie commune et lui interdit l'accès de l'oratoire. Il se tient à la porte pendant la célébration des offices, et quand les frères se retirent, il se prosterne devant eux et se recommande à leurs prières. Nul ne peut le saluer ou lui adresser la parole ; quiconque se joint à lui encourt la même peine. On lui sert sa nourriture à part et sans la bénir. C'est le régime imposé par l'Église à ceux qu'elle prive officiellement de sa communion. Cet isolement et ces humiliations pourraient jeter une âme dans le désespoir. L'abbé, pour éviter ce malheur, députe auprès de l'excommunié des frères qui sauront avoir sur lui une influence heureuse. Il l'entoure lui-même de toute la sollicitude que réclame son état, de manière à faire de l'excommunication un remède plus encore qu'un châtiment '. Saint Colomban prive lui aussi de la prière et de la table commune certains coupables soumis en même temps à un régime très rigoureux *.

Le Maître adopte pour l'excommunication majeure un cérémonial destiné à se développer et à se perpétuer dans les coutumes monastiques des âges postérieurs. Cette peine n'est applicable chez lui qu'aux religieux âgés d'au moins quinze ans. Lorsque l'abbé, sur le rapport des prévôts, croit nécessaire d'infliger à un moine l'excommunication, il réunit les frères, et, en leur présence, les prévôts ou doyens exposent leurs griefs contre le coupable. L'abbé lui adresse, en guise de réprimande, une allocution, insérée dans la règle,

1 Régula S Benedicti, xxiii-xxviii.

- Régula S. Columbani, x, Pat. Lat., LXXX, 224.

sur la gravité de sa faute et l'horreur de sa conduite. Après quoi, il promulgue sa sentence. Dès ce moment, l'excommunié est soumis à un régime qui rappelle celui fixé par saint Benoît. Pendant sa prostration à la porte de l'oratoire, au moment où les religieux se retirent, il prononce une longue prière de confession, qui débute ainsi : « J'ai péché, je reconnais ma faute ; j'ai erré, je promets de m'amender ; je ne recommencerai plus. Priez pour moi, vous dont j'ai été séparé en punition de mes fautes, etc. » Quand le moment du pardon est venu, l'abbé ramène la communauté à l'oratoire, en disant : « Venez, mes frères, prier ensemble et pleurer pour cette brebis de notre troupeau, afin que nous puissions la réconcilier avec Dieu dans cet oratoire. » Les deux prévôts, tenant le coupable chacun par une main, l'introduisent avant que les religieux se mettent en prière et disent ce verset : Confitemini Domino quoniam bonus, auquel les frères répondent : Quoniam in sœculum misericordia ejus. L'excommunié se prosterne devant l'autel ; les frères en font autant de leur côté et prient en silence.

Le Maître a composé pour le coupable l'oraison qu'il doit réciter. L'abbé, le prenant alors par la main, le relève et lui dit : « Veille, mon frère, à ne plus pécher et à faire pénitence de ta faute ; si tu viens à recommencer, tu seras traité comme un hérétique. — Erravi sicut ovisqi.œperierat^ ajoute l'excommunié. — Recollige servum tiium, Domine, » poursuivent les moines présents. L'abbé le remet aux prévôts, en disant: « Recevez votre brebis, rendez-lui son rang : Mortuus enim fuerat, et revixit ; perierat, et inventus est. » Ce jour-là, il verse l'eau sur les

mains des frères qui vont communier, en les leur baisant et en se recommandant à leurs prières ^

Cette solennité de la réhabilitation grandit aux yeux des moines l'importance de la vie commune et des pratiques régulières. Il se trouve néanmoins des hommes endurcis, que ce traitement moral laisse indifférents. Les verges et les jeûnes ne parviennent pas à vaincre leur obstination. Ils résistent au spectacle touchant d'une communauté tout entière qui s'afflige à leur sujet et prie solennellement pour eux. L'excommunication renouvelée et prolongée même durant trois années * est inefficace. Il n'y a plus désormais qu'à expulser du monastère ce moine indigne et incorrigible, après lui avoir rendu son habit séculier ^. C'est le dernier des châtiments. Il réussit quelquefois, par ses conséquences humiliantes et souvent pénibles, à fléchir ceux que rien n'a pu vaincre. Ils reviennent alors après un égarement plus ou moins prolongé solliciter leur grâce. La porte leur reste miséricordieusement ouverte jusqu'à trois fois. Les fugitifs partis d'eux-mêmes sont accueillis de la même manière. Les uns et les autres prennent la dernière place dans la communauté, en attendant qu'une conduite exemplaire permette de leur assigner un rang plus élevé ^.

L'expulsion répugne à saint Colomban ; par le fait,

^ Régula Magisiri, xiii, xiv, Holstenius, II, 340-354.

2 C'est la limite extrême fixée par le concile d'Autun. Concilium Leodcga'rii, èd- Maassen, 221. . .

3 Régula S. Benedicti, xxviii, xxix. Le Maître,, saint Donat et l'Anonym» y recourent dans les circonstances extrêmes. ' ,

*^ Régula S. Benedicti, xxix. Régula M agisiri, lxiv, Holstenius, II, 416. '

elle compromet gravement l'avenir éternel du coupable, qui se trouve exposé à tout sans être relevé des obligations religieuses. Il use contre les incorrigibles d'un système moins dangereux, la prison. Saint Césaire l'infligeait, on s'en souvient, aux moniales endurcies ^. Le coupable est enfermé dans une cellule spéciale, où la solitude et la rigueur du régime sont de nature à lui inspirer de salutaires réflexions '.

En somme, les législateurs monastiques arment suffisamment les abbés contre les mauvais moines endurcis ou rebelles. Il pourrait arriver cependant qu'un supérieur, soit par faiblesse soit par impuissance, laissât des fautes impunies et des religieux déconsidérer leur monastère et scandaliser les chrétiens du voisinage. Le supérieur et les frères qui gémissent sur cet état de choses doivent alors recourir à un homme considéré du diocèse et enfin à l'évêque, qui auront assez d'autorité pour remédier au mal ^.Celui-ci a le devoir d'intervenir sans cette invitation, lorsqu'il connaît soit directement, soit par une dénonciation sérieuse, un scandale malheureusement toléré.

Voilà pour la répression des fautes extérieures. Mais ce ne sont pas les seules manifestations de la faiblesse et de la malice humaine dans ]es monastères. Iléh est d'autres qui ont pour théâtre l'intimité de la vie intérieure : elles déjouent la prévision des règles et la

^ Saint Donat l'emploie comme saint Césaire et saint Colombar, Régula S. Donati ad virgines. n, Y, Iîoi.sTBNii!S,lIÎ, 82, 85.

^ In cellula ob paenitentiam agendam separetur. Régula S. Columbani, x,Fàt. Lat., LXXX, 218, 224.

^ Diplôme d' Agerad, évêque de Chartres (696), Takdif, Cartons des rois, 29. ' "'

surveillance des supérieurs. Et elles, sont inévitables. Le seul remède qui puisse leur être appliqué est une réaction efficace, qui consiste dans une humiliation aussi continuelle et aussi profonde que la faiblesse elle-même. Cette humiliation s'exerce par l'aveu spontané fait à l'abbé ou au père spirituel. Cette coutume pieuse, distincte de la confession proprement dite, est d'origine orientale. Saint Benoît, qui l'emprunte à Cassien, a compris tout ce qu'elle renferme de salutaire. C'est l'expulsion lente et, sûre du mal intérieur qui épuise l'âme et risque de la perdre.

Saint Colomban est de tous les législateurs des moines occidentaux celui qui a su donner à cette pratique l'organisation la plus précise et la plus complète. L'aveu doit porter non seulement sur les fautes graves ou légères mentionnées plus haut et qui relèvent du pénitentiel, mais encore sur les vices de l'esprit, sur les troubles du cœur et sur les langueurs de l'âme, en un mot sur tout ce qui comporte une souillure morale ^

Le mot de confessio, qu'il emploie pour désigner cette accusation volontaire, est entré depuis dans les habitudes chrétiennes. L'abbé de Luxeuil fait de cet aveu un point essentiel de sa règle. Les frères doivent le pratiquer au milieu du jour, avant de se mettre à table, le soir avant de se coucher, et dans la journée toutes les fois qu'ils en éprouvent le besoin, surtout au moment

* Statutum est a saactis Patribus ut demus confessionem de omnibus, nosi solum capitalibus criminibus, sed etiam de majoribus negligentiis, quia confessio et paenitentia libérât de morte. Ergo nec ipsa parva a confessione sun; negligenda peccata. Régula S. Columbani, x, Pat. Lat., LXXX, 2i(5. II dit ailleurs .qu'il faut s'accuser de commotionibus anima. De psenitentiarura mensura, ihid., 23 ).

d'aller à la messe ^. Elle se fait à l'abbé, au prieur; ou à un ancien.

Gomme ces supérieurs et dignitaires sont assez généralement revêtus du sacerdoce, il en résulte que le moine s'adresse par la force des choses au prêtre. On ne saurait en conclure, pour les premiers temps du moins, qu'il s'agit ici de la confession saciramentelle. Cette coutume, que saint Colomban et ses disciples préconisent et suivent avec grand respect, n'est à l'origine qu'un exercice de l'ascèse monastique, on dirait aujourd'hui une direction. Mais il se transformera promptement et contribuera beaucoup à répandre dans les monastères et parmi les fidèles le recours fréquent au sacrement de pénitence *.

Ce caractère purement ascétique de la confession colombanienne est manifeste, quand il s'agit des monastères de femmes. Celles-ci la pratiquent avec la même confiance que les moines. On s'y livre à Faremoutier trois fois le jour ; c'est une coutume générale dans la maison. Les soeurs croient se purifier l'âme par ce moyen. Les fautes antérieures à l'entrée en religion, les négligences quotidiennes, les péchés de pensée, de parole et d'action, telle est la matière habituelle de ces aveux. On raconte la triste fin de deux religieuses qui ont négligé cet exercice de la purification spirituelle, pour engager les autres à ne point les imiter ^ . Saint Donat

^ Detur confessio ante mensam, ante introitum lectulorum vel cuicumque fueri^. facile dare. S. Columbani Régula cœnobialis, x, ibid., 216. Confessiones autem dari diligentius prsecipitur de commotionibus animi, antequam ad missam eatur, ne forte quis accédât indignus ad altare. De pœnitentiarum mensura, ibid., 23o.

^Malnory, Quid Luxovienses monachi... 62-80.

recommande instamment cette pratique ; les anciennes y sont soumises aussi bien que les plus jeunes ^ Elles doivent accuser même les fautes en apparence les plus insignifiantes, les paroles inutiles par exemple, avant le repas, avant de se coucher et dans la journée à tous les moments opportuns. C'est l'abbesse qui entend l'aveu ■*. On fait le matin, après l'office de la deuxième heure, une confession qui porte sur tous les manquements de la nuit. Le silence nocturne est clos par cet acte de réparation et d'humilité ^.

Ces aveux faits ainsi à heure fixe seront dans la suite remplacés par la confession générale de prime et de eomplies, dont on s'acquitte en récitant le Confiteor,

^ JoNAs, Viia S. Columbani, Krusch, IV, Script, rer. Merov. iSg.

2 Ut assidue et indesinenti studio tam dé cogitatu quam etiam de verbo inutili, yel opère seu aliqua commotionne animi; confessio omnibus diebus, omnibus horis omnibusque momentis semper donetur ; et matri spirituali nihi occultetur, quia, statutum est hoc a sanctis Tatribus, ut detur confessio ante mensam, sive ante lectulorum introitum, aut quandocumque fuerit facile, quia confessio pœnitentia de morte libérât. Ergo nec ipsa parva a confessione sunt negligenda cogitata, quia scriptum est : Qui parva negligit, paulatim defluit. S. Donati régula ai virgines^xxiiu Holstenius, III, 94.

. * Post secundam celebratam in conventu ; quo in loco veniam petentes ac singulae confessionem dantes pro cogitationibus carnalibus atque turpibus vel tioèturnis visionibus, demum pariter orantes dicant : Fiat Domine misericordia tua super nosi quemadmodvm speravimus in te. Ibid. , xix, 92. Le Maître traite dans un chapitre spécial de la manière de se purifier l'âme après les songes impurs. Régula M agistri,i.xxx, ibid., II, 428.

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