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pations, la plus pénible. Ils s'y adonnent sur tous les points de la Gaule mérovingienne, pour transformer en campagnes fertiles les terrains incultes qui entourent leurs demeures. Saint Golomban n'a jamais reculé devant les fatigues de la colonisation monacale. On le voyait à la tête de ses disciples s'armer de grandes haches, frapper à coups redoublés les chênes énormes, et, après les avoir abattus, les débiter à l'aide de coins de fer. Ils travaillaient tous avec ardeur. Les coups vigoureux de massue appliqués sur les coins les faisaient parfois sauter, au risque de blesser les ouvriers ou les spectateurs '. Quand cette première préparation du sol était terminée, ils le défonçaient et arrachaient avec la pioche et la bêche les racines des arbres abattus. Ce procédé, qui exige de grands efforts, s'imposait au début, tandis qu'il suffisait, après une première récolte, de déchirer la terre avec l'araire traîné par les bœufs *. Saint Wandrille et d'autres saints abbés imitèrent l'exemple de saint Colomban. Lorsque les frères travaillaient à une certaine distance de l'église, ils récitaient l'office sur place pour éviter les pertes de temps ^.
Malgré l'importance du travail agricole chez les moines, on ne peut cependant les transformer en simples colons faisant valoir avec leurs seuls bras tous les domaines. C'était seulement le cas des monastères pauvres et des fondations pénibles. On ne saurait en faire une
^ JoNAS, Vita S. Columhani, Krusch, IV, 8i.
^ Ibid., 83, ii6.
^Régula S. BenedicH, L. La Régula M agistri, lv, 407-408, fixe à cinquante pas l'éloignement qui dispense d'accourir au chœur.
règle générale. Les religieux s'occupaient dans l'intérieur de la maison et dans ses dépendances immédiates, laissant aux familles établies sur les villas et les fermes' le soin de les mettre en rapport. La Régula Magistri demahde que tous les domaines soient ainsi cédés en bail. Les revenus assureront l'existence de la communauté '. Les gros travaux agricoles ne sont point ordinairement exécutés par les moines, d'après la règle bénédictine elle-même ^. Saint Benoît le dit au sujet des moissons. Il est certain qu'on est souvent obligé alors de faire appel à tous les bras, lorsqu'un orage menace d'anéantir les résultats d'une année de labeur. La bonne volonté ne suffit point toujours à protéger la récolte. Les moines de Rebais, mêlés dans les champs aux moissonneurs, furent saisis de crainte, quand ils virent le cielse couvrir de nuages épais sillonnés par des éclairs. L'abbé Aile est à leur tête. Ils s'arrêtent en présence du danger, déposent leurs faucilles à côté des tas de blé, et à genoux ils conjurent le Créateur de sauver leur moisson. Dieu exauce leurs prières, et l'orage va éclater plus loin ^ Dans une circonstance analogue, saint Colomban fait continuer le travail en dépit du tonnerre et des éclairs. Mais il à soin de mettre quatre religieux en prière aux extrémités du champ. Cela suffit pour
^ Melius est ergo eas sub alieno impedimento possidere et annuas pensione securos suscipere, nihil nisi de sola anima cogitantes. Régula Magistri, lxxxvi, 435,
2 Si autem nécessitas loci aut paupertas exegerit ut ad fruges colligendas per se occupentur, non contristentur, quia tune vere monachi sunt, si labore manuum suarum vivant, sicut et patres nostri et apostoli. Régula S. Benedicti, xlviii.
3 Viia S. Agili, Mabillon, II, 3io. Le biographe de saint Philibert raconte un ait da même genre. VitaS. Filiberti, ibid., 787.
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éearter tout danger ; il ne tombe pas une goutte d'eau sur les travailleurs '.
Les monastères situés dans le midi prennent grand soin de leurs vignes ; on en peut juger parce qui se passe à Bobbio. L'abondance et la beauté des raisins tentent les maraudeurs, lorsque arrivent les vendanges. Mais il n'y a qu'à planter une haie pour les protéger. Les oiseaux, plus agiles que les hommes, se moquent d'un pareil obstacle. L'abbé se voit alors dans la nécessité de poster là des religieux pour les mettre en fuite *. Les moines ont beaucoup de peine à défendre leurs vignes dans les régions du nord contre un ennemi beaucoup plus dangereux, le froid. Saint Philibert parvient cependant à aclimater la vigne dans la presqu'île de Jumièges ^, et saint Wandrille sur les coteaux de Fontenelle>. L'élevage des abeilles est en honneur parmi les moniales de Remiremont. Le biographe de saint Amet les représente poursuivant les essaims vagabonds avec des ruches arrosées de lait aromatisé^. D'autres monastères encore possèdent un rucher qui fournit à la cuisine et à l'infirmerie des provisions de miel, et de la cire à l'église.
Il n'est pas facile de trouver partout l'huilej le vin et d'autres denrées dont les monastères peuvent difficilement se passer. Les plantes oléagineuses ne croissent pas en tous lieux; tous les moines ne peuvent pas,
^ JoNAS, Vita, S. Coîumbani, Krusch IV, 78.
^Ibid.,i5i.
3 Vita S. Filihsrti, Mabillon, II, 786.
* Vita S.Ansberii, Analecta BoUandiana, I, i83.
5 Vita S. Amati, Mabillon, II, I25.
comme ceux de Jumièges, prendre des cétacés qui leur fournissent jusqu'à trente mesures de graisse à brûler \ Ori; doit généralement s'approvisionner au loin. Quelques abbayes possèdent dans le midi des domaines, qui produisent de l'huile d'olive et du vin. Il n'y a qu'à les faire transporter après la récolte. D'autres prélèvent des droits en nature, tels que les moines de Corbie, auxquels le fisc de Fos verse tous les ans des quantités déterminées de diverses provisions.
Le Maître envoie quelques frères conduire sur les marchés deSi chariots pleins de denrées ; il les charge en outre de rapporter au monastère ce qui peut manquer '. Les moines de Marmoutier reçoivent de la Grande- Bretagne ou de Bordeaux des provisions d'huile, des étoffes et du cuir, qui leur arrivent par mer ^. Ce commerce se fait surtout par échange. Les monastères importants l'exercent sur une assez grande échelle. Par exemple, Chaînon, abbé de Saint-Denis, fait fournir à Ansbert, évêque d'Autun, quinze cents livres d'huile et cent muids de vin *. Mais ce sont là des abbayes privilégiées. La plupart n'ont d'autres ressources que d'acheter ce qui leur manque. Toutes d'ailleurs vendent l'excédent de leurs produits. Il en résulte un commerce assez actif, qui parfois s'étend au loin.
Les moines de Jumièges vont en Grande-Bretagne vendre leurs récoltes de blé.
> Vita S. Filiberti, Mabillon, II, 791.
2 Régula Magistri, lxxxviii, 438,
3 Vita S. Filiberti, Mabillon, II, 791.
* Tardif, Cartons des rois. 24.
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Les pérégrinations monastiques de cette époque sont fréquemment de véritables voyages d'affaires.
La profession religieuse ne s'accommode pas aisément de tous les procédés en usage dans le négoce. Aussi saint Benoît, frappé de la facilité avec laquelle une communauté se déconsidère, recommande-t-il à ses disciples de mettre leurs prix de vente au-dessous du tarif courant ^ . Saint Philibert pousse la délicatesse plus loin ; il fait acheter toujours plus cher que les séculiers *.
^ Régula S. Benedicti, lvii.
2 Vita S. Filiberti, Mabillon, II, 788.